Transports. L’augmentation du prix de l’essence a entraîné une hausse des tarifs des moyens de transport. Après des promesses de ne pas toucher aux prix de ce secteur, la décision a porté atteinte à la crédibilité du gouvernement.

L’essence fait flamber les prix

A peine les salaires ont-ils subi une augmentation début juillet dernier, voilà que les prix de l’essence et des transports flambent. Après sa décision d’augmenter les salaires, le gouvernement a également augmenté les prix de l’essence et les tarifs des moyens de transport. Ainsi, le ticket du métro est passé de 75 pts à 1 L.E., les abonnements de 180 à 240 L.E. pour les fonctionnaires, de 290 à 386 L.E. pour les individus et de 80 à 140 L.E. pour les retraités. Les billets de train ont également subi une augmentation de 25 %. Quant aux transports privés, les tarifs ont augmenté de 10 à 15 %. Entre-temps, les moyens de transport publics dont le ticket ne coûtait que 25 pts ont disparu. Les chauffeurs de microbus et de taxis y ont aussi trouvé leur compte en augmentant leur tarif, une augmentation qui varie entre 50 et 100 % alors que les péages autoroutiers ont passé de 2 à 4 L.E.

Cette brusque décision gouvernementale a sans doute soulevé des critiques, d’autant plus qu’elle survient après les promesses du gouvernement de ne « pas toucher » au prix de l’essence afin de ne pas surcharger les plus démunis. « Le gouvernement n’a pas annoncé dans sa prévision budgétaire annuelle, en juin dernier, qu’il y aura une augmentation des prix de l’essence et des moyens de transport. Il faut dire aussi que cela est survenu au moment où tout le monde était préoccupé par la crise au Liban et en Palestine ainsi que par des sujets politiques chauds du Proche-Orient, ce qui a largement aidé le gouvernement à procéder à cette mesure sans rencontrer une résistance quelconque », constate Hussein Abdel-Razeq, secrétaire général du parti du Rassemblement (gauche). Il estime que le gouvernement devrait financer l’entretien et le développement des routes à partir des impôts de toutes sortes imposés aux citoyens. « Mais face à un déficit budgétaire de 55 milliards de L.E., qui est dû essentiellement à la mauvaise gestion, le gouvernement a recours à la solution facile de surcharger les citoyens », accuse-t-il. Abdel-Razeq estime que cette hausse des prix ne sera pas la dernière et que « chaque fois que le gouvernement affrontera un échec, il ajoutera de nouvelles charges aux citoyens ».

« Il aurait fallu que le gouvernement prenne en considération l’opinion publique, en soumettant ces décisions à l’Assemblée du peuple. Les nouveaux tarifs ont élargi le fossé séparant le gouvernement des citoyens », dénonce de son côté le député Moustapha Al-Guindi, également membre du comité du transport au Parlement.

Les responsables au ministère du Transport ont annoncé que la hausse des tarifs aurait pour but de trouver des ressources pour financer l’entretien et le développement des routes et des moyens de transport. Le ministre du Transport, Mohamad Loutfi Mansour affirme de son côté que la décision d’augmenter les prix des moyens de transport a été prise il y a 3 ans mais qu’aucun ministre n’a pu la mettre en exécution ou même l’annoncer : « On affronte plusieurs difficultés et la subvention présentée par le gouvernement est insuffisante. La somme allouée aux routes est de 220 millions de L.E., qui ne suffit qu’à l’entretien de 3 % seulement du réseau routier qui s’étend sur 22 000 km. Et tout manque d’entretien signifie certainement que la vie des citoyens est exposée au danger ». Toujours sur la défensive, Tareq Al-Attar, président de l’Organisme public des ponts et des routes, a affirmé que ces augmentations seraient destinées à l’entretien des routes qui ont besoin de plus d’un milliard de L.E., alors que le budget qui leur était accordé ne dépassait pas les 202 millions. Les responsables de l’Organisme du métro ont également justifié les nouveaux tarifs : « Cette augmentation des prix des tickets et des abonnements permettra d’augmenter notre budget de 90 millions de L.E. Ceci nous aidera à combler un déficit annuel de 60 millions de L.E. par an, à financer les travaux d’entretien et à contribuer au financement du projet de la 3e ligne de métro », explique Ahmad Azab, président de l’Organisme du métro.

En effet, l’état des routes et des moyens de transport publics laisse à désirer, ce qui sans doute expose au danger la vie des citoyens. Mais, jusqu’où ceux-ci peuvent-ils continuer à financer le prix de leur « sécurité » ? .

Sabah Sabet