Liban. Devant le ministère des Affaires étrangères, des manifestants ont exprimé, dimanche dernier, leur soutien au peuple libanais et appelé les dirigeants de la région à réagir face à l’agression israélienne.

La rue demande de l’action arabe

Dimanche 5 août, 18 heures, corniche du Nil, devant le siège du ministère des Affaires étrangères. Les forces anti-émeutes ont déjà pris place, les blindés et les barrières encerclent le lieu où doit se dérouler la manifestation de solidarité avec le Liban. Par petits groupes, les quelques dizaines de manifestants commencent à affluer: Ils appartiennent à tous les courants politiques, presque les mêmes figures maintenant devenues familières, des militants socialistes, ceux du mouvement Kéfaya (ça suffit), des professeurs appartenant au Mouvement du 9 mars pour l’indépendance des universités, des Nassériens, etc. Les grands absents sont les Frères musulmans qui dès le début de la crise ont choisi comme cadre la cour de la mosquée d’Al-Azhar afin de donner des couleurs islamistes à leur manifestation hebdomadaire à la suite de la prière du vendredi.

Les manifestants commencent à s’organiser, à distribuer pancartes et banderoles, et à faire de la place aux « boute-en-train » qui devancent les rangs pour « donner le ton ». Furieux de l’agression israélienne contre le Liban qui perdure depuis près d’un mois, les manifestants traduisent aussi le mécontentement de toute une population déçue du mutisme des régimes arabes face à cette guerre. Les slogans scandés expriment une liste de demandes, notamment le renvoi de l’ambassadeur israélien et le boycottage économique d’Israël, mais aussi une liste de critiques et de condamnations à l’intention des dirigeants arabes jugés trop dociles, voire consentants, vis-à-vis de l’offensive israélienne. Parallèlement, les manifestants chantent leur soutien à la résistance qu’incarne le leader du Hezbollah, Hassan Nasrallah, le seul à avoir osé tenir tête à Israël.

Outre les photos de Nasrallah hissées pas beaucoup de manifestants, certains brandissaient des photos agrandies montrant les enfants victimes du massacre de Cana, alors que d’autres encore portent des T-shirts frappés au drapeau libanais. Des drapeaux israéliens sont foulés des pieds avant d’être brûlés sous les cris « Nasrallah le bien-aimé frappe Tel-Aviv ». « Nous nous sommes réunis aujourd’hui pour envoyer un message aux chefs de la diplomatie arabes qui doivent se réunir demain. Ce sera la dernière chance pour eux s’il veulent sauver l’identité arabe », lance Saadiya Montasser, professeur à l’Université d’Aïn-Chams. « Les pays arabes possèdent plusieurs cartes qu’ils doivent jouer, ils peuvent arrêter d’exporter leur pétrole et leur gaz naturel et couper les relations diplomatiques avec Israël », poursuit l’universitaire.

Regret des années Nasser

Depuis le lancement de l’offensive israélienne contre le Liban, le parallèle s’est établi entre l’ancien président Gamal Abdel-Nasser et le chef du Hezbollah. Nostalgiques de l’époque où l’Egypte avait son mot à dire et jouait un rôle incontournable à l’échelle régionale, beaucoup d’Egyptiens ont regretté les années Nasser. « Au moins nous aurions pu faire comme le président du Venezuela, Hugo Chavez, qui a renvoyé l’ambassadeur israélien pour protester contre les massacres israéliens. Si Abdel-Nasser vivait toujours, il aurait défendu le Liban sans hésiter », affirme Chams Al-Etrébi, qui se présente comme une « simple citoyenne ». Et d’insister : « Nous devons défendre le sang des enfants arabes ».

Waël Khalil, militant de gauche, est caustique. « On a longtemps ridiculisé les déclarations de condamnation et de désolation des dirigeants arabes. Aujourd’hui, ces derniers se sont abstenus même de déclarations. Face aux massacres israéliens, c’est le silence total des Arabes », lance-t-il.

Moment fort de la manifestation qui a duré pendant deux heures : dix jeunes hommes sont arrivés sur les lieux, avec sur les épaules un cercueil couvert de photos d’enfants « victimes de l’impuissance arabe ». On voyait même une salopette débordant du cercueil. La scène a bouleversé les manifestants qui se sont mis à scander: « Les dirigeants nous invitent à nous taire alors que les enfants continuent à mourir ... Ô gouvernements arabes lâches, c’est la résistance ou la traîtrise ». Pour les manifestants, les morts, ce ne sont pas uniquement les civils qui ont succombé sous les bombes israéliennes, mais c’est la notion même de l’arabité qui a échoué au test.

Ola Hamdi