Al-Ahram Hebdo,Monde | Vers la fin de l'Histoire socialiste ?
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
Nos Archives

 

 Semaine du 16 au 22 août 2006, numéro 623

 

Contactez-nous Version imprimable

  Une

  Evénement

  Enquête

  Dossier

  Nulle part ailleurs

  Invité

  Egypte

  Economie

  Monde Arabe

  Afrique

  Monde

  Opinion

  Kiosque

  Société

  Arts

  Idées

  Livres

  Littérature

  Visages

  Environnement

  Voyages

  Sports

  Loisirs

  Vie mondaine

  Echangez, écrivez



  AGENDA


Publicité
Abonnement
 
Monde

Cuba . Dans un contexte conflictuel entre La Havane et Washington, les incertitudes entourant l'état de santé de Fidel Castro mettent en péril la pérennité du régime cubain.

Vers la fin de l'Histoire socialiste ?

A 80 ans, Fidel Castro a provisoirement cédé le pouvoir il y a deux semaines en raison d'une « opération chirurgicale complexe » due à une « crise intestinale aiguë, avec des saignements importants ». Castro a officiellement annoncé qu'il déléguait provisoirement ses fonctions de premier secrétaire du comité central du Parti communiste de Cuba, de commandant en chef des héroïques Forces Armées Révolutionnaires (FAR), de président du conseil d'Etat et du gouvernement de la République de Cuba au camarade Raul Castro Ruz, son frère. A ses côtés, Felipe Perez Roque, jeune membre influent du ministère des Affaires étrangères, Carlos Manuel Valenciaga, secrétaire de Fidel Castro, et Carlos Lage, numéro trois du régime, se tiennent prêts. Le « Commandante » cède provisoirement le pouvoir 53 ans après l'attaque de la Caserne de Moncada, sa première action armée.

Il s'agit d'une situation inédite depuis le 1er janvier 1959, Castro prenait alors le commandement du pays en proclamant la révolution après trois années de guérilla contre les forces armées du régime de Fulgencio Baptista. Les médias nationaux affichent cependant une certaine sérénité, retransmettant les manifestations de soutien organisées par les organisations de masse cubaines alors que non loin de là, dans le quartier de Miami, appelé La petite Havane, des centaines de réfugiés anticastristes expriment leur satisfaction devant les caméras de Fox News. La guerre de l'image à laquelle nous assistons s'inscrit dans une dynamique de conflit persistante entre les Etats-Unis et Cuba depuis la chute du régime soviétique, un conflit politique et économique larvé auquel se livrent depuis 1959 les deux entités souveraines.

Campagne américaine de déstabilisation

Jusqu’à ce jour, Cuba a vécu une intense campagne de déstabilisation politique menée par les Etats-Unis. Terrorisme, sabotage, invasion armée, menace de guerre nucléaire. Autant de tentatives qui n'ont pas pu venir à bout du leader cubain et de son régime socialiste.

A la tête de la Commission pour l'aide à un Cuba libre, Condoleezza Rice appelle à la liberté dans les médias du groupe Marti, financé par les Etats-Unis. Un rapport de la Commission a récemment détaillé la stratégie à suivre pour affaiblir Fidel Castro et promouvoir la démocratie dans l'île. Le document recommande de consacrer 80 millions de dollars par an à la propagande contre le régime. Le bouleversement de la situation politique latino-américaine, avec la consolidation de la légitimité du président vénézuélien Hugo Chavez et la spectaculaire victoire d’Evo Morales, nouveau président de la Bolivie, a contribué au renforcement de la volonté américaine de mettre un terme au « mauvais exemple » cubain. Par ailleurs, la communauté anticastriste de Floride, proche du Parti républicain, a joué un rôle non négligeable dans les victoires électorales de George Bush lors des élections présidentielles de 2000 et 2004 dans cet Etat-clé.

La campagne de déstabilisation se joue également sur le terrain économique. Depuis la crise des missiles de 1962, Cuba est sous embargo. Toujours officiellement en vigueur, l'embargo, allégé en 2000 par le Congrès sous la pression de l'industrie agroalimentaire, n'a pas empêché les Etats-Unis de se hisser au troisième rang des fournisseurs de l'île en 2005. Les ventes de produits alimentaires et pharmaceutiques autorisées « pour des raisons humanitaires » après le passage du cyclone Michelle, en 2001, expliquent cette situation paradoxale.

L'armée de Raul Castro Ruz contrôle aujourd'hui la plupart de grandes entreprises cubaines, et contrôle ainsi 89 % des exportations du pays. Les Forces Armées Révolutionnaires, héritières désignées des mambis, fer de lance du nationalisme cubain et du mouvement tiers-mondiste, ont dû revoir leur stratégie de financement depuis la chute du régime soviétique. La « rationalisation » de l'économie cubaine est en marche, renforcée par l'aide vénézuélienne. En effet, pour soutenir la remise en cause des mesures d'ouverture adoptées après l'effondrement du bloc soviétique, le gouvernement de Chavez fournit près de 100 000 barils de pétrole vénézuélien par jour en échange de la présence de médecins, infirmiers et entraîneurs sportifs cubains au Venezuela. Cuba a trouvé en Chavez un allié de taille pour subvenir à ses besoins.

« La patrie ou la mort ». « L'impérialisme ne pourra jamais écraser Cuba ». Les scansions de Castro font écho à celles des rebelles cubains du XIXe siècle. Dans sa dernière déclaration, le « Commandante » a exhorté les Cubains à refuser l'adoption d'une économie libérale soumise aux grandes puissances. La désignation d'un ennemi commun participe ici à la construction d'une communauté émotionnelle cubaine « non-alignée ». Le régime veut sans doute par ce biais légitimer une passation de pouvoir « socialiste ».

David Berthaud

Retour au sommaire

 




Equipe du journal électronique:
Equipe éditoriale: Névine Kamel- Howaïda Salah - Chourouq Chimy
Assistants techniques: Karim Farouk - Dalia Gabr
Webmaster: Samah Ziad

Droits de reproduction et de diffusion réservés. © AL-AHRAM Hebdo
Usage strictement personnel.
L'utilisateur du site reconnaît avoir pris connaissance de la Licence

de droits d'usage, en accepter et en respecter les dispositions.