Al-Ahram Hebdo, Une | Tout est dans le brouillon
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 Semaine du 14 à 20 février 2007, numéro 649

 

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Dossier

Archéologie . Les ostraca, petits éclats de calcaire ou tessons de poterie, constituent une mine d’informations sur la liberté d’expression des Anciens Egyptiens, leurs modes de représentation et les différents aspects de leur vie quotidienne.

Tout est dans le brouillon 

L’Egypte Ancienne, connue par son art consacré aux divinités et à la vie de l’au-delà, n’a pas manqué de nous laisser une énorme masse de monuments, racontant la vie quotidienne de nos ancêtres. Loin de l’art officiel destiné à traverser l’éternité, des expressions plus spontanées nous sont parvenues grâce aux ostraca (singulier : ostracon), ces fragments de calcaire blanc ou tessons de poterie, qui ont servi de supports à des inscriptions ou des dessins.

Comment les Egyptiens de l’antiquité s’exprimaient ? Sur quel support ? Brouillons des artistes, des poètes et des hommes de lettres ... On compte par milliers les sujets en tous genres représentés sur les ostraca : des messages, des poèmes, des comptes, des listes, des exercices, des textes littéraires et autres brouillons. On compte aussi différents genres d’essais de dessin à l’esprit libre et satirique, des esquisses préparatoires au décor des tombes ou croquis exécutés pour le seul plaisir de son auteur. Ce sont des documents très importants qui nous permettent de suivre l’évolution des techniques et du dessin, mais aussi de comprendre le véritable élan artistique, satirique ou fantaisiste des artistes libérés des règles de l’art officiel. Ils offrent aussi une vue d’ensemble des études des artistes égyptiens. Ces pierres, choisies généralement pour tenir dans la main, n’étaient pas destinées à être conservées. « Les Egyptiens de l’antiquité utilisaient les ostraca plus couramment que les papyrus qui étaient précieux et coûteux et qui étaient surtout réservés aux documents plus importants de la cour, de l’administration ou des temples », souligne Laïla Mahmoud, experte en archéologie égyptienne. Les plus célèbres de ces ostraca furent découverts pour leur grande majorité dans un énorme puits sur la rive ouest de Thèbes, précisément à Deir Al-Médina, village des artisans attachés à la construction et à la décoration des tombes de la Vallée des rois. « Tous les thèmes rencontrés dans les tombes de la nécropole thébaine sont représentés sur les ostraca de Deir Al-Médina, mais aussi des motifs que l’on ne retrouve pas dans l’art officiel comme des illustrations de fables, des scènes satiriques, érotiques et en relation avec la naissance. C’est toute une Egypte familière qui renaît à travers ces témoignages libres, écrits ou dessinés à des fins privées, voire délicieusement intimes », explique Anne Minault-Gout, auteure de L’Art des ostraca dans l’Egypte Ancienne.

Esquisses de dessins

Les artistes de l’Egypte Ancienne ont laissé de multiples ostraca qui leur servaient pour s’entraîner avant d’exécuter les dessins préparatoires que les sculpteurs transformaient en relief. Le trait rapide et sûr est l’œuvre d’un maître. Une première esquisse fut exécutée à l’encre rouge, et les corrections, qui sont peu nombreuses, sont faites à l’encre noire.

Pour les dessins, ils sont d’une grande variété. L’artiste s’exerçant à l’exécution du profil royal, des plans de monuments, des animaux réels ou fantastiques, des scènes de contes, des fêtes : une danseuse acrobatique saisie dans l’un de ses mouvements très difficiles, des animaux qui chassent, des taureaux qui se battent, les notes d’un artiste observateur, de petites scènes satiriques, et même des caricatures de personnages ou des scènes érotiques satiriques qui sont probablement l’esquisse préparatoire d’une scène qui aurait été incluse dans un grand papyrus, comme celui exposé au Musée égyptien à Turin.

Cependant, la documentation fournie par le site de Deir Al-Médina offre une occasion exceptionnelle d’étudier aussi bien l’histoire des mentalités que l’anthropologie religieuse, la vie professionnelle, économique, sociale, artistique, ou encore les événements historiques que cette population a traversés au quotidien. C’est la vie quotidienne dans un village au temps des pharaons. Les images de ces ostraca sont uniques : aucun autre site n’a livré de témoignage aussi intime de la vie personnelle en Egypte Ancienne.

Animaux et thèmes de chasse

Les animaux sont fréquemment représentés sur les ostraca. Ils sont le plus souvent peints de manière satirique dans des attitudes humaines. Un des plus célèbres ostraca satiriques est exposé au Musée égyptien du Caire. Sur cette esquisse en calcaire, on voit un chat guidant au pré six oies disposées sur deux registres. Le chat, debout sur ses deux pattes postérieures, porte son baluchon avec les vivres sur l’épaule au bout d’un bâton et tient un autre bâton de la patte gauche pour diriger les volatiles. En haut du dessin, à droite, figure un nid contenant quatre œufs. Comme dans les fables modernes, la représentation des animaux dans des attitudes typiquement humaines est une critique, par l’intermédiaire de la caricature, d’usages bien précis. Avec ces croquis éloignés des représentations religieuses, les artistes thébains expriment leur fantaisie et leur humour. Il est difficile de saisir l’intention de ces représentations qui datent de plusieurs millénaires. « Les artistes de l’Egypte Ancienne ne manquèrent pas d’humour, comme l’attestent les documents satiriques et humoristiques découverts à Deir Al-Médina », explique Laïla Mahmoud.

Sur l’un des ostraca figurés, un paysan aux bras extrêmement maigres et aux épaules chargées d’une planche offre une expression comique. Dans un autre, l’artiste saisit un tailleur de pierre au travail, armé d’un marteau et de ciseaux. La tête ronde, le visage non rasé, le gros nez et la bouche ouverte font de ce portrait une caricature. « Il s’agit peut-être d’un genre de fables qui mettent en scène des animaux et des plantes et qui ont, par la suite, joué un si grand rôle dans la littérature de l’Orient », souligne Laïla Mahmoud.

peut l’appeler ainsi — florissait déjà en Egypte à l’époque de la XVIIIe dynastie ; la preuve nous en a été donnée par la découverte à Tell Al-Amarna d’une jolie tablette en faïence incrustée pour servir d’étiquette, dans le couvercle d’un coffret à livres ou à papyrus de la bibliothèque royale. Son inscription nomme Aménophis III et la reine Tiy comme étant les propriétaires d’un livre ayant pour titre Le Livre du doux sycomore. Les dessins et des croquis rapides qui illustraient des scènes joyeuses, critiques ou amusantes auraient eu pour objectif de divertir ou de critiquer une situation politique. Ce genre d’expression a été créé pendant le Nouvel Empire, surtout à Deir Al-Madina, à Thèbes. Dans certains cas, ces dessins laissent penser qu’ils cherchaient à critiquer la situation politique en représentant des animaux au lieu d’humains. Toutefois, précisons qu’en utilisant des animaux dans leurs dessins, les artistes n’étaient pas accusés de tourner en dérision les rois et les maîtres. Les dessins satiriques se trouvaient aussi sur les roches ou sur des morceaux de papyrus, œuvres d’artistes et d’artisans. Ils auraient été créés comme nos caricatures ou dessins animés modernes.

Tous ces trésors littéraires ne sont cependant que des fragments qui nous ont été conservés d’une manière plus ou moins fortuite. Certains peuvent avoir été perdus totalement.

Amira Samir

— Souris assistant à un concert. Un singe cercopithèque joue de la harpe à sept cordes devant une souris. La souris est grasse, confortablement assise sur un tabouret, les pieds posés sur un repose-pied, vêtue d’un long pagne plissé. La scène est satirique, elle représente le seigneur écoutant un concert (le chant du harpiste est souvent représenté dans les tombes). Ici, le singe prend la place du chat car il est réputé musicien.

(Musée de Stockholm).

 

— Sur un des ostraca, une scène met en présence un chat et une oie qui conversent. Le chat, un collier au cou, est assis sur une natte à l’ombre d’un arbre perséa aux fruits rouges. L’oie est debout sur une table où sont déposées des offrandes : fruits, légumes, pièce de viande, aiguière d’où sort une libation qui purifie les deux compères. Le perséa étant l’arbre sacré du Rê à Héliopolis, le chat représente « le grand chat qui est dans Héliopolis », forme du Rê. L’oie pourrait représenter l’oie d’Amon. Il s’agirait donc d’une conversation entre Rê et Amon.

(Musée de Bruxelles). 

— Renards et chacals conduisant un troupeau de volatiles. Cette scène est comique dans la mesure où les rôles habituels sont renversés : le renard et le chacal, ordinairement prédateurs, jouent ici le rôle de bergers gardiens du troupeau. Les deux renards portent dignement perruque et robe blanche. Le petit volatile noir détonne, il a sans doute été ajouté par une autre main dans un second temps.

(Musée de Bruxelles). 

— Souris servie par un chat. La scène est satirique, le plus faible (la souris) est servi par le puissant (le chat). Il s’agit d’une imitation des scènes d’offrandes funéraires que les artisans ont peintes des milliers de fois dans les tombes. La souris est confortablement assise sur son tabouret, elle porte un long pagne de lin plissé et respire le parfum d’une fleur de lotus. Le chat tigré a déposé sur un guéridon une belle oie appétissante et évente son maître.

(Musée de Bruxelles).

 




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