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Syndicats . Les ingénieurs se mobilisent pour obtenir la levée de la tutelle judiciaire imposée à leur corporation depuis 11 ans.

La rébellion des ingénieurs

« A bas la tutelle judiciaire, vive la liberté et l’unité des ingénieurs ». C’est ainsi que se sont écriés quelque 5 000 ingénieurs lors de la tenue la semaine dernière d’une assemblée générale extraordinaire de leur syndicat. « Les ingénieurs sont déterminés à mettre un terme à cette comédie », affirme Abdel-Aziz Al-Hosseini, membre d’Ingénieurs contre la tutelle, un groupe formé il y a quatre ans et qui rassemble des ingénieurs de toutes tendances : libéraux, nassériens, islamistes ... Ceux-ci revendiquent tous la levée de la tutelle judiciaire imposée à leur syndicat depuis 11 ans, en préalable à l'organisation d'élections pour choisir le bâtonnier et les membres du conseil d’administration. « La situation actuelle est humiliante et contraire aux principes démocratiques. La raison d'être de notre groupe formé de volontaires, c'est de défendre notre existence et de libérer notre syndicat. Quelles que soient nos tendances politiques, nous agissons comme un front uni », poursuit Al-Hosseini.

Le Syndicat des ingénieurs a été placé sous tutelle judiciaire en 1995, lorsque les Frères musulmans qui dominaient le conseil d’administration ont été accusés de corruption et de détournement de fonds. Depuis, les ingénieurs qui sont au nombre de 350 000 attendent le moment propice pour mettre fin à cette situation. Ingénieurs contre la tutelle s'est engagé avec Les ingénieurs démocrates, un autre groupe qui partage les mêmes objectifs, à engager des efforts pour aboutir à ce but.

Le 13 février, les ingénieurs de tous les gouvernorats ont massivement convergé vers le Palais des conférences à Madinet Nasr, pour participer à l’assemblée générale extraordinaire à laquelle a appelé le ministre de l’Irrigation, Mahmoud Abou-Zeid. Selon la Constitution, le ministre de l'Irrigation est responsable des affaires du syndicat.

Cette assemblée est intervenue en vertu d'un verdict de la Haute Cour administrative engageant le ministre de l’Irrigation à appeler à la tenue d'une assemblée générale extraordinaire du syndicat. Le verdict réclame également la suppression des prérogatives du tuteur judiciaire et l'organisation d'élections. La Cour a en outre incriminé la non-exécution de ce verdict. Ces importants progrès sont le fruit d’un procès intenté par Ingénieurs contre la tutelle contre le ministre de l’Irrigation, qui rejetait systématiquement les demandes pour la tenue d'élections.

L'assemblée générale extraordinaire a voté pour la levée de la tutelle judiciaire qui, selon les ingénieurs, a ruiné le syndicat et mené à la détérioration de ses services et activités. « Victoire historique » en dépit des entraves qui visaient à faire échouer la tenue de l’assemblée générale.

Celle-ci s'est étendue sur près de cinq heures sous la présidence d'Ahmad Moharram, tuteur actuel du syndicat. Face à la présence massive des membres islamistes, le gouvernement a mobilisé un grand nombre d'ingénieurs travaillant pour le secteur public, notamment ceux des ministères du Pétrole et de l’Aviation. Mais, à la grande surprise du gouvernement, ces ingénieurs « publics » ont rallié la cause de leurs confrères qui, indépendamment de leur appartenance politique, revendiquent la levée de la tutelle.

Malgré les difficultés logistiques et la forte tension qui régnaient, l’assemblée générale a réussi à achever ses travaux. Elle a appelé à la levée de la tutelle et à l'organisation d'élections dans les trois mois à venir. Une autre assemblée générale a été programmée pour le 19 mai prochain, et un comité de suivi de sept membres a été formé pour veiller à la mise en vigueur de ces décisions.

Mais la réaction du gouvernement ne s'est pas fait attendre. Dans une volte-face qui risque d'entretenir le cercle vicieux, le tuteur Ahmad Moharram a envoyé un mémorandum à Mohamad Al-Manessi, président du comité juridique chargé de surveiller les élections du syndicat, soulignant les dérives procédurales qui ont entaché la tenue de l'assemblée générale qui a témoigné, selon lui, de maintes infractions rendant nulles les décisions prises. Parmi ces infractions, il a noté les actes de violence qui ont eu lieu entre membres nassériens et islamistes, les insultes qui lui ont été adressées, ce qui l’a poussé à se retirer de la séance, ainsi que la présence de gens qui ne sont pas membres du syndicat. Pour Moharram, il ne s'agissait pas d'une assemblée générale, mais d'une simple « réunion ».

De leur côté, les ingénieurs ont envoyé une note à Moharram l'appelant à la mise en œuvre immédiate des décisions de l’assemblée générale. Mohamad Ali Bichr, membre du comité de suivi, a accusé Moharram de « complicité » avec l'Etat qui veut contourner le verdict de la Cour pour maintenir la tutelle. « C'est le ministre de l'Irrigation qui a convoqué l'assemblée, et c'est le gouvernement qui s'est chargé de son organisation, comment prétendre donc qu’il s’agit d’une réunion ? On s’attendait à de telles manœuvres, et c’est pourquoi nous avons filmé l'événement et enregistré les noms de tous ceux qui y avaient participé. L’assemblée est légitime et nous allons fournir tous les documents qui le prouvent », poursuit-il.

Tareq Al-Nabarawi, ingénieur militantiste, avoue que ses confrères sont conscients que l’obtention de la levée de la tutelle judiciaire ne sera pas facile. « Nous allons travailler avec tous les partis politiques et les organisations des droits de l’homme pour préserver nos droits que nous avons arrachés au fil des années. Et c’est par tous les moyens légitimes que nous y aboutirons », lance Al-Nabarawi?.

May Al-Maghrabi

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