Al-Ahram Hebdo,Société |
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Société

Chômage. Ils sont environ dix millions d’Egyptiens qui n’ont pas d’emploi, dont une majorité de jeunes. Pourtant, on parle de milliers d’offres qui laissent indifférents. En fait, il n’y aurait pas d’indexation entre offre et demande. Enquête.

Travailler ? Non merci !

La ministre de la Main-d’œuvre, Aïcha Abdel-Hadi, annonce qu’il y a plus de 200 000 opportunités de travail sur le marché, notamment dans les usines. La Fédération des industries annonce de son côté que plus de 160 000 autres opportunités de travail sont offertes dans les sociétés industrielles. Wazayef Masr, le premier journal et agence spécialisée dans la publication des offres d’emploi, annonce des centaines d’opportunités dans les différents domaines tels que l’immobilier, la télécommunication, les banques et le pétrole ! Pourquoi ces jeunes chômeurs ne travaillent-ils pas ? Y a-t-il un vrai problème de chômage ? Selon des experts, le problème du chômage est complexe parce que beaucoup de jeunes ne travaillent pas et s’inscrivent au chômage parce qu’ils ne déploient pas vraiment l’effort de faire de vraies recherches sur le marché du travail, ou parce qu’ils n’essayent pas de se spécialiser, ou qu’ils ne sont pas prêts à exercer tous genres d’emploi. Pour des raisons de mentalité, d’éducation et de culture, toute une société se cacherait derrière un mensonge, celui qu’il n’y a pas de travail en Egypte, alors que les offres d’emploi inondent les journaux.

Une publicité diffusée sur le petit écran sur un jeune qui passe ses journées sur les terrasses de cafés et refuse d’aller travailler comme ouvrier dans une usine de peur d’être mal vu par son entourage ou parce que le salaire ne lui plaît pas reflète la mentalité d’une grande partie des jeunes Egyptiens.

Est-ce vrai que ce sont les jeunes qui n’exploitent pas les vraies chances et préfèrent rester au chômage plutôt que de changer de spécialisation ?

Selon Adham Nadim, directeur du Centre de la modernisation de l’industrie auprès de la Fédération, le problème réside dans le fait qu’il n’y a pas de jeunes qui puissent répondre aux besoins des usines de la main-d’œuvre et des techniciens. « Nous avons des milliers de jeunes diplômés chaque année dans différents secteurs, mais qui ne correspondent pas à la demande du marché du travail », argumente-t-il.

La plupart de ces jeunes cherchent des offres d’emploi dans le secteur public parce qu’ils préfèrent travailler dans les bureaux et refusent d’exercer des travaux techniques dans les usines. D’un autre côté, l’industrie ne cesse de s’accroître et les usines créent tous les jours des emplois dans les secteurs comme le prêt-à-porter, le textile et les meubles et ne trouvent pas la main-d’œuvre.

Et bien que le programme de la Fédération des industries offre des formations aux jeunes, rares sont ceux qui se présentent.

Ils ont leurs arguments : « Je suis diplômé universitaire, j’appartiens donc à une certaine classe sociale. En travaillant comme ouvrier, je changerai directement de standing aux yeux de la société, et ce, même si je gagne bien. Aucune fille, par exemple, ne voudra m’épouser », rétorque un des jeunes. « Les opportunités offertes sont dans des usines très loin de chez moi. De plus, les salaires varient entre 200 et 300 L.E. et ce n’est pas sécurisé, car ils peuvent me former pour quelques mois puis me licencier. Le secteur privé n’est pas une valeur sûre », ajoute un autre.

Ibtihal Younès, spécialiste du développement humain, explique que ce ne sont pas les jeunes qui ont tort. C’est un manque de planification de la part de l’Etat qui n’assure pas de formation correspondant aux besoins du marché du travail. C’est la culture en vogue dans la société, l’éducation et la stratégie de l’enseignement qui font que les jeunes ne sont pas prêts à exercer des métiers techniques et ne sont pas formés pour le faire. « Ces jeunes sont prêts à faire ces métiers dans d’autres pays et risquer leur vie dans l’immigration clandestine, alors que dans leur propre pays, ils ne sont pas disposés à faire des concessions », explique Younès en ajoutant que ce qui aggrave le problème, c’est que les salaires offerts sont minimes et les contrats précaires. Deux raisons importantes qui les font fuir le secteur privé.

Adham Nadim rétorque : « C’est dans le secteur public que l’on retrouve le plus de problèmes, puisque la plupart des grèves ou des manifestions sont organisées dans les usines du public. D’ailleurs, beaucoup de propriétaires d’usines pensent investir dans le domaine de formation afin d’assister la main-d’œuvre, la former et lui offrir un système de sécurité sociale », ajoute Nadim.

Orienter les jeunes vers le secteur technique est une nouvelle politique que l’Etat commence à adopter, mais il semble que le chemin est très long. Hani Hilal, ministre de l’Enseignement supérieur, déclarait dernièrement que tous les jeunes préfèrent être des diplômés de certaines facultés et occuper des postes gouvernementaux. Une mentalité qu’il faut changer. « Nous encourageons les études techniques pour répondre aux besoins du marché du travail. Cependant, le jeune peut aussi avoir un diplôme supérieur en parallèle, à travers l’université ouverte», explique-t-il.

 

Plus complexe que l’on pense

Or, Mohamad Tahoun, directeur du développement des affaires à Wazayef Masr, explique que le problème de l’emploi est beaucoup plus vaste. Selon lui, il y a un manque de qualification qui fait peur, en plus du manque de communications entre les jeunes et les sociétés qui veulent des employés. Tahoun assure qu’il y a une croissance économique reflétée par le journal par le nombre croissant d’offres. « Le ministère de la Main-d’œuvre faisait 70 000 offres d’emploi et 300 000 autres sont offertes par le ministère du Tourisme », dit-il en ajoutant que les hautes qualifications sont les plus demandées et que seulement 20 % des jeunes qui se présentent conviennent aux demandes. « Des postes qui restent vacants parce que les jeunes ne sont pas qualifiés et ne sont pas prêts à déployer les efforts nécessaires pour améliorer leurs qualifications. Nous ne sommes pas habitués aux stages d’été ou à faire des efforts pour avoir un emploi. Beaucoup de jeunes ne font même pas l’effort d’en chercher », explique Tahoun.

Yasser Al-Ghayati, son partenaire, ajoute que bien que leur journal soit bien distribué et présente des milliers d’offres d’emploi, il semble qu’il y a un manque d’information sur les besoins du marché du travail. « Nous organiserons en janvier une conférence qui rassemblera les grandes entreprises sur le marché et les jeunes demandeurs d’emploi pour qu’ils puissent établir des contacts. Des cours de formation seront aussi offerts aux jeunes pour essayer de diminuer le fossé », dit-il tout en ajoutant que même les jeunes qui accèdent à des informations ne sont pas prêts à changer les idées reçues par rapport à certains genres d’emploi ou des postes gouvernementaux. « Il faut aimer ce qu’on fait jusqu’à ce qu’on fasse ce qu’on aime », dit-il.

Un proverbe qui est loin d’être appliqué dans notre société, comme le confie Chérif, propriétaire d’une société d’importation d’équipements d’usines.

Il raconte son expérience amère, comme il la qualifie, pour chercher des employés dans sa société. Des secrétaires, des ingénieurs de maintenance ou de ventes, ou même des plantons. « Je me demandais souvent si je n’étais pas en train de chercher un trésor rare, et ce, à tous les niveaux. Et bien que j’offre de bons salaires. Après une annonce dans le journal, je reçois beaucoup d’appels. Plus de 20 % des gens qui se présentent sont sans CV ou des CV qui n’ont pas été réactualisés. Et une grande partie d’entre eux ne remplissent pas les conditions », dit-il, tout en ajoutant que les jeunes n’ont pas d’ambitions, et que si on leur demande ce qu’ils veulent faire, ils répondent sans conviction : « N’importe quoi ».

Une réponse qui révèle la culture de l’emploi chez les jeunes qui constituent la main-d’œuvre disponible aujourd’hui. Du « n’importe quoi ». Pas de détermination, pas d’ambitions.

 

Un aspect psychologique

Pourtant, ces mêmes jeunes n’acceptent pas de travailler n’importe où. Il cite l’exemple d’une offre pour le métier de planton avec un salaire qui variait entre 500 et 600 L.E. « La plupart refusait de s’occuper du nettoyage, ils ne voulaient s’occuper que de la buvette, car pour eux, c’est honteux de s’occuper du nettoyage. Un jeune accepte donc de prendre son argent de poche de sa sœur ou de sa femme qui travaille comme femme de ménage, mais il refuse d’être un garçon de bureau », explique Chérif qui ajoute que tout cela est le résultat d’une éducation. On les gâte, on n’inculque pas en eux la valeur du travail et l’autonomie. Les parents ne cessent de protéger leurs enfants jusqu’à un âge très avancé, raison pour laquelle l’enfant ne se sent pas obligé de travailler.

Ahmad, 21 ans, diplômé depuis un an, a ses conditions pour accepter un métier. Il ne veut pas de patron, pas trop d’heures de travail, que le métier soit prestigieux et que le salaire soit bon. Rien que ça. Il attend donc patiemment son travail de rêve, installé confortablement à la maison. « Beaucoup de jeunes pensent ainsi, ils veulent vite faire fortune sans déployer beaucoup d’efforts ou même être bien formés », dit-il en poursuivant que même si le système éducatif a ses lacunes et fait sortir des diplômés qui ne sont pas compétents, il ne faut pas se contenter de ce niveau sans essayer de se développer.

Cependant, d’autres jeunes rétorquent que même s’ils essayent d’être bien formés ou acceptent de faire des concessions, les emplois offerts ne les remboursent pas. Moustapha, qui a accepté un poste technique dans une des nouvelles usines, explique que le salaire est très médiocre et il n’arrive toujours pas à subvenir à ses besoins essentiels. Chérif estime également que beaucoup de nouveaux investisseurs et propriétaires d’usines n’ont pas la culture, non plus, d’investir dans la main-d’œuvre. « Nous n’avons pas la culture de bien former l’équipe de travail et d’y investir. Je connais beaucoup de propriétaires d’usines qui n’apprécient pas que leurs employés soient plus qualifiés qu’eux. D’autres rejettent l’idée de déléguer du pouvoir et préfèrent avoir le contrôle de tout. Une troisième catégorie refuse de bien payer la main-d’œuvre, même si leur travail est bon », ajoute-t-il.

Toute une culture qui doit être changée, comme l’assure Ibtihal Younès, pour bien développer et exploiter la main-d’œuvre. « Le problème du chômage n’est pas dans le manque d’offres, mais dans un manque de qualifications, de planification et de toute une culture qui doit bien comprendre la valeur du travail et de la croissance humaine », conclut-elle.

Doaa Khalifa

Névine Kamel

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.