Al-Ahram Hebdo, Enquête | Etat d’alerte
  Président Morsi Attalla
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 Semaine du 3 au 9 Octobre 2007, numéro 682

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Société

  Arts

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Enquête

Corruption. Selon un rapport du ministère du Développement administratif, 76 % des employés de la fonction publique perçoivent des pots-de-vin. Une étude réalisée dans 47 pays par le PEW Research Centre vient confirmer le constat.

Etat d’alerte 

Parcours d’un citoyen ordinaire dans les services de l’administration municipale : « Bonjour. Je voudrais m’informer sur les permis de construction, s’il vous plaît », dit le citoyen en se présentant au service des permis. Et l’employé de répondre : « Oui, bien sûr. Vous devez remplir le formulaire X, présenter deux photocopies de votre carte d’identité et avoir la signature de Y, Z et W. Ensuite, vous allez devoir nous apporter le titre de propriété du terrain, le croquis du bâtiment et avoir l’approbation des ingénieurs X et Y. Un employé de nos services viendra ensuite examiner les lieux ». Après un véritable parcours du combattant, le citoyen parvient à s’approprier ce fameux formulaire et à le signer par X et Y. Mais au moment de le présenter au guichet, une surprise l’attend. « Désolé M., il est presque 14h, nous n’aurons pas le temps car nous allons fermer, passez un autre jour ». Le citoyen, un peu énervé, rétorque : « Mais j’habite loin et voudrais en finir, il n’est pas encore 14h ». Il est intercepté par la voix de l’employé : « Nous sommes au mois de Ramadan M. Enta kollak nazar. (à vous de voir) ». Le citoyen a effectivement compris de quoi il s’agit. Il a immédiatement sorti de sa poche 20 L.E. et l’a fourré dans la main de l’employé.

Cette scène assez caricaturale se répète quotidiennement des milliers de fois dans les bureaux de l’administration. Et vous l’avez sûrement vécu au moins une fois. Elle est assez symptomatique de l’état de corruption qui règne parmi les employés de ce secteur.

Le dernier rapport du ministère du Développement administratif confirme donc un état de fait. Il parle de 76 % des employés de la fonction publique en Egypte, soit 3,5 millions d’employés, qui perçoivent des dessous-de-table durant l’exercice de leur fonction. Absence de contrôle ou mauvaise gestion ? En fait, les évolutions politiques et économiques durant les 50 dernières années sont en partie responsables de la situation. Depuis les années 1970, l’Egypte combine le système socialiste hérité de l’époque nassérienne avec le système libéral adopté par Sadate. Les inconvénients des deux systèmes ont fait que la corruption a pris de l’ampleur. D’un côté, il y a des fonctionnaires très mal payés dont les conditions de vie sont extrêmement précaires. De l’autre, les nouvelles classes aisées, fruit du libéralisme tous azimuts, qui sont prêtes à payer pour obtenir les services souhaités.

Mais, cette tendance s’est accrue ces dernières années. La vente d’organismes du secteur public et la suppression des subventions ont accentué la pauvreté et élargi le fossé entre riches et pauvres avec comme conséquence directe une aggravation du phénomène de la corruption. « Aujourd’hui, le petit employé doit faire face aux difficultés de la vie et à la hausse des prix. Il n’a d’autre choix que d’accepter la corruption et il trouve les prétextes moraux et sociaux pour agir ainsi. Ce qui est grave, c’est que la corruption des petits employés n’est plus considérée comme corruption. On lui donne d’autres appellations et on tente de la justifier par tous les moyens », affirme le Dr Abdel-Rahmane Tawfiq, expert en gestion administrative.

La corruption administrative est très répandue dans certains secteurs comme les municipalités, les douanes ou les impôts. Elle est pratiquée sous différentes appellations : Ikramiyates (sommes versées par largesse) pistons et autres commissions devenues désormais monnaie courante. Mais outre les évolutions économiques, des considérations d’ordre pratique ont contribué à aggraver le phénomène. C’est ce qu’affirme la conseillère Nagwa Sadeq, vice-présidente du Parquet administratif. « Dans de nombreuses administrations, le citoyen ne dispose d’aucune indication ou renseignement sur les procédures qu’il doit accomplir. Dans ces conditions, il est obligé de recourir à des facilitateurs pour obtenir ce qu’il veut et payer de l’argent en échange de ce service », souligne-t-elle. Et d’ajouter : « Le problème est qu’il est très difficile de détecter ce genre de délits. Nous le savons lorsque des plaintes nous parviennent des citoyens. En même temps, il n’y a pas de mécanismes réels pour lutter contre le phénomène. Les sanctions sont quasi-inexistantes », assure Nagwa Sadeq.

Pour certains, c’est le climat politique qui favorise la corruption. C’est ce que pense Réfaat Al-Saïd, président du parti du Rassemblement unioniste progressiste (UPI), gauche. « Le régime est corrompu, il est tout à fait normal que les fonctionnaires grands ou petits acceptent et justifient la corruption », dit-il.

Quant à Moustapha Elwi, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, il pense que le secteur administratif dans son ensemble a besoin d’une réforme afin d’améliorer les compétences professionnelles et techniques des employés. « Et plus important encore, l’Etat doit améliorer les salaires des employés afin de leur assurer un niveau de vie acceptable. En même temps, il faut mettre en place des mécanismes de contrôle rigoureux », conclut Elwi.

Une étude réalisée dans 47 pays par le PEW Research Centre, un centre américain de recherches indépendant, et publiée ces derniers jours relève que l’Egypte arrive en deuxième position parmi les pays du Proche-Orient en matière de corruption administrative, derrière le Liban.

Dans certains secteurs, les sommes impliquées sont colossales. L’Organisme de contrôle administratif a récemment annoncé avoir ouvert une enquête sur un certain nombre d’employés ayant placé des sommes colossales allant de 3 à 20 millions de L.E. dans les banques. Parmi eux, un ingénieur dans une municipalité ... .

Ola Hamdi
Chérif Soliman

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistant technique: Karim Farouk
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.