Al-Ahram Hebdo,Monde | Alliance contre les Talibans
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 Semaine du 15 au 21 août 2007, numéro 675

 

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Afghanistan-Pakistan. Pour la première fois dans l’histoire des deux pays, de hauts responsables tribaux des deux côtés de la frontière se sont réunis pour contrer l’ascension des Talibans. Un premier pas qui doit être suivi d’autres.

Alliance contre les Talibans

La résurgence des Talibans et leurs attaques meurtrières des deux côtés de la frontière pakistano-afghane ont changé la donne. Aux relations tendues, justement en raison de la menace des étudiants en religion, les deux pays ont décidé, pour la première fois de leur histoire, de lutter coude à coude pour assurer la stabilité régionale face aux Talibans et leurs alliés d’Al-Qaëda. C’est ainsi qu’une loya jirga de la paix, composée de 700 chefs de tribus et religieux pakistanais et afghans, a clôturé dimanche dernier quatre jours de travaux à Kaboul, en présence du président afghan, Hamid Karzaï, et de son homologue pakistanais, Pervez Musharraf, qui avait tenu à assister à la session de clôture, bien qu’il ait boudé la session inaugurale, invoquant des engagements dans son pays. L’objectif de la réunion était de contrer l’ascension talibane.

S’exprimant en clôture de ce conseil de la paix, le président Musharraf a fustigé le fondamentalisme religieux des Talibans qui, selon lui, a empêché les négociations entre les deux pays d’aller de l’avant. « Les deux pays sont confrontés à une forme particulièrement sombre de terrorisme. Si nous luttons ensemble, si nous arrêtons de nous accuser, je n’ai aucun doute que nous réussirons à parvenir à la paix et à la stabilité dans la région », a dit le président. Prenant la parole de son homologue, le président afghan a, de son côté, affirmé que son pays « accordera sans le moindre doute sa confiance au Pakistan, pays frère et ami ». Aux yeux des deux dirigeants, seule une telle alliance peut vaincre les militants fondamentalistes, dont les attaques ont encore été à l’origine de la mort de 29 personnes en Afghanistan depuis samedi.

Les participants ont unanimement déclaré que les gouvernements et peuples des deux pays « n’autoriseront pas de sanctuaires, d’entraînement et de centres pour les terroristes dans leur pays ». Une promesse difficile à tenir puisque les dignitaires des zones frontalières pakistanaises, spécifiquement visées par cette déclaration, ont boycotté la réunion. Il s’agit des représentants du Waziristan Nord et Sud où se sont repliés, selon Washington et Kaboul, les Talibans. Les participants ont aussi annoncé la création de commissions mixtes afin de suivre l’évolution de la situation, de préparer une prochaine jirga et surtout de poursuivre la « réconciliation avec l’opposition », à savoir ramener dans la légalité en Afghanistan les Talibans repentis et poursuivre un processus similaire avec les fondamentalistes au Pakistan. Enfin, les dignitaires ont évoqué les liens du terrorisme et de l’opium qui le finance. Ils ont appelé Kaboul et Islamabad à une « guerre tous azimuts » contre sa culture qui devrait atteindre un record cette année, selon l’Onu, avec plus de 6 000 tonnes produites. Ils ont cependant rappelé que les deux gouvernements, avec le soutien de la communauté internationale, devraient créer des infrastructures et projets sociaux et économiques dans les zones affectées par l’éradication de la drogue.

Réagissant aux résultats de la réunion, un porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid, a qualifié, dimanche, cette loya jirga de « réunion américaine par procuration » ou de « show américain » : « Les décisions prises durant cette jirga n’offriront aucun bénéfice aux deux pays. Elles n’aboutiront à rien », a-t-il lancé. En effet, l’idée de cette jirga avait germé voilà un an lors d’un sommet tripartite entre les présidents américain, George Bush, pakistanais, Pervez Musharraf, et afghan, Hamid Karzaï, en septembre dernier, à la Maison Blanche.

Deux accrocs

Selon les analystes, deux grandes faiblesses ont pesé sur cette loya jirga de la paix et l’ont rendue plus ou moins stérile. La première en est l’absence du président Musharraf, qui n’a assisté qu’à la session de clôture. « Déjà, son absence a constitué un grand revers pour la réunion. Mais, cette absence délibérée était premièrement mue par des raisons sécuritaires : les Talibans pouvaient bien l’attaquer à Kaboul. Plus important encore, cette absence est un message politique au président américain pour exprimer son mécontentement après les critiques et menaces accusant Musharraf de relâche dans la lutte contre le terrorisme. Mais, en fin de compte, il a dû assister pour prouver à la communauté internationale et surtout à son homologue afghan qu’il est — cœur et âme — avec lui contre les Talibans », analyse l’expert politique Mohamad Farahat.

Plus important : l’absence de 70 représentants tribaux et religieux pakistanais des zones frontalières du Waziristan Nord et Sud, ainsi que des députés d’un parti radical pro-taliban qui considèrent que la jirga n’a aucune chance d’aboutir en l’absence des Talibans. « La paix est impossible sans leur participation », a estimé un chef tribal pakistanais, Malik Asghar, dénonçant l’accroissement des opérations militaires de l’armée pakistanaise dans leurs provinces. « Les délégués envoyés par Islamabad ne sont pas représentatifs, ce sont surtout des pro-gouvernementaux. Si les Talibans ne sont pas invités, à quoi cela sert-il ? La jirga est un débat entre deux parties adverses », critique un analyste de Peshawar, une ville du nord-ouest du Pakistan.

Expliquant les motifs de l’absence des Talibans, Mohamad Farahat indique que les Etats-Unis se sont toujours opposés à la participation des Talibans à de telles réunions car, à leurs yeux, c’est un mouvement terroriste avec qui il ne faut jamais dialoguer. « Et puis, jamais les revendications talibanes ne seraient acceptées car la première en serait l’évacuation des forces étrangères du pays et la libération de tous leurs otages », estime M. Farahat.

Traduisant cet état d’esprit, un membre d’un parti nationaliste pachtoune pakistanais a estimé à la suite de la réunion : « Déjà, nous n’attendions rien de concret de cette jirga, mais elle a le mérite d’être un premier pas sur le chemin de la paix. Les contacts entre les deux côtés a permis de dissiper les malentendus, de faire des propositions. C’est un signe très positif pour l’avenir », a conclu le responsable.

Maha Al-Cherbini

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