Al-Ahram Hebdo, Egypte | Le prix de la reconnaissance
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Egypte

Frères musulmans.  La confrérie s'apprête à annoncer le programme de son projet de parti politique. Tout en conservant la référence religieuse, il met l'accent sur les libertés, la citoyenneté et l'Etat civil.

Le prix de la reconnaissance

Voilà quelques semaines que les Frères musulmans étaient occupés à mettre en œuvre le programme de leur parti politique annoncé. Les grandes lignes de ce programme sont désormais connues. « Le programme dans son intégralité sera publié dans les prochains jours. Nous allons prouver que notre confrérie est une véritable force politique qui a une vision pour l’avenir », a déclaré Mahdi Akef, guide spirituel de la confrérie.

Les Frères avaient annoncé en janvier dernier leur intention de créer un parti politique sans l’accréditer officiellement. Il s’agirait d’un parti à référence islamique sur le modèle du Front islamique en Jordanie ou du Front de réforme au Yémen. La rédaction du programme du parti a fait l’objet de vifs débats au sein de la direction de la confrérie. La véritable difficulté pour les Frères était de trouver une formule qui réalise l’équilibre entre l’article 5 de la Constitution, qui interdit la création de partis politiques sur des bases religieuses, et son statut de groupe islamiste. Le programme est composé de huit chapitres définissant la ligne de conduite du parti sur des questions aussi variées que l’égalité entre les citoyens, la liberté de croyance, la démocratie, le respect des institutions, les relations avec l’étranger et les politiques économiques et sociales. Le document affirme que la liberté est un don de Dieu à l’homme et un droit acquis à tous les citoyens quels que soient leur sexe, leur race ou leur religion. « Notre programme cherche à réaliser un développement global à tous les niveaux, instaurer le principe de l’égalité pour tous les citoyens, respecter la légitimité constitutionnelle, respecter les libertés civiles et instaurer une démocratie basée sur un véritable pluralisme politique », assure Abdel-Moneim Aboul-Fotouh, membre du bureau suprême. Le programme des Frères met l’accent sur la nécessité d’une réforme politique, constitutionnelle et économique ainsi que la liberté de création des partis politiques et l’alternance du pouvoir. Il reconnaît le droit des femmes et des coptes à accéder au Parlement et aux postes dirigeants, mais toujours dans une perspective islamique. Le programme insiste sur l’application de l’article 2 de la Constitution stipulant que l’islam est la source de la législation et appelle à enraciner les principes de l’islam en tant que religion qui englobe tous les domaines de la vie. « L’islam est une religion qui a établi des règles pour la vie sociale, politique et économique et qui a aussi garanti la liberté de croyance, de pratique religieuse et de citoyenneté. Nous reconnaissons l’Etat civil, le pluralisme et la démocratie sans négliger l’aspect religieux qui à mon avis ne peut pas entraver un projet politique », déclare Mohamad Habib, numéro deux de la confrérie. Les Frères affirment qu’ils soumettront leur programme aux partis politiques et à la population afin de connaître la réaction de l’opinion publique.

 

Briser l’image de groupe extrémiste

Avec ce programme, les Frères poursuivent plusieurs objectifs. D’abord, rassurer l’Occident qui s’interroge sur la position des islamistes en Egypte par rapport aux questions de liberté et de démocratie. La récente percée des Frères qui ont remporté 88 sièges lors des élections législatives d’octobre 2005 avait alimenté des interrogations en Occident et des craintes en Egypte, notamment parmi la communauté copte. En se posant comme des adeptes de la liberté et de la démocratie, les Frères tentent de briser cette image de groupe extrémiste et rétrograde. Le deuxième objectif poursuivi par les Frères est d’embarrasser l’Etat au moment où la confrérie fait l’objet d’une vaste campagne d’arrestation et d’intimidation.

Liberté, acceptation du principe de la citoyenneté et de l’Etat civil ... le programme des Frères alimente des interrogations et soulève des suspicions. Pour certains, il s’agit uniquement d’une manœuvre visant à attirer l’attention des médias. « Les Frères savent parfaitement que dans les conditions actuelles leur parti ne sera jamais approuvé par l’Etat », analyse Amr Al-Chobaki, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Pour lui, les Frères n’ont pas suffisamment évolué pour admettre des idées comme celle de l’Etat civil. « La structure interne actuelle de la confrérie ne permet pas d’épouser de telles idées. Si au début et au milieu des années 1990 la confrérie a vu l’avènement d’une génération plus ouverte à l’idée d’un Etat civil et non religieux, elle reste dominée par l’ancienne génération dont les idées sont très conservatrices », analyse pour sa part Nabil Abdel-Fattah du CEPS. Selon lui, le contexte actuel au sein de la confrérie et plus généralement en Egypte ne permet pas de reproduire le modèle turc de parti de la Justice et du développement issu de la mouvance islamiste. « Ce dernier a réussi à s’intégrer dans la vie politique turque en s’éloignant du discours religieux et en s’imposant en tant que parti de la droite libérale loin des discours religieux. Or, les Frères utilisent toujours la religion comme cheval de bataille », assure Abdel-Fattah. Si la confrérie est sérieuse en ce qui concerne la création d’un parti politique, elle devra se débarrasser de toutes ces facettes et cesser d’assumer tous les rôles à la fois. Dans ce cas, elle devra changer son règlement et se restructurer. Ceci implique une deuxième naissance de la confrérie. Les chances de faire accréditer son parti sont quasiment nulles.

May Al-Maghrabi

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