Al-Ahram Hebdo, Egypte |Mohamad Hégazi,  L’Etat en équilibriste
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Egypte

Religion. Tandis que l’affaire de Mohamad Hégazi (jeune musulman converti au christianisme réclamant la reconnaissance officielle de sa nouvelle confession) faisait la une des médias, les services de sécurité ont arrêté deux membres d’une association chrétienne accusés de porter atteinte à l’islam.

L’Etat en équilibriste

Les services de sécurité ont procédé, jeudi 9 août, à l’arrestation de deux membres d’une organisation chrétienne (l’Association des chrétiens du Proche-Orient, basée au Canada). Adel Fawzi Faltass, président de la branche égyptienne de l’association, et Peter Ezzat Hanna, photographe, sont accusés par le Parquet de sûreté de l’Etat d’avoir « porté atteinte à l’islam, diffusé une édition déformée du Coran et géré un réseau de conversion au christianisme en Egypte ». Ils auraient, selon le Parquet, publié sur le site Internet de l’association « des articles qui se moquent de la confession musulmane et qui demandent à interdire la prière du vendredi sous prétexte qu’elle attise la haine ».

Les deux hommes ont été placés en détention pendant 15 jours. Le président de l’association, Nader Fawzi, a qualifié de « terrorisme » l’arrestation des deux hommes. « L’association tentait d’aider les victimes des heurts confessionnels d’Al-Kocheh à obtenir des indemnités », assure-t-il tout en niant les accusations portées contre l’association.

Ces événements sont intervenus quelques jours seulement après le recours présenté par un jeune musulman converti au christianisme, Mohamad Hégazi, et exigeant que sa nouvelle confession soit reconnue officiellement sur ses papiers d’identité. Hégazi, dont la plainte devant le tribunal administratif est sans précédent en Egypte, s’est basé sur une fatwa du mufti de la République, Ali Gomaa, affirmant qu’un musulman peut renoncer à sa religion sans être châtié. La conversion de Hégazi au christianisme a alimenté un débat passionné. Pour certains, Hégazi aurait subi des pressions et reçu de l’argent en échange de l’annonce publique de sa conversion. Pour d’autres, il a simplement exprimé sa nouvelle foi loin de toute hypocrisie. Né à Port-Saïd, Hégazi a intégré plusieurs mouvements politiques. Il a été membre du Parti du travail de tendance islamiste dont les activités sont suspendues, avant de faire partie du courant d’opposition Kéfaya, dont il était le représentant à Port-Saïd. Tandis que les procédures de la plainte étaient en cours, un rebondissement inattendu a eu lieu lorsque l’avocat de Hégazi, Mamdouh Nakhla, a annoncé subitement qu’il se retirait du procès. « J’ai pris cette décision pour protéger la cohésion de la société », a annoncé Nakhla. Parallèlement, l’Eglise copte orthodoxe a affirmé qu’elle ne soutenait pas la plainte engagée par Hégazi.

Pour certains, l’arrestation des deux membres de l’Association des chrétiens du Proche-Orient aurait un lien avec l’affaire Hégazi. « C’est une décision politique. L’annonce de la conversion de Hégazi a ému l’opinion publique musulmane. Je crois que l’Etat a simplement voulu procéder à un rééquilibrage politique en publiant l’annonce de l’arrestation de plusieurs membres de cette association chrétienne », analyse Gamal Assaad, penseur et écrivain copte. L’Etat craignait, en effet, que l’affaire Hégazi n’attise les sentiments religieux ou ne soit à l’origine de frictions entre les membres des deux communautés, copte et musulmane. Ceci au moment où périodiquement des heurts confessionnels ont lieu en Egypte. C’est dans ce contexte que les accusations portées contre les deux membres de l’association ont été formulées. Celles-ci sont restées dans le strict cadre de l’atteinte à la religion. Le « complot contre l’Etat » (motif souvent utilisé par les services de sécurité) ne figurait pas parmi les accusations.

Mais quelles que soient les raisons qui ont poussé Mohamad Hégazi à annoncer publiquement sa conversion, l’affaire de ce jeune homme de 25 ans met en lumière une certaine évolution au sein de la société. En effet, les questions ayant trait à la religion ne constituent plus un tabou. Il y a quelques années encore, il aurait été impensable de changer de confession et de l’annoncer publiquement quelles qu’en soient les raisons, même pour les coptes qui souhaitaient se convertir à l’islam. L’affaire de Mohamad Hégazi intervient quelques semaines après l’examen par le tribunal administratif d’une plainte engagée par un certain nombre de chrétiens inscrits comme musulmans sur les papiers d’identité suite à la conversion de leur père à l’islam, et réclamaient que la religion chrétienne figure sur leurs papiers d’identité. « Après le tabou politique et celui du président de la République qui a chuté avec les manifestations de Kéfaya, c’est le tabou religieux qui est en train de s’écrouler », explique Gamal Assaad.

La mondialisation et les pressions étrangères exercées sur l’Egypte seraient en partie responsables de cette évolution. Mais ce n’est pas tout. Le développement des moyens de communication, la prolifération des chaînes satellites où toutes les questions sont librement discutées constituent d’autres facteurs. Au milieu de ces évolutions, l’Etat se contente pour le moment de limiter les dégâts.

Sabah Sabet
Dina Zakareya
 

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