Al-Ahram Hebdo,Dossier | Une présence discrète mais profonde
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 16 au 22 août 2006, numéro 623

 

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Dossier

Moyen-Orient. Les chiites d’Egypte sont tout à fait intégrés dans la société. Néanmoins, ils suscitent parfois la méfiance des autorités avec l’ombre de Téhéran se profilant au loin. Etat des lieux.

Une présence discrète mais profonde

Leur nombre exact n’est pas connu, la plupart des estimations évoquent environ 1 % de la population. C’est-à-dire quelque 700 000 chiites égyptiens, peut-être plus, peut-être moins, personne ne le sait et personne ne semble soucieux de le savoir. C’est assez rare qu’on se pose même la question en Egypte sur les chiites. « En Egypte, on ne peut pas dire qu’il existe vraiment une communauté chiite, comme on le trouve en Iraq, au Liban, en Arabie saoudite et même au Bahreïn. Le chiisme ici ne s’applique pas du point de vue idéologique ou doctrinal », dit Ahmad Sabet, politologue. Le penseur islamique Gamal Al-Banna, le résume en une phrase qui se répète presque partout dans les rues égyptiennes : « L’Egyptien est sunnite de doctrine et chiite de passion ». Le chiisme en Egypte se définit sous forme d’héritage populaire qui se traduit par une forte vénération de la famille du prophète Mohamad. L’Egypte est, en fait, riche en mausolées des descendants auxquels elle a accordé souvent protection, Al-Hussein, Zeinab, Néfissa, Aïcha et autres. « L’Egypte renferme plus de mausolées que ceux qui existent en Iran », dit Al-Demerdach Al-Aqali, ex-député et membre du complexe mondial de la jurisprudence islamique à Téhéran. « Madad ya Hussein ... Madad ya Oum Hachem (Au secours Hussein, au secours Zeinab). Des slogans chiites mais que les sunnites répètent durant les mouleds qui sont à leur tour aussi un héritage chiite », explique Al-Aqali.

La communauté chiite se dissout dans la majorité sunnite, rendant alors la distinction entre elles très difficile.

Mais le chiisme, dans son sens traditionnel, ses rites et croyances, a totalement disparu de la société égyptienne, notamment avec la chute de la dynastie fatimide qui avait régné en Egypte de 969 à 1171 après J.-C. « En dépit de 2 siècles de pouvoir chiite, les Fatimides n’ont pas réussi à effacer le caractère sunnite chez les Egyptiens », précise Kamal Habib, expert des mouvements religieux. Leurs traces se font toujours voir dans Le Caire fatimide, mais pas plus. Saladin réussit à mettre facilement fin à cette dynastie et rétablit le sunnisme en Egypte. La mosquée d’Al-Azhar, chef-d’œuvre des Fatimides, a été immédiatement transformée en institution qui enseigne les doctrines sunnites.

Un chiisme plus discret

Ahmad Rassem Al-Néfis, avocat chiite et auteur d’une dizaine de livres sur la doctrine chiite et l’histoire de la famille du prophète, estime que « nous sommes tous musulmans, frères en religion. On va à la même mosquée et on fait les mêmes prières. Il y a certes quelques petites différences rituelles entre nous et les sunnites, mais même entre les quatre écoles reconnues par les sunnites, il existe des tas de différences ». Impossible de voir ici par exemple des fidèles chiites qui se flagellent lors de la journée de Achoura. Selon Mohamad Habib, numéro deux des Frères musulmans, la confrérie sunnite la plus importante dans les pays musulmans, « la communauté chiite d’Egypte adopte la doctrine chiite modérée par rapport à celle de l’Iran ». Habib raconte que des tentatives de rapprochement entre les deux communautés ont eu lieu, au siècle dernier, à l’époque de Hassan Al-Banna, le fondateur de la confrérie.

Un rapprochement qui a été révélé de nouveau dans les manifestations de soutien au Hezbollah, mais aussi dans des déclarations du guide des Frères musulmans, Mahdi Akef, affichant un appui à Hassan Nasrallah. De même, le grand mufti d’Egypte a apporté son soutien au Hezbollah contrairement au saoudien Abdallah bin Jebrine, qui a promulgué une fatwa interdisant tout soutien au Hezbollah. Le dossier des chiites en Egypte reste pour autant trop critique du moins pour les autorités. Celles-ci refusent de dévoiler toute information concernant les chiites du pays. Des arrestations dans les rangs de cette communauté interviennent de temps à autre et l’accusation est d’appartenir à une organisation chiite visant à déstabiliser le régime.

Une répression qui s’explique par les analystes par cette crainte d’éventuels liens entre les chiites d’Egypte et leurs coreligionnaires d’Iran et d’Iraq. Craignent-ils de voir un jour une révolution à l’instar de celle khomeiniste ? La réponse est positive, assure Kamal Habib, l’Egypte a en effet de très mauvais souvenirs. « Dans les années 1980, un groupe de jeunes, impressionnés par la Révolution iranienne et le charisme de Khomeiny, ont formé une organisation nommée khomeiniste tout en changeant leur doctrine vers le chiisme. Mais celle-ci avait été réprimée par les autorités », dit Kamal Habib. Dès lors, la communauté chiite en Egypte, comme ailleurs, est pointée du doigt comme étant l’alliée de l’Iran, qui attend le temps propice pour exporter sa révolution. Al-Néfis déplore : « C’est une crainte totalement injustifiée. On entretient de très bonnes relations avec toute la société égyptienne. Ce sont les autorités qui essayent de nous isoler. Elles confisquent alors le plus souvent des livres sur le chiisme ou qui parlent de la famille du prophète. Elles ferment ou mettent sous haute surveillance toute institution caritative créée par des chiites ou d’apprentissage de la doctrine chiite ».

Aliaa Al-Korachi

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Trois grandes figures du chiisme politique

Le Libanais Hassan Nasrallah

Héros national et religieux pour ses partisans, « chef terroriste » et homme à abattre pour les Américains et Israéliens. Hassan Nasrallah est peut-être de loin la personnalité politique qui jouit d’un respect dépassant largement sa communauté. Cet homme fait la une des journaux du monde entier en ce moment, simplement car il ose défier militairement Israël comme cela ne s’était jamais produit auparavant.

Né près de Tyr en 1960, Nasrallah est le fils aîné de neuf frères. Son père, Abdel-Karim, n’était pas un militant religieux. Hassan a ainsi forgé son chemin tout seul. A 15 ans, il rejoint la milice chiite libanaise Amal et se joint au mouvement qui devient en 1985 le Hezbollah. Il fait ses études à Najaf, en Iraq, et les termine dans la ville de Qom, en Iran. Ce n’est qu’en 1992 qu’il a été nommé, par le Conseil des sages, secrétaire général du Hezbollah pour succéder à Abbass Moussawi tué lors d’un bombardement israélien.

Nasrallah a la réputation d’être un homme simple, calme, sûr de lui, et qui sait galvaniser les foules. Nombreux sont ceux qui estiment qu’il aurait pu faire une excellente carrière politique avec ses qualités d’orateur et sa culture. Mais une chose est sûre : c’est un homme complètement dévoué à sa cause : la lutte contre Israël. D’ailleurs, son fils aîné Hadi est mort lors d’un affrontement avec l’armée israélienne en 1997. Pas de surprise donc si Israël affiche son intention de vouloir liquider ce leader.

L’Iraqien Moqtada Al-Sadr

Sa véritable naissance date d’il y a deux ans seulement. En effet, personne n’avait entendu parler de Moqtada Al-Sadr avant 2004. Cette année-là, il a mené la milice d’Al-Mahdi en Iraq et contrôlé une partie de la ville iraqienne de Najaf. C’est dans cette ville chiite qu’il entraîne régulièrement les forces américaines dans de violentes confrontations au point qu’il est devenu un vrai casse-tête pour l’armée de l’Oncle Sam. Américains et Britanniques veulent sa tête en raison des pertes qu’il leur fait subir. Al-Sadr a réussi à mobiliser la grande majorité des chiites d’Iraq dans son combat à mort contre ce qu’il a appelé « le Grand Satan américain venu remplacer le Petit Satan baassiste dans l’oppression des vrais musulmans ». Une intervention de l’influent ayatollah Ali Al-Sistani l’a convaincu de suspendre ses hostilités.

Moqtada Al-Sadr, ce jeune homme de 32 ans, est doté d’un courage extraordinaire. Il est le fils de l’ayatollah chiite iraqien Mohamad Sadeq Al-Sadr, assassiné par les partisans de Saddam Hussein. Moqtada, lui, est devenu un symbole de la résistance iraqienne et de son avenir. Un héros qui n’a jamais achevé ses études religieuses et donc n’est qu’un chiite parmi les autres. A l’heure actuelle, il s’efforce de poursuivre ses études pour atteindre les niveaux les plus élevés en religion comme il l’a fait sur le plan militaire. Pour lui, pouvoir et religion sont inséparables.

L’Iranien Ali Khamenei

L’ayatollah Ali Khamenei est l’actuel Guide suprême de la République islamique d’Iran, l’équivalent pour les chiites du pape du Vatican des chrétiens d’Occident. Il est l’une des principales figures de la Révolution islamique de 1979 contre le chah Mohammad Reza Pahlavi. Khamenei est devenu le premier président à caractère religieux de la République iranienne lorsqu’il a été élu en 1981 pour succéder au président Mohammad Ali Rajai. C’était en quelque sorte le seul cheikh président. Bien qu’il ait essayé de séparer son côté religieux de son côté politique, la mixion s’est faite et on dit souvent que c’est sous son règne (1981–1989) que l’Iran est devenu bien plus religieux.

Il a étudié la philosophie islamique et est devenu professeur. Il fut exilé pour trois ans à partir de 1976 mais est rentré au pays en 1978 pour raison de « bonne conduite ». Pour l’Iran, cet homme de 67 ans est le gardien des valeurs de la nation, mais aussi de la Révolution islamique. Sa position radicale s’est faite remarquer lors du règne du président réformateur Mohamad Khatami, de 1997 à 2005. A cette époque, il n’a cessé de freiner la politique d’ouverture de la société et des institutions voulue alors par le président. L’influence de Khamenei dépasse en fait les frontières de son pays. Nombreux sont en effet ses partisans dans la région à suivre sa ligne de conduite.

 




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