Al-Ahram Hebdo, Egypte | Les oulémas s’insurgent
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 Semaine du 7 au 13 mars 2007, numéro 652

 

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Egypte

Publication. Al-Azhar a saisi le procureur général d’une plainte contre l’écrivaine féministe Nawal Al-Saadawi, auteure d’une pièce de théâtre qu’il juge blasphématoire.

Les oulémas s’insurgent

« Dieu présente sa démission ». C’est le titre de la pièce de théâtre controversée de Nawal Al-Saadawi. L’écrivaine y décrit la vie d’un roi entouré de ses collaborateurs. Il ne fait rien pour empêcher la pauvreté et les malheurs de son peuple et se contente de vivre retiré. Finalement, il doit présenter sa démission. Depuis sa publication le mois dernier, les accusations de la part des oulémas d’Al-Azhar pleuvent contre ce texte. Tout d’abord, il y a cette idée de personnifier Dieu (le roi) et des prophètes et ensuite de présenter Satan comme un personnage ambitieux. L’institution religieuse a présenté une plainte au procureur général accusant Al-Saadawi de « porter atteinte à Dieu, aux anges et aux prophètes qui y sont cités ». Le livre avait brusquement disparu il y a quelques semaines des rayons de la Foire du livre après que son éditeur Madbouli l’eut volontairement retiré de la vente. « Al-Azhar en tant qu’institution dont le devoir est de défendre les valeurs de la religion s’estime en droit de présenter cette plainte. Ce n’est pas la première fois que Nawal Al-Saadawi s’en prend à la religion. Mais cette fois-ci elle a dépassé toutes les limites », s’insurge Abdel-Moeti Bayoumi, membre de l’Académie des recherches islamiques, ajoutant que la pièce d’Al-Saadawi choque parce qu’elle s’attaque aux fondements de la foi religieuse. « La pièce personnifie Dieu sous un aspect critique et fait l’éloge de Satan », affirme Abdel-Moeti, expliquant que la loi 103 de 1961 donne à Al-Azhar le droit de préserver la culture islamique et arabe et de la purifier de toute défiguration ou atteinte. « C’est une offensive menée contre la foi religieuse au nom de la liberté d’expression et nous devons nous défendre », ajoute-t-il.

 

Liberté d’expression ou atteinte à la religion ?

Intellectuels et organisations des droits de l’homme se solidarisent avec Nawal Al-Saadawi. « Il s’agit d’un retour en arrière. Les hommes d’Al-Azhar ne devraient pas avoir le droit de juger des œuvres littéraires. Al- Azhar est une instance religieuse qui n’a pas le droit de censurer la vie intellectuelle », explique Négad Al-Boraï. Il ajoute que cette plainte posée par Al-Azhar s’ajoute à une série d’entraves juridiques et administratives à la liberté d’expression. En effet, la plainte d’Al-Azhar ouvre un vieux débat sur le rôle de cette institution. « La liberté d’expression doit être garantie. Les idées doivent être confrontées par les idées. C’est la seule garantie du progrès », affirme pour sa part l’intellectuel Mahmoud Amin Al-Alem, qui dénonce le « terrorisme intellectuel ». Nawal Al-Saadawi vient de quitter l’Egypte pour les Etats-Unis pour y travailler en tant que professeure. « J’ai quitté l’Egypte non pas parce que j’ai eu peur, mais parce que je suis horrifiée par ce qui se passe. L’Histoire nous apprend que tous ceux qui ont combattu les idées ont disparu et ce sont les idées qui ont vécu. Quand les ennemis de la créativité comprendront-ils cette réalité ? », affirme-t-elle. Ecrivain de tendance islamiste, Fahmi Howeidi pense qu’il est « normal » qu’il existe une instance qui veille à la protection des valeurs de l’islam et qu’il incombe aux écrivains de respecter les croyances. « C’est là que réside la nuance entre la liberté d’expression et l’anarchie intellectuelle, entre la créativité et la diffamation. La liberté est un principe fondamental de l’islam, mais elle n’a jamais été sans plafond », pense Howeidi. Quant à Gamal Al-Banna, penseur de tendance islamique qualifiée d’ouverte bien qu’il rejette les idées de Nawal Al-Saadawi, pense qu’il ne faut pas la poursuivre car « le Coran a garanti la liberté de croyance ». « Au lieu de condamner les personnes, il faut débattre leurs idées. Il est aussi nécessaire de séparer foi et charia, et de ne pas juger quelqu’un sur sa conscience religieuse », conclut-il.

May Al-Maghrabi

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