Al-Ahram Hebdo, Monde Arabe | Khartoum s’entête dans le refus
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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Darfour . Le président soudanais rejette tout déploiement d’une force de l’Onu, et conteste la légitimité de la CPI pour juger les auteurs des crimes commis dans cette région.

Khartoum s’entête dans le refus

Le président Omar Al-Béchir a « juré » qu’il ne livrerait jamais aucun Soudanais à une juridiction étrangère : « Je jure par trois fois au nom de Dieu le grand que je ne livrerai jamais aucun Soudanais à une cour de justice étrangère ». Il faisait ainsi allusion à la Cour Pénale Internationale (CPI), dont le procureur, Luis Moreno Campeno, a annoncé mardi à La Haye avoir des « preuves (montrant) que Ahmed Haroun, ancien secrétaire d’Etat à l’Intérieur du Soudan, et Ali Kosheib (nom de guerre de Ali Mohamed Ali, un des chefs de la milice pro-gouvernementale des djandjawids), ont commis de concert des crimes contre la population civile au Darfour ». Le procureur les accuse de « 51 chefs d’accusation de crimes contre l’humanité et crimes de guerre présumés (...), dont persécution, meurtre, torture et viol », commis entre août 2003 et mars 2004 contre des villageois au Darfour.

Cette région, qualifiée d’« enfer sur terre » par Kofi Annan, est en proie à une guerre civile qui oppose la population arabe du Soudan et la population non arabe du Darfour. Ce conflit aurait fait 200 000 victimes et 2 millions de déplacés depuis 2003, selon les Nations-Unies. L’Onu a d’ailleurs confirmé que les attaques et les intimidations des milices pro-gouvernementales djandjawids, ainsi que des bombardements aériens par les forces gouvernementales sur le nord du Darfour ont provoqué une nouvelle vague de déplacement de population, estimée à 46 000 personnes, au mois de janvier.

Début 2005, la commission d’enquête de l’Onu sur le Soudan avait conclu que les exactions perpétrées au Darfour constituaient des crimes contre l’humanité et avait renvoyé le dossier devant la CPI. Mais le Soudan, qui a créé des tribunaux spéciaux pour les crimes commis au Darfour en mars 2005, a contesté la semaine dernière toute compétence à la CPI au Darfour, en assurant que sa justice poursuivait activement les responsables de crimes dans cette région. « La justice soudanaise est capable et jugera ceux qui ont commis des crimes au Darfour », a déclaré le ministre soudanais de la Justice, Mohammed Ali Al-Mardi. Or, en vertu du principe de complémentarité, la CPI n’est compétente que si un Etat ne peut pas, ou ne veut pas, poursuivre ses ressortissants responsables de crimes contre l’humanité. Mais selon la CPI, son enquête reste recevable car elle porte sur un plus grand nombre de chefs d’accusation. De plus, le statut de la CPI indique qu’elle est également compétente en cas de défaillance ou de mauvaise volonté de l’Etat.

L’Amis incompétente

L’Union Africaine (UA) a mis en garde pour sa part contre le risque d’une paralysie de sa mission de paix au Darfour, après une nouvelle attaque contre un membre de son personnel. « Si ce genre d’attaques continue, on risque d’être paralysés », a déclaré à l’AFP le porte-parole de la mission, Noureddine Mezni, rappelant que la mission avait déjà perdu une dizaine de ses membres. La Mission africaine, l’Amis, compte 7 000 hommes. Elle est souvent critiquée pour son manque d’efficacité en raison de ses faibles moyens financiers, ainsi qu’en équipements et en armes. Certains pays occidentaux font pourtant des efforts pour aider financièrement l’Amis, dont le Canada, qui a annoncé une aide de 48 millions de dollars canadiens pour soutenir les « efforts cruciaux de maintien de la paix » de l’UA. L’Union Européenne (UE), principale source financière de l’Amis, a déjà dépensé pour la province du Darfour quelque 400 millions d’euros. Mais tous ces efforts ne sont pas suffisants, puisque le déploiement de l’Amis coûte 25 millions d’euros par mois, et l’on s’attend à une augmentation de ses dépenses.

Face à ce manque de moyens, la communauté internationale fait pression pour que Khartoum accepte un déploiement des Casques bleus au Darfour. Ce dernier correspondrait à la deuxième phase de l’accord conclu entre l’Onu, l’UA et le gouvernement soudanais en novembre dernier, selon lequel une force de maintien de la paix de l’Onu devrait être déployée au Darfour en trois phases. L’Onu attend donc que Béchir donne le feu vert pour envoyer ses Casques bleus au Darfour, mais pour l’instant le président soudanais s’y oppose malgré l’accord, et n’accepte qu’un soutien logistique et financier de l’Onu à l’Amis.

Julie Durand

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