Al-Ahram Hebdo, Egypte | Gagne-pain en sursis
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 Semaine du 16 au 22 août 2006, numéro 623

 

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Egypte

Approvisionnement. Le gouvernement menace à nouveau de réduire de 20 % le quota de farine subventionnée distribué aux boulangeries qui ne respectent pas les normes de production.

 

Gagne-pain en sursis

La crise entre le gouvernement et les boulangers refait surface après quelques années de calme précaire. Le détonateur en est l’avertissement lancé par le gouvernement aux boulangers qui ne respectent pas les normes de production du pain baladi (galette de pain), c’est-à-dire qui préfèrent produire en quantité aux dépens de la qualité. Ceux-ci se voient menacés de subir une réduction de 20 % du quota de farine qui leur est alloué. Selon Ali Mosselhi, ministre de la Solidarité sociale, cet avertissement lancé aux boulangers intervient pour répondre aux plaintes des citoyens. Le ministère avait récemment consacré une ligne téléphonique (le 19 468) pour recevoir les plaintes relatives aux produits alimentaires.

D’après les chiffres du ministère, les boulangeries qui reçoivent une subvention de l’Etat produisent 210 millions de galettes de pain par jour. Ces boulangeries qui ne produisent que ce genre de pain populaire doivent obéir aux normes établies par le ministère de l’Approvisionnement concernant la quantité aussi bien que la qualité, notamment le poids d’une galette qui ne doit pas être inférieur à 30 grammes. Si leur quota de farine subventionnée subit une réduction, les boulangers doivent se procurer la farine au prix du marché pour produire la quantité fixée, ce qui représentera pour eux une charge financière non négligeable. En effet, le pain reste l’une des rares denrées alimentaires généreusement subventionnées par l’Etat. Officiellement, la subvention du pain coûte à la caisse de l’Etat 2,8 milliards de L.E. par an.

« Au moment où le gouvernement leur fournit le quota nécessaire pour du pain de bonne qualité, les boulangers, eux, trichent sur le poids des galettes. Beaucoup de citoyens se plaignent, certains se sont même présentés au ministère avec des échantillons de galettes qui ne répondaient pas du tout aux normes de production », assure Fathi Abdel-Aziz, responsable au ministère de la Solidarité sociale. Il ajoute que les campagnes d’inspection organisées par le ministère ont révélé que beaucoup de boulangers vendaient leur quota de farine subventionnée au marché noir et utilisaient de la farine de moindre qualité dans leur production. « Ensuite, ils se plaignent que le quota de farine n’est pas suffisant pour produire du pain de bonne qualité ».

Le prétexte du gouvernement

Cette menace a été accueillie par la colère de la part des boulangers qui ont demandé l’intervention du premier ministre, Ahmad Nazif, pour régler ce problème. « Si ce problème n’est pas résolu, on va organiser des grèves et des sit-in, on ne cédera pas cette fois-ci au gouvernement », lâche Hag Sayed, boulanger à Ataba. Il explique que le quota distribué par le gouvernement ne suffit pas pour répondre aux normes de qualité. « Nous sommes obligés de respecter le poids et la taille des galettes, alors que déjà en 2005, le gouvernement avait diminué notre quota de farine subventionnée », assure-t-il. Et d’ajouter que la demande en pain baladi est très grande à cause du prix élevé du pain afrangui (les baguettes). En fait, il ne s’agit pas de la première crise entre le gouvernement et les boulangers. La plus récente date de 2003, lorsque des manifestations avaient été organisées suite à une décision pareille du gouvernement, qui avait alors réduit le quota de farine distribué pour cause de « faible récolte internationale du blé ».

Cela dit, certains estiment que les plaintes des citoyens relatives à la piètre qualité du pain ne datent pas d’hier et que le gouvernement utilise simplement ce prétexte pour avancer son propre agenda. Hag Métoualli, boulanger à Choubra, partage cette analyse et accuse le gouvernement d’hypocrisie. « Le gouvernement veut réduire la subvention relative à la farine, mais il veut le faire indirectement sans trop de bruit. Alors, il a recours à ce genre de prétextes pour ne pas susciter la colère générale », lâche-t-il.

Chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, Ahmad Al-Naggar pense que la raison principale de cette crise à répétition est la dépréciation de la livre égyptienne face au dollar. « Etant donné que l’Egypte est un pays importateur de blé, cette situation représente une charge financière importante pour le gouvernement. La solution la moins coûteuse, c’est de diminuer le quota de farine distribué aux boulangeries, et c’est ce que le gouvernement fait par étapes », explique-t-il.

Dans le même ordre d’idées, Ragab Hémeida, député, rappelle la crise de 1977 lorsque le président Sadate avait décidé de supprimer la subvention sur les produits alimentaires. De violentes manifestations désormais connues sous le nom de « l’émeute des affamés » avaient éclaté à travers tout le pays. Selon Hémeida, ces événements ont convaincu le gouvernement qu’une suppression trop brutale des subventions pouvait susciter une réaction populaire violente. C’est pourquoi la prudence est devenue le mot d’ordre pour tout ce qui se rapporte à la subvention du pain. « La population a perdu toute confiance dans le gouvernement. Nous n’allons pas laisser cette affaire passer sous silence, cette question sera attaquée dès l’ouverture de la session parlementaire en novembre prochain », assure Ahmad Al-Chaër, député.

Marianne Youssef

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