Al-Ahram Hebdo,Egypte |  Le fléau 
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 26 décembre 2007 au 1 janvier 2008, numéro 694

 

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Egypte

Palmiers. 17 millions sont menacés par le charançon rouge qui ne cesse de se propager depuis 1992 dans plusieurs régions. Malgré les efforts déployés par le ministère de l’Agriculture, environ 200 000 ont été atteints.  

 Le fléau  

« Le charançon rouge va ravager les palmiers d’Egypte ». C’est le cri d’alarme lancé par les responsables au ministère de l’Agriculture. Ce charançon (rhynchophorus ferrugineus) qui se nourrit sur les troncs des palmiers a déjà fait des ravages dans plusieurs régions, dont récemment la Nouvelle Vallée, principale région de production des dattes.

Tout a commencé en 1992 lorsqu’un homme d’affaires avait reçu des palmiers à titre de cadeau par un dignitaire arabe. Il les a plantés dans la région de Salhiya dans le gouvernorat de Charqiya. Or, il s’est avéré que ces palmiers étaient porteurs de charançon rouge asiatique, non connu en Egypte et qui vide littéralement les troncs des palmiers. Le danger de ce charançon réside dans le fait qu’aucun signe n’indique sa présence. Les premiers symptômes de contamination n’apparaissent qu’au bout d’un mois sous forme d’écoulements blancs qui se dégagent du tronc. Les cultivateurs de Salhiya, n’ayant jamais vu le charançon rouge, étaient incapables de diagnostiquer le mal. Ils croyaient que c’est de l’humidité à cause du temps. Mais les écoulements augmentaient en dégageant une mauvaise odeur. C’est alors que les paysans ont prévenu l’agronome du village qui, lui aussi, ne savait rien de ce mal. Il a proposé d’arracher tous les palmiers atteints. Mais, l’homme d’affaires, propriétaire du terrain, a refusé croyant que n’importe quel insecticide pouvait venir à bout du charançon. Tous les insecticides disponibles, à l’époque, au département de la lutte contre les insectes au ministère de l’Agriculture ont été utilisés, mais aucun n’est venu à bout du charançon dangereux.

Les paysans ont brûlé un palmier infecté une fois avec du mazout et une autre fois avec du napalm, une matière hautement combustible. Mais en vain. Le charançon et ses cocons sont restés toujours vivants. Certains agronomes ont proposé d’arracher les palmiers gravement contaminés, mais les paysans et les propriétaires des terrains ont refusé, étant donné la médiocrité de l’indemnité fournie par le ministère de l’Agriculture. « Une somme de 300 L.E. seulement nous aurait été accordée pour chaque palmier dattier arraché. A quoi aurait servi cet argent alors que pour planter un nouveau il faut au moins 1 000 L.E., sans compter les années que nous passons à attendre jusqu’à ce que ce palmier produise des dattes ? », lance Hag Mahdi, paysan originaire de Charqiya, deuxième gouvernorat atteint par le charançon rouge dès 1993.

Aujourd’hui, 15 ans après les faits, le charançon a envahi les 26 gouvernorats d’Egypte menaçant les plantations de palmiers dattiers et leurs fruits. Environ 200 000 palmiers sont atteints et 22 500 autres ont péri durant 2007.

De multiples expériences ont été effectuées par les experts du Centre national des recherches agricoles avec la coopération d’ONG afin de parvenir à un insecticide capable de tuer le charançon. Finalement, un insecticide a été mis au point, mais les paysans affirment que le ministère de l’Agriculture refuse de le vendre dans les associations agricoles. Le directeur général du département de la prévention au ministère de l’Agriculture, Mahmoud Badawi, se défend : « C’est pour éviter qu’il ne soit récupéré par certains marchands et revendu au marché noir à haut prix. Or, le paysan reçoit cet insecticide à moitié prix. Un litre coûte 37 L.E., le paysan en paie 18 ». De plus, la quantité dont le ministère dispose est très limitée. En 2006, le ministère en a vendu 40 tonnes. Or, une douzaine de palmiers dont la contamination est minime nécessitent au moins 600 litres.

En revanche, les agronomes soulignent que cet insecticide n’est pas assez efficace. « Il ne tue que les œufs et les cocons du charançon et avec un résultat qui n’atteint jamais les 100 % », lance un ingénieur. Le seul moyen de le tuer est de séparer la tête du charançon de son corps. Mais il est pratiquement impossible d’attraper ces charançons volants.

 

Multiples obstacles

Un charançon rouge vit 4 mois. Une période pendant laquelle il peut mettre 300 œufs environ en se déplaçant d’une région à l’autre. En 2000, le charançon a envahi le Sinaï et en 2006 la Nouvelle Vallée, les deux principales régions en matière de production de dattes en Egypte. « Nous avons beaucoup de difficultés pour faire face à ce fléau », dénonce Abdel-Alim Mohamad, responsable à la direction de l’agriculture au gouvernorat de Qalioubiya où le charançon a fait son apparition en 1999. Qalioubiya compte 312 000 palmiers. Plusieurs centaines périssent tous les mois.

Le premier obstacle rencontré par les responsables est que la plupart des paysans refusent de faire entrer les agronomes dans les champs pour examiner les palmiers. Si certains craignent que leurs palmiers ne soient arrachés, d’autres sont des journaliers qui ne peuvent pas désobéir aux propriétaires des terrains. « Nous sommes de simples paysans. Nous ne pouvons pas leur permettre d’entrer avant que le propriétaire ne soit rentré de l’étranger », explique l’un des cultivateurs qui travaille chez un célèbre homme d’affaires et dont la ferme compte une soixantaine de palmiers contaminés. Dans une tentative de régler ce problème, les agronomes ont recours à la police pour pouvoir entrer dans les champs. « Mais la police se contente de dresser des procès-verbaux car aucune loi ne lui donne le droit d’obliger les paysans à se soumettre à notre demande », s’insurge Abdel-Alim Mohamad.

Le manque de financement est un autre obstacle. Le ministère de l’Agriculture consacre un million de L.E. seulement par an pour lutter contre ce charançon. 850 000 L.E. sont destinées à l’insecticide. « Le reste ne suffit ni pour acheter des appareils de vaporisation, ni pour payer les agronomes et la main-d’œuvre. On a besoin d’au moins 6 millions de L.E. », affirme Ahmad Zayed, responsable au ministère qui dévoile un autre problème. C’est l’insuffisance du nombre d’agronomes. « Chaque village compte en moyenne environ 2 000 palmiers et il n’y a qu’un seul agronome. Les agronomes n’arrivent plus à accomplir leur boulot, alors que les palmiers doivent être examinés quotidiennement », dénonce Zayed.

Autre problème est le commerce du palmier qui favorise la propagation du charançon. A Toukh, toujours dans le gouvernorat de Qalioubiya, la ferme de Fathi Abdel-Rahmane renferme 64 palmiers. Ils sont tous pourris. « Nous avons acheté une dizaine de palmiers du gouvernorat de Béheira et n’avons remarqué aucune anomalie. Or, nous avons découvert ultérieurement qu’ils étaient atteints de ce charançon. Nous avons utilisé les insecticides fournis par le ministère, mais seuls les cocons sont morts, et le charançon mère est toujours vivante », lance Abdel-Fattah Madbouli, paysan.

En fait, dans une période de quatre mois, 10 000 palmiers sont passés de Qalioubiya vers le gouvernorat de Qéna en Haute-Egypte. Cette cargaison avait renfermé 120 palmiers contaminés. « Il est donc indispensable de promulguer une loi interdisant le commerce de palmiers entre les différents gouvernorats sans l’approbation des responsables et autorisant aux agronomes d’examiner tous les palmiers, sans avoir à demander aux propriétaires de terrains », réclame Abdel-Halim Mahmoud, directeur du département de la lutte contre les insectes des fruits au ministère de l’Agriculture. Et d’espérer : « Peut-être ainsi pourrions-nous sauver les 17 millions de palmiers d’Egypte ».

Héba Nasreddine

 




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