Al-Ahram Hebdo, Idées | Nouvelle percée
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 14 au 20 mars 2007, numéro 653

 

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Idées

Traduction. Un nouveau centre national verra le jour dans quelques mois.S’il paraît indispensable, il doit faire face à une série d’obstacles, et au scepticisme de nombre d’intellectuels.

Nouvelle percée

Gaber Asfour, ex-secrétaire général du Conseil suprême de la culture, a de nouvelles responsabilités qui ne sont pas des moindres. Il dirige un centre de traduction, un projet national devant mettre l’Egypte au diapason de la culture mondiale. « Après une période d’expérimentation, si l’on peut dire, on entame maintenant réellement le travail », a déclaré Asfour à la presse. L’objectif fixé est d’améliorer les conditions de traduction au niveau national, de former une nouvelle génération de traducteurs, de créer un réseau avec les organisations internationales (Unesco, Unicef, Nations-Unies), et d’instaurer une « coopération plus efficace avec les services du ministère égyptien de la Culture et les éditeurs égyptiens, arabes et étrangers ». C’est sur la base d’une décision prise l’année dernière par le président de la République lui-même que sera établi le Centre national de traduction. A l’inverse de l’ancien projet national, ce centre sera indépendant du ministère et du Conseil suprême de la culture.

« On a l’intention d’élargir le nombre de langues de départ, de nouer des rapports plus réguliers avec les éditeurs étrangers et les centres culturels pour plus de travaux bilatéraux. On va également publier une revue spécialisée de traduction, des périodiques et créer un site Internet, et surtout organiser des conférences pour activer le mouvement de traduction en Egypte et dans le monde arabe », affirme Chohrat Al-Alem, coordinatrice du projet national de traduction.

Quant aux sources de financement, elles se répartissent entre les crédits alloués sur le budget de l’Etat, les dons offerts par les individus, organisations nationales ou internationales, et plusieurs nouvelles sources : le centre en effet s’autofinancera en partie en offrant des services de traduction rémunérés et pourra également fonctionner par des emprunts.

Un des problèmes majeurs du projet national était sa dépendance par rapport au Conseil suprême de la culture. Il n’avait pas de budget propre et les rémunérations des traducteurs tardaient toujours. Fondé en 1995, le premier projet national avait permis de traduire 4 livres seulement la première année.

Deux langues dominaient : l’anglais et le français. Jusqu’en 2000, le projet n’avait à son actif que 200 titres et ce n’est qu’en 2006 qu’il a réussi à atteindre le chiffre de 1 000 livres, traduits à partir de 28 langues. L’anglais s’y taille toujours la part du lion, avec 53 % de titres, ensuite le français 13 %, l’espagnol 9,2 %, la langue persane 8,8 %, l’allemand 4 % et l’italien 0,9 %. Récemment, les livres dans des langues rarement traduites en Egypte ont fait leur apparition : l’urdu, l’arménien, le turc, le japonais et le finlandais. Si divers thèmes ont été traités, le domaine scientifique n’avait bénéficié que de 7 titres. « On avait un problème de traduction à cet égard vu le nombre limité de traducteurs et correcteurs spécialisés. Mais l’on entend le régler au nouveau Centre en formant un comité spécifique qui sera chargé de promouvoir ce domaine », assure Al-Alem.

Mais la sélection hasardeuse des titres à traduire était l’aspect le plus critiqué. En l’absence de stratégie clairement posée dès le départ, celle-ci dépendait surtout des suggestions personnelles des traducteurs.

Un décollage difficile

Cela dit, certains traducteurs estiment que des obstacles persistent. « Les responsables du nouveau centre sont les mêmes. Le système bureaucratique est le même. Ce qui domine les relations est le piston, et les traducteurs gagnants sont ceux qui ont de fortes relations au sein du projet. Il n’y a même pas de rémunération fixe pour tous les traducteurs, mais des niveaux variés selon le degré d’amitié », assure Ahmad Hassan, traducteur des œuvres de Bourdieu et de La Société du spectacle de Guy Debord. Béchir Al-Sébaï, traducteur des œuvres de l’historien français Henry Laurens, regrette les problèmes de relecture d’un grand nombre de livres publiés par le projet, et espère que cette affaire sera réglée au nouveau centre. Il insiste sur l’importance de la modification des clauses du contrat passé entre les traducteurs et le Centre. « Dès la première clause, on a un sentiment de contrainte. Le contrat stipule clairement que le travail doit correspondre aux objectifs du ministère de la Culture, visant au développement culturel ». Une autre clause donnait au projet le droit de refuser la publication du livre, une fois traduit, s’il s’avérait « aller à l’encontre de l’intérêt public ». « Où est la logique ici ? Doit-on attendre qu’un livre soit traduit pour adopter une attitude pareille ? », s’interroge Al-Sébaï, qui soulève par ailleurs le problème du tirage, qui ne dépasse pas les 1 300 exemplaires.

Un problème qui rejoint celui de la diffusion et de la vente des livres, accessibles à travers un seul bureau de vente, situé dans l’enceinte du Conseil suprême de la culture. Tout au plus, les ouvrages sont disponibles dans quelques kiosques de l’Organisme général du livre ou pendant la Foire du livre, c’est-à-dire une fois par an seulement.

« Ceci est dû au fait que les prix ne figurent pas sur les livres, assure la traductrice Ragaa Yakout et membre du nouveau secrétariat du centre. Les trois quarts des ouvrages sont entassés dans les caves », ajoute-t-elle.

Mais si un bon nombre de traducteurs sont pessimistes, d’autres envisagent les choses avec plus d’espoir. Dounia Abourachid, directrice du département de traduction et d’interprétariat au Centre Français de Culture et de Coopération (CFCC), compte beaucoup sur le centre et sur son rôle de formation d’une nouvelle génération de traducteurs, et la nécessité de leur offrir des bourses d’études à l’étranger. Elle appelle le centre à créer une assemblée pour les traducteurs équivalant à celle des interprètes. Déjà, le CFCC collaborait avec l’ancien conseil, ce qui a abouti à la traduction d’environ 10 titres. Le CFCC se charge de rémunérer les traducteurs et le conseil assume les coûts de publication. Un des importants fruits de cette coopération était la traduction de l’encyclopédie L’Université de tous les Savoirs (6 tomes).

Si les projets de traduction étaient toujours omniprésents depuis l’ère de Mohamad Ali et son édification de l’école de langues (Al-Alsoun), en passant par l’écrivain Taha Hussein et son projet — inachevé — de traduire 1 000 titres de 1955 jusqu’en 1968, ce qui importe le plus aujourd’hui, c’est la qualité et non pas la quantité. Et si le Centre projette d’ores et déjà la publication de 800 à 1 000 titres en 2007, il lui restera à faire ses preuves en termes de sélection et de diffusion. Car une plus grande institutionnalisation du projet n’impulse pas forcément un réel mouvement de traduction .

Rania Hassanein

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