Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

L'Egypte

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
La vie mondaine

Santé . Des interrogations ont été présentées au Parlement par de nombreux députés réclamant l’ouverture du dossier des « soins aux frais de l’Etat », dont, selon eux, seuls les riches en bénéficient.

Lorsque maladie rime avec pénurie

Le député indépendant Kamal Abdel-Naïm n’a pas mâché ses mots pour dénoncer injustice et incurie en matière de santé. « Le système de traitement aux frais de l’Etat a besoin d’être révisé afin que le plus grand nombre de malades défavorisés puissent en bénéficier. Le système actuel ne permet pas d’offrir des services gratuits aux plus démunis, au moment où de nombreuses personnalités célèbres se font soigner aux frais de l’Etat », a-t-il lancé lors d’une séance de l’Assemblée du peuple.

En fait, il existe deux genres de traitements aux frais de l’Etat. Le premier est le traitement gratuit offert dans tous les hôpitaux publics dépendant du ministère de la Santé. L’autre concerne les cas graves qui nécessitent un traitement coûteux et spécial. Selon une étude effectuée par le Centre national des recherches sociales, 75 % des Egyptiens atteints de maladies chroniques ou graves (cancer, insuffisance rénale, problèmes cardiaques, hépatiques ou pulmonaires) n’arrivent pas à se soigner faute d’argent. Cette étude effectuée sur un échantillon de 2 000 personnes dans sept gouvernorats indique que les femmes, les chômeurs et les travailleurs journaliers sont les plus touchés par cette injustice dans la mesure où ils ne bénéficient d’aucune assurance. Même pour les Egyptiens couverts par l’assurance maladie (40 % de la population), les soins coûtent souvent trop cher.

« L’Etat ne cesse d’assurer que la gratuité des soins médicaux est un droit élémentaire pour ceux qui ont un faible revenu. Or, même dans les hôpitaux publics où les soins sont censés être gratuits, le malade doit payer les médicaments, les examens, les analyses ... Où est donc la gratuité ? », lâche Hamdi Hassan, député islamiste. Il affirme que durant ces cinq dernières années, l’Etat a pris des mesures pour réduire le budget affecté au traitement en multipliant notamment les restrictions sur les cas admis. Les classes déshéritées ont été naturellement les victimes de cette politique. « Le traitement à l’étranger a été limité à certaines maladies alors que les personnalités célèbres et les comédiens se voient très facilement accorder ce privilège », assure Hassan.

Lors de la dernière session parlementaire, certains députés avaient demandé de doubler le budget consacré à ce secteur. Mais la réponse de l’Etat a été très en-deça de la demande, le budget est seulement passé de 750 millions à 1 milliard de L.E. Ce manque d’argent a fait que certains hôpitaux ont commencé à refuser d’accueillir les patients transférés par le ministère ou de leur fournir des médicaments.

Les procédures compliquées représentent un autre désavantage du système. En effet, pour obtenir une autorisation de traitement aux frais de l’Etat, le malade doit s’adresser à un « Conseil médical spécialisé » dépendant du ministère de la Santé. Il doit présenter un certificat de son médecin ou de l’hôpital où il est soigné. Le malade doit ensuite se rendre au ministère des Affaires sociales lequel mène une enquête sur sa situation financière. Finalement, un comité ministériel doit approuver la prise en charge du patient par l’Etat. « Ces procédures durent entre un et trois mois. Bien sûr, elles concernent uniquement les patients de classes défavorisées, quant aux grandes célébrités, elles en sont dispensées ! », attaque Akram Al-Chaër, député indépendant.

« Nous insistons sur l’engagement de l’Etat à payer les frais du traitement des patients qui sont incapables de le faire par leurs propres moyens », aime à répéter le ministre de la Santé, Hatem Al-Guébali. Selon les chiffres officiels, le nombre de personnes profitant de soins gratuits est passé de 225 000 en 1997, à 1 million en 2002.

Si ces affirmations restent incapables de rassurer les gens, le ministère de la Santé se montre prêt à réfuter les arguments des plus sceptiques. Ahmad Adel, directeur général de l’administration des hôpitaux au ministère, explique que de nombreuses mesures ont été prises en faveur des malades appartenant aux couches défavorisés. « Il est vrai que le ministère a interdit le traitement à l’étranger sauf pour les cas compliqués, reconnaît-il, mais cette décision était accompagnée d’une autre mesure, à savoir celle de faire venir en Egypte des spécialistes et chirurgiens étrangers pour soigner gratuitement les malades critiques ». Et d’ajouter : « Le fait de réduire le nombre de patients soignés à l’étranger a permis au ministère de faire des économies. Cet argent est utilisé pour soigner d’autres patients aux frais de l’Etat et pour l’amélioration générale des services dans les hôpitaux publics », explique Ahmad Adel.

Maher Abdel-Gawad, responsable au ministère, annonce une nouvelle stratégie remédiant aux défaillances qui alourdissent le système de traitement gratuit. « Augmenter le budget, éviter les longues procédures et alléger les listes sont nos trois priorités », promet-il.

Mais après tant de promesses faites à ceux qui figurent sur ces interminables listes d’attente, seuls des progrès concrets seront capables de convaincre.

Marianne Youssef

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631