Al-Ahram Hebdo, Littérature | Flirt
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 Semaine du 1er au 7 août 2007, numéro 673

 

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Littérature

Littérature. Hala Al-Badri creuse dans le non-dit de la relation homme-femme, elle révèle les sentiments de refoulement et de confusion d’un premier flirt. Traduction de deux nouvelles tirées de son recueil Qasr al-namla (le palais de la fourmi), GEBO 2007.

Flirt

Lorsque tu es tout simplement jeune, tu peux te laisser prendre par les sentiments sans savoir de quoi ils ressortent. Tu peux les laisser t’imprégner, les affronter et te battre avec eux de front, t’y laisser couler en toute quiétude. Maintenant, après toute cette vie, lorsque tu frappes à ma porte avec ce désir dans les yeux, je sens que je suis dans un ascenseur qui s’abat en toute vitesse, tirant mon âme dans sa chute alors que mon cerveau reste en alerte essayant de mesurer, de saisir les menus détails, demandant clairement, analysant, en s’accaparant de réponses au lieu d’être attentif aux signes du cœur, refusant ainsi de se rendre avec délice. Et pourtant, une partie de moi a laissé libre cours à ton désir, tapi à l’intérieur alors que la première portière est en alerte et pose les questions, remonte en arrière, restitue les dates, les chiffres et essaye de se cantonner derrière les plus fortes barrières, le cœur se jouant des faits, les décrivant « d’agréables, d’ouverture vers un univers humain vaste ». Toutefois, ce léger tremblement est bien visible, il bout tel un jet d’eau chaud en plein désert, que l’on s’acharne à appeler « amitié » lorsque les choses en viennent à l’intime et qu’il se met à dire que c’est une rencontre entre deux âmes et que le désir de toucher s’y mêle.

— Je veux te toucher.

Je restitue tes mots. Comment donc faire du toucher ta première quête à ma porte ?

  Comment fais-tu pour provoquer tous ces fronts, même les plus implicites, pour les faire bouger malgré leur longue histoire, leurs croyances, les conseils de grand-mères et même ceux de la Mère Eve en personne afin de sauvegarder le corps précieux dans un coquillage que ne peut déceler qu’un plongeur chevronné qui s’aventure et met en péril sa vie pour affronter l’inconnu.

— Qui es-tu ? Et pourquoi t’intéresses-tu à moi subitement alors que nous avons été longtemps dans un même bateau ? Qu’y a-t-il de nouveau ?

— C’est vrai. L’un d’entre nous regardait la mer alors que l’autre avait les yeux fixés sur la plage, puis nous nous sommes retournés pour affronter notre réalité. Lorsque je t’ai connue dans cet affrontement, j’ai voulu te toucher. Il ne t’est pas venu à l’esprit de m’étreindre ne serait-ce que dans ton imagination ?

  Je me perds dans des réponses que l’esprit n’avait pas préparées. Mes idées se bousculent derrière la porte fermée qui devient de plus en plus bouchée et devant laquelle je reste silencieuse. Je me retourne de l’autre côté pour qu’il ne s’aperçoive pas de ma confusion.

— Je ne pensais pas que tes sentiments étaient si ingénus. Tu ne peux même pas me regarder ?

— Tu sais que ma vie s’est stabilisée depuis un moment.

  Je ne sais pas comment le dialogue s’est poursuivi entre nous et comment mon cerveau a su user de tous les stratagèmes de fuite. J’y suis sortie essoufflée, reprenant toutes ses questions qu’il imposait au milieu de notre conversation d’ordre général. Il me prenait de court et je me retrouvais désarçonnée. Il s’amusait comme un enfant. Je l’ai porté malgré la conscience que j’avais depuis de longues années que je n’avais pas besoin d’un homme. Pourquoi donc cette confusion ? Est-ce un désir profond de badiner qui pousse les sentiments à s’échauffer et une certaine fierté que j’avais perdue avec les années ? Combien avais-je su auparavant déjouer tous les rapprochements avec une bravoure qui permettait de garder la dignité des deux parties ? Pour ensuite me tourner vers lui, alors que je vis pour un autre ? Et pourquoi lui ? Suis-je la somme de parcours comme j’avais l’habitude de le dire en parlant des autres et a-t-il touché en moi, lui, l’un de ces parcours ? Quelque chose en moi prend plaisir à ses coups à ma porte, bien que je les voies venir d’un autre temps, d’un temps perdu. Est-ce un être d’un autre temps portant les masques de temps révolus qui est venu ? Nous nous sommes rencontrés et une partie de nous-mêmes s’est reconnue en l’autre alors que l’autre est restée muette ?

— Tu accapares mon imagination. Cela ne te fait-il pas quelque chose ?

Je ris en me protégeant derrière une façade et je lui demande :

— Tu aimes bien les questions ? La question est une aventure en elle-même.

— Un étendard qui ouvre la difficile route.

— Pourquoi ne parles-tu pas de toi ? Pose les questions autrement. Pose-les à toi, d’abord.

— C’est un certain début. C’est vrai que je pense à toi, lorsque je me retrouve seul. Qu’en est-il de toi ?

— Lorsque je suis préoccupée par un sujet commun à nous deux et quelquefois par un simple hasard, je ne sais pas.

— Tu traverses mes mots bien que tu les comprennes parfaitement. Et tu choisis de te taire.

— Pourquoi moi ?

— Lorsque j’ai vu ta dernière exposition, tu m’es apparue. J’ai suivi la trace des lignes que tu traces avec adresse sur la couleur. Je me suis approchée de toi et j’ai voulu te toucher.

— Pourquoi me toucher ?

— C’est plus noble !! .

 

 

Impuissance

 

Je me réveillai terrorisée à 3 heures du matin au son du téléphone. La voix de Samia, ma belle-sœur, me parvint de Washington et me plongea dans une réelle frayeur. Je savais que mon frère venait de subir avec succès une intervention chirurgicale au cœur et qu’il était rentré chez lui, il y a un jour, pour poursuivre sa convalescence. Angoissée, je lui demandai de ses nouvelles. Elle dit : Il va bien et elle s’excusa du décalage horaire de 8 heures entre Le Caire et Washington. Je devins plus nerveuse et ne crus pas à ce prétexte de différence d’horaire dont elle avait l’habitude et qu’elle pratiquait en général pour faire coïncider ses appels avec les journées du Caire. Je revins à la charge en tremblant sans rien en montrer. J’insistai pour qu’elle m’informât en toute simplicité de ce qui la faisait souffrir. Je l’entendis pleurer alors qu’elle affirmait que sa fille Rania, âgée de 12 ans, se faisait opérer actuellement d’une appendicite. Bien qu’elle sache pertinemment bien que c’est une intervention simple, elle sentait le besoin d’être réconfortée par moi. Je savais ce qu’elle avait endurée ces derniers temps à cause des crises cardiaques en chaîne qu’avait subies mon frère. Comme il était en convalescence, elle ne pouvait pas l’informer de l’opération médicale de sa fille. Elle avait dit à mon frère que le médecin avait prescrit à sa fille un tranquillisant et qu’elle s’était endormie à l’hôpital où on l’avait transportée après sa crise intestinale. Samia vivait cette expérience toute seule dans un hôpital qu’elle ne connaissait pas, dans une ville qu’elle ne connaissait pas non plus. Elle ajouta : La peur et la solitude m’encerclent de toutes parts et j’ai senti le besoin d’entendre ta voix.

Je la réconfortai alors que je me sentais sur le point d’être envahi par la folie à cause de l’état d’impuissance où je me trouvais. Mes nerfs me trahissaient contre mon habitude dans ce genre de situation où je les maîtrisais jusqu’à la résolution de la crise. J’avais besoin d’un aéroport, d’un avion et d’une pause avec le temps à cet instant même pour me retrouver à Washington à ses côtés. Je hurlais sans me faire entendre et je sentais mon fragile corps se rebeller de douleur. J’étendis mes bras de toutes mes forces et j’entendis mes cellules se transformer. De nombreux petits grains de chair firent leur apparition sur mes mains dont pointaient de petites plumes qui grandissaient à une vitesse effrayante pour se transformer en os et s’étirer pour devenir deux fortes et solides ailes. Je pris mon essor et le lieu fut parcouru rapidement alors que le temps n’avait pas bougé. Je devins un petit oiseau qui béquetait sur la fenêtre de mon frère Ossama dans sa demeure en Virginie proche de Washington. Je l’aperçus dans son lit couché en toute quiétude et à ses côtés, le téléphone se mit à sonner. C’était sa femme qui prenait de ses nouvelles et lui annonçait que le médecin avait permis à sa fille de rentrer le soir chez elle et qu’elle allait l’accompagner à la maison. Je me vis par la suite à ses côtés dans une salle d’attente à côté de la salle d’opération. Son visage s’éclaira lorsqu’elle m’aperçut. Elle sécha ses larmes et m’accompagna au chevet de sa fille qui avait subi son opération sans complications. Elle dormait comme un petit ange. Nous fermâmes la porte et nous discutâmes de nos affaires. Je me souvins de Rami, mon neveu, et lui demandai de ses nouvelles. Elle dit : Il s’amuse en ce moment avec son chien dans le jardin de notre villa. Je prends de ses nouvelles par téléphone chaque fois que je le peux. Je la quittai et allai le retrouver. Il attendait le retour de sa sœur et racontait au chien son absence et sa maladie. Je sentis à quel point c’était un petit être fragile et doux dans un monde sauvage en contradiction avec sa perception des choses. Je le pris dans mes bras avec douceur. Il se demanda d’où venait cette chaleur qui l’avait envahi tout d’un coup sans en connaître la raison. Il ne se préoccupa pas plus de la question et se laissa prendre à la chaleur de mes bras en s’endormant avec le sourire … !

Traduction de Soheir Fahmi

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Hala Al-Badri

Née au Caire en 1954, elle obtient son diplôme de journalisme en 1984 et travaille dans la presse, tout en étant écrivaine. Elle occupe actuellement le poste de rédactrice en chef adjoint de l’hebdomadaire Al-Izaa wal Télévisione (la radio et la télévision). Son œuvre s’intéresse à l’Histoire. En 1988, Youssef Idriss présente son premier roman, Al-Sébaha fi qomqom (nager dans un entonnoir) avec beaucoup d’enthousiasme. Elle a publié ensuite deux romans : Montaha en 1995 et Layssa al-ane (pas maintenant, 1998). Et deux recueils de nouvelles, Raqset al-chams wal gheim (la danse du soleil et de la brume, 1989) et Agnéhat al-hossane (les ailes du cheval, 1992). Ses deux romans Montaha et Imraa ma (Une certaine femme) ont été traduits vers l’anglais aux éditions des presses de l’Université américaine du Caire.

 




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