Hommage . Symbole vivant de la gauche marxiste, figure de proue de l’opposition, Nabil Al-Hilali vient de s’éteindre à 77 ans. Quelques semaines encore avant sa mort, il avait pris activement part à la défense des juges Mekki et Bastawissi.

« L’avocat du peuple » n’est plus

Sa modestie était légendaire, son engagement militant exemplaire. Au point que certains l’appelaient « le saint ». Comment qualifier autrement un homme qui avait pris la décision de rompre avec son père, Naguib pacha, premier ministre sous Farouq, propriétaire de 700 feddans de terres sans compter les palais, et d’abandonner tous ses droits sur son héritage pour se consacrer corps et âme à la défense des travailleurs et de tous les « sans », sans-droits, sans-terres, sans-avocats.

Il avait ainsi pris la défense, lors de l’un de ses procès les plus célèbres, de Safouat Abdel-Ghani, accusé d’avoir assassiné le président de l’Assemblée du peuple, Réfaat Al-Mahgoub. Au bout d’une exténuante plaidoirie de 16 heures, il avait réussi à faire reconnaître que l’accusé n’était pas impliqué dans cet assassinat. Il s’agissait pour lui de garantir le droit des accusés à un procès équitable, devant des cours civiles, et non militaires, ainsi que le droit de l’ensemble des courants politiques à l’expression, même ceux avec lesquels il était en profond désaccord.

C’était un choix profondément cohérent avec l’ensemble de son parcours politique.

Né en 1928, Nabil Al-Hilali était devenu communiste en 1946. C’est dans un tribunal, lors d’une rencontre avec Youssef Darwich, « l’avocat des ouvriers », décédé le mercredi 7 juin dernier (Voir Al-Ahram Hebdo n°614), où Al-Hilali défendait avec son père une grande entreprise de pétrole, qu’il a fait subitement volte-face et décidé de prendre la défense des ouvriers face à son père.

La voie était tracée, pour toute une vie. Tour à tour membre de l’Organisation des communistes égyptiens et du Parti communiste unifié, il avait été l’un des fondateurs du Parti socialiste du peuple en 1989. Comme les autres militants de sa génération, il a connu la prison en 1972, lors du mouvement estudiantin, puis en 1981, avec tous les intellectuels arrêtés par Sadate. Mais les années les plus dures ont été, comme pour beaucoup, celles du bagne à l’époque de Nasser, de 1959 à 1964, en même temps que sa femme, Fatma Zaki, détenue, elle, de 1959 à 1963.

Après la mort, en avril 2004, de celle qui avait, plus qu’une épouse, été la compagne de toute une vie de militantisme, il avait annoncé qu’il « continuerait le chemin tout seul ». Il avait ainsi, entre autres, pris la défense des paysans expulsés de leurs terres à Serando, accueilli les « ouvriers de l’amiante » et suivi leur dossier, tout en intervenant dans les meetings contre l’occupation de l’Iraq et de la Palestine. Et surtout, il luttait pour l’unité de la gauche radicale, du Parti communiste à l’extrême gauche.

Peu d’hommes se sont aussi totalement dévoués à une cause. S’ils s’étaient, avec son épouse, « jurés de vivre communistes et de mourir communistes », comme il le raconte dans un article d’adieu, l’aura d’Al-Hilali était telle qu’il était sans doute l’une des rares personnalités à « faire l’unanimité » dans les rangs de l’opposition. Beaucoup, au lendemain de sa mort, se sentiront orphelins .

Dina Heshmat