Al-Ahram Hebdo,Invité | Alain Le Roy
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Alain Le Roy, ambassadeur français chargé du projet d’Union pour la Méditerranée, lancé par le président Nicolas Sarkozy, explique l’objectif, le contenu et les moyens de son application, à la veille de la première visite en Egypte du chef de l’Etat français, les 30 et 31 décembre.

« L’Union pour la Méditerranée
 est une union de projets »

Al-Ahram Hebdo : La plupart des responsables et des observateurs des pays riverains de la Méditerranée reprochent au projet de l’Union méditerranéenne d’être vague. Qu’en dites-vous ?

Alain Le Roy : Le projet est certes une idée française, mais il reprend les idées qu’on a lancées ici ou là. Et dès le départ, Paris a souligné qu’il veut l’élaborer en commun avec les pays du sud de la Méditerranée. Ces derniers, dont l’Egypte, ont souvent reproché à l’UE d’imposer ses projets. Or, nous voulons justement éviter cela et mettre au point en commun ce projet avec les pays du pourtour méditerranéen qui ont des intérêts convergents, des cultures proches. On veut donc que ce projet soit élaboré sur une base paritaire. Et c’était justement la raison de ma dernière visite en Egypte en novembre, où je suis venu concerter nos idées avec celles des Egyptiens.

Quel est donc le but de ce projet ?

— L’UE a fait beaucoup pendant les 15 dernières années pour l’Europe de l’Est. Il était donc temps de revenir à notre région fondamentale qui nous concerne en premier lieu, qui est la Méditerranée. Et j’aimerais ici citer la phrase du président Sarkozy : « La Méditerranée n’est pas notre passé, elle est notre futur ». Je cite aussi l’exemple des Etats-Unis qui consacrent 20 % de l’ensemble de leurs investissements à l’étranger à leur Sud, en Amérique centrale et du Sud. Le Japon fait de même, en Chine, Malaisie, Indonésie, Thaïlande, alors que l’Europe n’investit que 2 % seulement dans son Sud, en Méditerranée. Donc, il y a tout un rattrapage à faire.

La France, l’Italie et l’Espagne viennent de lancer, le 20 décembre, l’Appel de Rome pour la Méditerranée, dans lequel elles annoncent que l’union entre les pays riverains sera fondée sur des projets concrets. De quoi s’agit-il exactement ?

— La France va réunir un sommet, le 14 juillet à Paris, des pays riverains de la Méditerranée et de l’UE pour lancer le projet de l’union. Il s’agirait d’un processus basé sur un certain nombre de projets. Le sommet se terminera par une Déclaration dans laquelle les chefs d’Etat et de gouvernement lanceront des projets. C’est donc une union de projets. Tout cela sera préparé par des réunions de ce qu’on appelle « sherpas ». Moi, je suis sherpa pour la France et chaque pays désignera un sherpa qui représentera son gouvernement. Leur tâche est de préparer le sommet de juillet, son ordre du jour et surtout les types de projets qu’on veut présenter au sommet. Et lorsqu’il s’agit de projets financiers ou d’environnement, on fera bien entendu appel à des spécialistes financiers ou d’environnement. Notre rôle ici sera de coordination.

Quels types de projets envisagez-vous ?

— Pour l’instant, on a des exemples de projets. Ceux-ci ne sont pas définitifs. D’autres projets seront proposés par les autres pays méditerranéens lors des réunions des sherpas, dont la mission est de retenir les projets qui ont le plus de sens pour la Méditerranée dans les grands domaines de coopération qui sont l’environnement et le développement durable, la croissance économique, le développement social, le dialogue des cultures et la sécurité. Les projets retenus doivent être mis au point par les experts avant le sommet de juillet.

D’où viendra le financement de ces projet ?

— Une partie du financement viendra de l’UE. Mais ce n’est pas l’essentiel. Nous procéderons projet par projet. Les grands projets d’infrastructures auront toutes les chances de trouver leurs financements. Outre la commission européenne, d’autres sources de financement existent comme la Banque Européenne d’Investissement (BEI) qui consacre 8 milliards d’euros pour la Méditerranée. Ce qui n’est pas négligeable. Il y a aussi la Facilité d’Investissement pour le Voisinage (FIV) qui sera créée par l’UE dans les prochains mois, l’Agence française de développement et ses équivalents italien, espagnol et autres, le secteur privé notamment dans le cadre de partenariat avec le secteur public, la Banque africaine de développement, la Banque mondiale. Sans oublier la possibilité de créer une banque régionale de développement dédiée à la Méditerranée. Une question qui sera tranchée au sommet de Paris.

Mais les projets de l’union n’allaient-ils pas se heurter, comme ce fut le cas avec le Processus de Barcelone, aux difficultés liées au non règlement des conflits entre Israël et les Palestiniens, la Syrie et le Liban ?

— Quand la France et l’Allemagne ont créé en 1951 la Communauté européenne du charbon et de l’acier, elles sortaient de trois guerres importantes sur un siècle ...

Mais à l’époque, elles avaient déjà conclu la paix ...

— Oui, elles avaient signé la paix, mais les rapports n’étaient pas les plus chaleureux possibles. Simplement, on a trouvé des projets économiques qui ont permis de rapprocher les gouvernements. Ce qui a abouti six ans plus tard à la signature du Traité de Rome qui a créé la Communauté économique européenne. Et c’est un peu la même idée, c’est de dire que l’Union méditerranéenne n’a pas pour objectif de traiter la question du processus de paix au Proche-Orient. Celle-ci, qui est essentielle, doit être traitée dans les enceintes qui conviennent qui sont le Quartette international et le Processus de Barcelone. Alors que nous parlons de projets concrets qui peuvent aider les gens à travailler ensemble.

Beaucoup pensent que le projet de l’Union pour la Méditerranée est un piège pour la Turquie afin d’empêcher son adhésion à l’Union européenne, que rejette le président Sarkozy ...

— Pour être clair, le projet d’Union pour la Méditerranée ne va interférer en rien dans les discussions entre Ankara et Bruxelles sur l’adhésion de la Turquie à l’UE.

Comment la France envisage-t-elle les rapports entre la future Union pour la Méditerranée et les structures de coopération déjà existantes entre l’UE et le sud de la Méditerranée, notamment le Processus de Barcelone ?

— Il y a effectivement des processus qui existent : le Processus de Barcelone, le Forum méditerranéen, le dialogue 5+5. Notre idée est de dire que c’est très bien que tout cela existe, mais qu’il faut aller plus loin. Les objectifs de la Déclaration de Barcelone n’ont pas été remplis. Et il est donc important d’en faire plus avec les pays les plus directement concernés, ceux de la Méditerranée.

L’Union pour la Méditerranée a-t-elle pour vocation de se substituer au Processus de Barcelone ou de modifier la politique du voisinage de l’UE, comme le craignent certains pays européens ?

— En aucun cas, la France ne pense à remplacer par son projet les structures de coopération déjà existantes. L’Appel de Rome l’a rappelé. Il n’est donc pas question de remplacer ou d’arrêter le Processus de Barcelone qui fait beaucoup de choses. J’utiliserais ici la formule utilisée par le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos, qui a qualifié le projet français de « Barcelone plus », et cela nous va très bien. Le projet d’Union pour la Méditerranée est une impulsion supplémentaire à Barcelone, une coopération renforcée entre les pays les plus intéressés ou bien, pour reprendre l’expression de Moratinos, « Barcelone plus ». Idem pour la politique de voisinage qui est une politique de l’UE et de la Commission européenne. Nous n’avons pas l’intention d’y toucher, mais voulons aller plus loin.

Par rapport au Processus de Barcelone par exemple, la valeur ajoutée de l’Union pour la Méditerranée est celle du secteur privé, peu présent à Barcelone. Alors que dans le projet français, il est présent dès le départ et nous propose beaucoup de projets. Une autre chose qui n’existe pas dans le Processus de Barcelone et que nous allons créer au sommet de Paris : un secrétariat permanent pour faire fonctionner cette Union méditerranéenne, dont la mission est de préparer les sommets et, surtout, de suivre chacun des projets communs qui seront lancés. Autrement dit, on tire les leçons de ce qui a moins bien marché à Barcelone.

Comment l’Union envisage-t-elle de renforcer le dialogue des cultures entre les deux rives de la Méditerranée ?

— Nous sommes pour le renforcement des structures qui existent, comme la Fondation Anna Lindht à Alexandrie. On envisage aussi la mise en réseau par exemple entre la Bibliotheca Alexandrina, l’Institut du monde arabe à Paris et la Casa arabe à Madrid. On voudrait aussi renforcer la coopération universitaire, notamment l’échange d’enseignants, et la formation professionnelle. On peut aussi établir des programmes d’appui à la production, la distribution et la circulation des œuvres. Ce ne sont finalement que quelques idées qui pourraient être complétées par d’autres.

Quelles sont vos idées concernant le domaine de la sécurité ?

— Pour nous, la sécurité est définie dans le sens étroit du terme. Il ne s’agit donc pas de sécurité collective, mais de sécurité civile, c’est-à-dire mise en commun des moyens méditerranéens en cas de catastrophes naturelles : inondations, tremblements de terre ... Il s’agit aussi de renforcer la sécurité maritime en Méditerranée, la lutte contre le terrorisme, la drogue, etc.

La lutte contre l’émigration illégale fera-t-elle partie du dossier de la sécurité  ?

— Non, cette question fera plutôt partie du dossier du développement social, où l’on discutera d’une gestion concertée des flux migratoires, en prenant en compte les besoins des deux côtés de la Méditerranée, les pays pourvoyeurs de migrants et ceux d’accueil.

Propos recueillis par Hicham Mourad

 




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