Al-Ahram Hebdo,Monde |Le jusqu’au-boutisme de Téhéran
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 Semaine du 19 à 25 avril 2006, numéro 606

 

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Iran . La visite d’Al-Baradei a été un échec et Téhéran a annoncé avoir déjà procédé à de l’enrichissement d’uranium. Le dossier nucléaire est entré dans la phase du tout possible.

Le jusqu’au-boutisme de Téhéran

Jamais l’Iran n’avait défié la communauté internationale comme il l’a fait cette semaine. Ni la menace d’attaque militaire, ni le spectre des sanctions, ni l’ultimatum lancé par le Conseil de sécurité qui doit expirer le 28 avril, n’incitent Téhéran à faire marche arrière. Sapant tous les efforts internationaux visant à trouver une issue diplomatique à sa crise nucléaire, la République islamique a fait cette semaine tout un déluge de provocations : attaque verbale, menace militaire, avancée dans son programme nucléaire, rejet de tout dialogue ...

Lundi dernier, le principal dirigeant iranien en charge du dossier nucléaire, Ali Larijani, a annoncé une fois de plus que son pays « refuse de suspendre ses activités d’enrichissement d’uranium et poursuit avec patience son programme nucléaire malgré les pressions ». La veille, c’était le président iranien Mahmoud Ahmedinejad qui a mis de l’huile sur le feu : « L’Iran ne suspendra pas l’enrichissement d’uranium. Nos centrifugeuses sont de type P1 et l’étape suivante consiste à utiliser des centrifugeuses P2, dont la capacité est quatre fois supérieure et sur lesquelles nous menons actuellement des activités de recherche ».

En fait, la tension était montée dès la semaine dernière, quand Téhéran avait créé la surprise en annonçant avoir réussi à enrichir l’uranium à hauteur de 3,5 % à l’aide d’une cascade de 164 centrifugeuses. Cette déclaration, intervenue à la veille de l’arrivée à Téhéran du patron de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), Mohamad Al-Baradei, a torpillé l’objectif de la visite, qui était de convaincre les leaders iraniens de prendre des mesures permettant l’établissement de la confiance, incluant la suspension des activités d’enrichissement de l’uranium. Loin d’adopter un ton conciliant, le président iranien a sapé cet espoir en déclarant : « Nous ne négocions avec personne sur les droits de notre peuple et personne n’a le droit de reculer d’un iota sur la voie sur laquelle nous nous sommes engagés », ajoutant que la situation a complètement changé car « nous sommes désormais un pays nucléaire ». Ce dédain iranien pourrait bien avoir une répercussion néfaste sur le rapport que le chef de l’AIEA doit établir fin avril, évaluant la réponse iranienne aux demandes du Conseil de sécurité.

S’estimant en position de force grâce notamment au soutien de groupes islamistes et aux difficultés américaines en Iraq, Téhéran a de nouveau tenté de dissuader Washington de l’attaquer, affirmant, dimanche, avoir plusieurs milliers de volontaires prêts au « martyre ». « Je conseille d’abord aux Américains de sortir du bourbier iraqien avant de s’engager dans un bourbier encore plus grand. L’Iran n’est pas l’Iraq, ni l’Afghanistan », a mis en garde le général Yahia Safavi, le chef des Gardiens de la révolution. La déclaration du général Safavi est une réponse aux propos de la secrétaire d’Etat américaine, Condoleezza Rice, qui a suggéré vendredi au Conseil de sécurité d’adopter une résolution sur l’Iran en vertu du « chapitre sept » de la Charte des Nations-Unies, qui prévoit notamment l’usage de la force. Dans un autre signe de défi, un groupe radical iranien a déclaré avoir réussi à enrôler 55 000 personnes prêtes à prendre part à des attentats suicide contre Israël et les puissances occidentales. Ces déclarations de guerre, qui succèdent aux manœuvres militaires où l’Iran a testé récemment une série de nouveaux missiles modernes, sont de « mauvais augure », d’après les experts militaires.

Vague de condamnations

« Un pas dans la mauvaise direction », « Une très mauvaise nouvelle » : les Etats-Unis, l’Union européenne et même la Russie, alliée traditionnelle de Téhéran, ont condamné l’annonce iranienne d’une nouvelle avancée dans son programme nucléaire. La Maison Blanche a dénoncé l’affront infligé au Conseil de sécurité et à l’AIEA et ouvertement évoqué la possibilité de sanctions contre l’Iran, malgré les réticences russes et chinoises. Ces sanctions pourraient aller du gel des actifs iraniens à des restrictions sur les voyages de certaines personnalités du régime de Téhéran. Sur le plan bilatéral, il a ajouté que les Etats-Unis pourraient aussi réduire les quelques relations commerciales qui existent encore avec l’Iran comme l’importation de tapis et de pistaches. Mais, pour l’instant, il n’est pas prévu de toucher au pétrole et au gaz iraniens qui sont des secteurs cruciaux pour l’économie iranienne, a précisé un responsable du département d’Etat : « Une des choses que nous ne voulons pas faire est d’augmenter la souffrance du peuple iranien, nous voulons mettre la pression sur le régime », a-t-il ajouté.

De leur part, Londres, Berlin et Paris ont également dénoncé l’avancée dans le programme nucléaire iranien. « L’annonce iranienne sape encore plus la confiance internationale dans le régime iranien », a dit le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw. Quant à la Russie, elle a avoué cette semaine la défaite de sa diplomatie après des mois de négociations, d’efforts et de propositions pour jouer le rôle de médiateur entre Téhéran et l’Occident. Rejetant, malgré tout, toute « solution par la force » pour régler la crise nucléaire iranienne, le chef d’état-major général russe, le général Iouri Balouïevski, a affirmé que l’Iran est incapable dans un avenir proche ou éloigné de produire une arme nucléaire et que l’armement de l’Iran visait seulement à « empêcher une action militaire contre le pays ».

Se procurant le soutien d’autres alliés outre la Russie et la Chine, l’Iran a réussi à gagner le soutien des pays du Golfe, qui ont accueilli avec calme son annonce d’avancée nucléaire. Contrairement à de précédentes déclarations alarmistes sur les répercussions du programme nucléaire iranien sur la région du Golfe, le secrétaire général du Conseil de Coopération du Golfe (CCG), Abdel-Rahmane Al-Attiyah, a appelé à « faire prévaloir le dialogue et la logique afin de clore ce dossier ».

Le dialogue et la logique ? Il semble que la communauté internationale n’aura, en fin de compte, que ces deux options pour résoudre pacifiquement la crise iranienne, puisque ni la force, ni les sanctions, ni les menaces, n’ont remporté de succès avec ce régime iranien décidé à avancer contre vents et marées.

Maha Al-Cherbini

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