La prochaine guerre du Liban

Mohamed Salmawy

L'image du Liban n'est pas celle qui nous apparaît de loin. Notre visite à Beyrouth a révélé beaucoup de choses qui restent latentes. L’une des choses importantes qui m'ont intéressé au cours de ma visite la semaine dernière, dans le cadre de la délégation égyptienne officielle et populaire, était cette union nationale que toutes les factions libanaises ont vécue depuis le déclenchement de la guerre, il y a un mois.

Il s'est avéré au monde entier que le Liban officiel et populaire s'alignait totalement sur la résistance vaillante menée par le Hezbollah sous la présidence de Hassan Nasrallah. Le gouvernement libanais s'est soudé à la résistance et nous l'avons vu alors soutenir le Hezbollah en défoulant toute sa colère contre l'agresseur israélien.

Par ailleurs, nous avons vu Hassan Nasrallah, en personne, soutenir les efforts diplomatiques du gouvernement, comme s'il était son ministre de la défense, en coordonnant ses frappes avec les actions diplomatiques. Ainsi, il a affiché son approbation de toutes les positions politiques du gouvernement et les 7 points proposés pour régler la crise. Ensuite, il a approuvé malgré ses réserves la résolution 1701, à l'instar du gouvernement libanais. Cette résolution qui stipule le retrait graduel des forces israéliennes du Sud-Liban et le déploiement de forces libanaises régulières au sud à la place des forces du Hezbollah. Pour sa part, le gouvernement libanais a exprimé sa disposition de déployer 15 000 soldats au Sud. Ce qui veut dire que le Hezbollah n'aura plus le monopole sur le Sud comme auparavant. Il perdrait ainsi sa base à partir de laquelle il lançait ses missiles sur Israël. D'aucuns ont imaginé que c'est à ce stade que prendra fin cette solide union qui s'est manifestée entre le gouvernement et la résistance. Toutefois, nous avons été surpris par l'approbation de la résolution par Hassan Nasrallah, confirmant de nouveau que la coordination est toujours existante entre la résistance et le gouvernement.

Cependant, pour celui qui visite le Liban en ayant un œil attentif sur les événements qui n'apparaissent pas sur la surface, prendra conscience d'autres indices qui pourraient éventuellement être porteurs de significations différentes.

Il est à noter que cette délégation a été accueillie par le président de la République, Emile Lahhoud, au palais présidentiel à Baabda, puis par le président de la Chambre des députés, Nabih Berry, dans sa résidence, ainsi que par le premier ministre, Fouad Siniora, au siège du Conseil des ministres.

Après avoir souhaité la bienvenue à la délégation, les trois hauts responsables libanais ont expliqué en détails la situation au Liban. Bien qu'il soit difficile d'imaginer qu'un discours sur la situation actuelle au Liban n'aborde pas le sujet de Hassan Nasrallah, aucun responsable n'a mentionné son nom une seule fois, ni celui de son parti ou de la résistance. Ils ont tous focalisé leur discours sur ce qu'ils ont appelé « la ferme résistance », sans désigner ceux qui ont résisté et tiré les milliers de missiles dans les profondeurs israéliennes. Et c'est cela le point le plus important dans les guerres opposant les Arabes à Israël et que l'on ne peut désigner uniquement par le terme de « résistance libanaise ».

Cette situation prouve que l'union nationale apparente cache un sentiment d'insatisfaction de la part du gouvernement vis-à-vis des actes du Hezbollah. Et par conséquent, nous pouvons imaginer qu'une confrontation larvée aura peut-être lieu entre les deux parties à la fin de cette crise.

Certains membres chrétiens et musulmans de l'exécutif libanais ont exprimé dans des discours, loin des micros, leur refus total de revivre la même situation existante avant le déclenchement de la guerre, faisant ainsi allusion au contrôle du sud par le Hezbollah. Ajoutons à cela un certain sentiment que j'ai pu détecter chez certaines fractions du peuple libanais sur plusieurs appréhensions d’une éventuelle force du Hezbollah qui pourrait entraîner une probable ascension de l'islam politique, accompagnée d'un recul de la tendance civile, qui croit en la coexistence de toutes les religions. En partant du principe de la religion est pour Dieu et que la patrie est pour tous. Ces catégories ne sont pas uniquement constituées de chrétiens maronites ou autres, mais également par certains intellectuels libéraux qui s'attachent à l'idée de la séparation du politique et du religieux. Un poète et ami m'a contacté sur mon portable lorsqu'il a appris que j'étais à Beyrouth pour me dire que le véritable problème émergerait après la guerre. Et d'ajouter : « Le problème ne concernera pas uniquement le Liban, mais se fera ressentir sur toute la région arabe ».

Ceci démontre qu'une fois que le Liban aura fini avec cette guerre, il s'engagera dans une autre qui ne trouvera pas son règlement à travers les missiles du Hezbollah, ni les forces des Nations-Unies, mais qui nécessitera un traitement sage et tranchant qui devra entraîner, en même temps, une unanimité populaire pour assurer sa survie. Il s'agit de la guerre menée pour l'avenir du Liban pour éviter de nouveau sa chute dans le précipice du conflit civil qui a épuisé toutes ses énergies durant de longues années. La victoire ne sera pas celle du gouvernement ou du Hezbollah, mais celle de l'unité nationale qui est apparente en surface mais qui cache des eaux troubles. Espérons toutefois que ces conflits, avec leurs effets dévastateurs, n'exploseront pas à la fin de la guerre .