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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Egypte

Urbanisme. Les habitants de Massaken Sheraton à Héliopolis sont menacés de délogement sur ordre de l’Autorité de l’aviation civile. Ils ne seront pas indemnisés. 

L’imbroglio de l’affaire Sheraton 

200 immeubles du quartier huppé de Massaken Sheraton, situé à quelques kilomètres de l’aéroport du Caire, à Héliopolis, sont non conformes aux normes de construction. C’est ce qu’affirme l’Autorité de l’aviation civile (organisme gouvernemental chargé de contrôler la hauteur des bâtiments qui se trouvent dans la zone de l’aéroport afin de ne pas gêner la navigation aérienne). L’Autorité réclame que les bâtiments en question soient réduits de plusieurs étages. Les habitants qui ont reçu des ordres de démolition de leurs appartements sont révoltés. « Nous refusons cette décision insensée. Nous avons tous les documents prouvant que nos appartements sont conformes aux normes, ils sont certifiés par l’Autorité de l’aviation civile comme le stipule la loi de la construction relative aux immeubles situés près de l’aéroport », souligne Hamdi Etmane, propriétaire de deux appartements au sixième et dernier étage de l’immeuble 9, parcelle n°1164. Et de poursuivre : « L’Autorité nous a dit que nous n’aurions droit à aucune indemnité. Nous sommes des victimes. J’ai payé 2 millions de L.E. pour acheter ces deux appartements sans compter les 800 000 L.E. pour l’ameublement et le déménagement. Aujourd’hui, je vais me retrouver à la rue, car l’Autorité refuse de nous indemniser, ni par l’argent, ni en nous accordant d’autres appartements ».

Hamdi Etmane n’est pas le seul. Tous les habitants refusent ce délogement qui, selon eux, est illégal.

Cela fait huit mois que les habitants vivent dans l’angoisse et la peur. L’affaire remonte au mois de juillet 2006, lorsque le ministère de l’Aviation civile décide d’engager des travaux de restauration à l’aéroport. De nouveaux couloirs aériens sont créés ainsi que des terrains d’atterrissage et de nouveaux radars installés. Suite à ces restaurations, l’Autorité de l’aviation civile a établi de nouvelles normes de hauteur pour les immeubles situés près de l’aéroport. Massaken Sheraton sont les premiers concernés. « Les constructions situées près de l’aéroport ne devraient pas dépasser une hauteur limite de 20 m au-dessus du niveau de la mer afin de ne pas perturber les signaux émis par les radars, ce qui pourrait provoquer des accidents », affirme un responsable de l’Autorité. Pour assurer la sécurité de la navigation aérienne, une commission chargée de mesurer la hauteur des immeubles situés dans la zone a été formée. Le verdict émis par cette dernière est alarmant pour les habitants : 200 immeubles doivent être réduits de plusieurs étages, car « contrevenants ». « Nous avons envoyé des avis de contravention aux propriétaires des immeubles non conformes en leur accordant un délai d’un mois pour démolir les étages contrevenants. En cas de refus, l’Autorité se charge elle-même de la destruction, aux frais des propriétaires, conformément à la loi n°32 de l’année 2003 », affirme Samir Abdel-Maaboud, président de l’Autorité de l’aviation civile. En effet, cette loi accorde à cette dernière l’autorité d’émettre des ordres de démolition si elle constate des irrégularités. Toute démolition est exécutée aux frais du contrevenant, comme le stipule la loi.

 

Réveillés par les démolisseurs

Bien que les habitants aient reçu les ordres de démolition, personne n’a bougé. Un jour, les habitants ont été réveillés par le bruit des ouvriers venus démolir leurs appartements. « J’ai été réveillé par le bruit de la destruction du plafond de mon appartement. Des pierres tombaient sur ma tête et sur les meubles qui ont été endommagés. Je me suis mis à crier, mais en vain. Ils ont fait la sourde oreille et ont poursuivi la destruction », s’insurge Nagat Salem, âgée de 63 ans. Nagat a appelé la police et les habitants ont dressé des procès-verbaux. « La catastrophe est que la police nous a assuré qu’elle ne pouvait rien faire pour nous, car la loi accorde à l’Autorité de l’aviation un pouvoir absolu », affirme Ahmad Mohie, qui habite au dernier étage de l’immeuble numéro 10, parcelle n°1164. Paralysés, les habitants sont allés rencontrer le premier ministre, Ahmad Nazif. « Il nous a fait part de son étonnement, car nous avons tous les permis de construction ratifiés par la direction du quartier et l’Autorité de l’aviation. Mais, il nous a assuré qu’il n’y a pas d’autres choix, car la destruction de nos appartements est une utilité publique ! », ajoutent les habitants. Espérant sortir de cette impasse, ils ont adressé des plaintes au chef de l’Etat, mais aucune réponse !

Le député de tendance islamiste de la circonscription d’Héliopolis Magdi Achour a rencontré le ministre de l’Aviation. « J’ai essayé de le convaincre de changer cette décision ou d’indemniser les habitants qui sont des victimes. Ils ne sont coupables d’aucune irrégularité et on leur dit que la destructions de leurs immeubles est une utilité publique. Mais, il n’a rien voulu savoir », signale Achour. De même, une vingtaine de députés du Conseil consultatif ont soumis une demande pour discuter de la politique du gouvernement qui accorde à l’Autorité de l’aviation civile un pouvoir excessif, selon eux.

Les propriétaires ont accroché sur les façades des immeubles des banderoles dénonçant le gouvernement. Ils ont intenté un recours devant le Tribunal administratif. Mais celui-ci a émis des verdicts en faveur de l’Autorité, lui permettant de détruire seulement les appartements inhabités. Une décision juridique à la suite de laquelle les derniers étages de 24 immeubles inhabités ou sous construction ont été détruits en février dernier. « Nous n’avons aucune indemnité. Le pire est que nous sommes aujourd’hui obligés de verser à l’Autorité de l’aviation les frais de démolition de nos appartements qui dépassent les 1 000 000 de L.E. C’est une somme exorbitante », lâche Sayed Saleh, un habitant.

Quant aux appartements habités dans les 176 immeubles qui restent, l’Autorité de l’aviation civile cherche aujourd’hui à obtenir une décision de délogement administratif des habitants et des meubles pour pouvoir les détruire. « Nous sommes pris en étau. Nous n’avons plus qu’à adresser une plainte au procureur général. Si ce dernier ne nous accorde pas le droit à une indemnisation, nous ne quitterons jamais nos appartements. Mourir à l’intérieur de nos appartements sera en ce cas notre seule solution », concluent les habitants de Massaken Sheraton .

Héba Nasreddine

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