Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Arts

Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Idées
Portrait
Littérature
Arts
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
La vie mondaine
Expositions . Dans les œuvres de l’Espagnol José Maria Sicilia, la nature est une complice silencieuse, baignée de lumières et dépeinte à l’aide de matières très différentes.

Mille et une façons de dire le monde

Des peintures à l’huile sur cire d’abeille, du graphite sur papier de riz ... Des matériaux relativement étranges qui ne sont pas sans capter l’attention, produisant sans cesse un effet d’étonnement. La texture, chez cet artiste épris de recherches techniques dès ses débuts dans les années 1980, provoque de la sensualité. Il y a constamment un désir de toucher pour s’assurer que c’est vrai, que c’est dit, que c’est visible. Car avec l’Espagnol José Maria Sicilia (né à Madrid en 1954, travaillant à Majorque et Paris), on est toujours quelque part entre rêve et réalité. D’où son attachement à un ouvrage colossal et mythique comme les Mille et Une Nuits, qui garde lui aussi un aspect d’inachevé.

L’artiste, qui se place hors des courants, semble toujours avide de poursuivre une quête, une quête du sublime, de ce qui vient après. Ceci dit, il y a toujours un « après ? », un désir de continuer l’histoire … Sans doute, une série de peintures comme La luz que se apaga (La lumière qui s’éteint) reflète le mieux ce questionnement de « l’après », l’après-lumière, l’après-obscurité, l’après-vie … Au-delà d’un moment intense et dramatique, exprimé par une lumière jaillissante et subtile, il y a sans doute autre chose. Cette quête mystique et métaphysique, qui se fait en peignant les paysages de la nature, évoque parfois la mort, la décadence et l’abîme, comme dans Une tumba en el aire (Une tombe en plein air), réalisé à partir de photographies prises dans une mosquée en Roumanie. Un spectre, une présence ressentie par l’absence, sans jamais faire appel aux figures humaines. Ainsi, pour exprimer la présence du fils, on voit un lit vacant dans une chambre, c’est La Chambre du fils !

Par ailleurs, le thème floral a été l’un des plus dominants chez Sicilia. Ses motifs de fleurs sont une métaphore de la vie et de l’univers, lui permettant de dire sa diversité. Un tournesol ou un bouquet de roses ne sont jamais ce qu’ils sont. Au-delà de la beauté immédiate et externe, il y a une autre insondable, laquelle miroite le dedans d’une fleur. On voit le cœur de ces êtres, le plus profond d’une fleur pensante, comme dans une fine estampe japonaise. Car en effet, les différentes démarches de Sicilia, considéré comme l’un des plus grands peintres espagnols modernes, s’apparentent à celles des artistes orientaux vouant une importance capitale à la nature en tant que moyen d’exprimer le monde et les hommes. Du coup, l’œuvre s’avère un mélange de paysage, d’abstraction et de symbolisme.

Dalia Chams
Œuvres de José Maria Sicilia, jusqu’au 5 mars à la galerie Ofoq I. Musée Mahmoud Khalil. De 10h à 18h (sauf le lundi) 1, rue Kafour, Guiza. Tél. : 336 29 21

Couleurs et senteurs locales
Les œuvres de Effat Hosni sont imprégnées d’identité égyptienne. Ses motifs du folklore, ses couleurs criardes et ses éléments de la nature renvoient à un monde onirique.
Des contes populaires, des scènes chimériques et des parcours humains se dégagent des derniers tableaux de Effat Hosni, exposés sous le titre de La fleur et la pomme. Dans chacun des tableaux, un motif du folklore égyptien : le poisson, signe de la prospérité et de la fertilité, le cheval, symbole des valeurs chevaleresques d’antan, et la main de Fatma, dressée contre le mauvais œil, etc. « Je crois vraiment que les motifs populaires et folkloriques égyptiens sont, à l’origine, tirés de notre héritage pharaonique, copte et islamique. Ils constituent des éléments artistiques, ayant subi avec le temps des modifications et des évolutions, gardant toujours en eux des histoires impressionnantes », explique Effat Hosni. L’artiste est fier que ses œuvres portent les marques d’une identité purement égyptienne. A l’aide de plusieurs éléments folkloriques, il crée des relations et des histoires dans ses 45 tableaux exposés. Il s’agit plutôt de rêves où les couleurs flagrantes et les lignes tendres prédominent. C’est d’ailleurs un style qui caractérise Hosni, ex-journaliste et dessinateur pour enfants. Grâce à une palette riche et harmonieuse, les peintures prennent vie. On y trouve des scènes de mariage, d’amour, de conflits ... Sur plusieurs tableaux, la femme est omniprésente. Elle est jeune avec un yachmak (cache-visage), tantôt aristocratique, tantôt avec des traits associés aux éléments du folklore.

La peinture de Hosni est expressionniste, abstraite, surréaliste, car l’artiste ne se limite pas à une tendance particulière. Il joue avec les symboles à son aise pour exprimer l’importance de la femme, cet être qui lui est sacré. « La femme est symbole de beauté, de tendresse et de générosité. Elle est signe de vie », souligne-t-il sur un ton passionné.

Les symboles se multiplient dans son œuvre, empruntant à la nature deux éléments représentatifs de la femme et de la féminité, à savoir la pomme et la fleur, d’où le titre de son exposition. « Du point de vue physique et moral, ces deux éléments sont les plus proches de la femme. La rondeur de la pomme rappelle le corps féminin et la fragilité de la fleur rappelle la tendresse de la femme », dit-il.

Les deux éléments se répètent à plusieurs reprises. Mais la pomme est beaucoup plus dominante. Une pomme rouge, verte ou bleue. Parfois, elle revêt le visage d’une femme et parfois, elle est un cercle indispensable formant tout le tableau. Effat Hosni va encore plus loin, trouvant en cette pomme, le symbole de la vie, de l’univers. Cette simple forme arrondie peut symboliser Jérusalem et la souffrance du peuple palestinien, à titre d’exemple. Car les sujets d’actualité ne sont pas absents chez l’artiste. Le temps qui passe et la course de l’homme contre la montre sont également évoqués par une peinture où le cercle de la pomme fait office d’une horloge. La pomme n’est-elle pas aussi le symbole du péché originel et de la descente sur terre ?

May Sélim

La fleur et la pomme, peintures de Effat Hosni, jusqu’au 24 février, à la galerie Picasso. Tous les jours, de 10h à 21h (sauf le dimanche). 30, rue Hassan Assem, de la rue Brazil, Zamalek. Tél. : 736 75 44.

www.picassoartgallery-egypt.com


Miroir du réel
Mohsen Attiya expose un univers qui balance entre abstraction et expressionnisme, et où les couleurs donnent la cadence.

Entre lignes et couleurs, tout se dissout dans les peintures de Mohsen Attiya. Il faut se laisser noyer dans ses œuvres pour parvenir à les déchiffrer et à en détecter les émotions fluctuantes. En un mot, il faut se séparer du réel. « Je dessine deux cadres en superposition. Un réel au-dessus d’un autre surréel. Les idées s’incarnent par le biais d’émotions corporelles, de figures et d’énergie interne. Le plus proche s’unit au plus éloigné, lorsque les images traversent les frontières de ma mémoire, pour s’imposer à la surface des toiles en gris, jaune et vert, avec un contour plus foncé », explique Mohsen Attiya dont la technique consiste à réduire toutes sortes de détails insignifiants. Et c’est à la couleur de structurer le tableau et de lui donner sa cadence. Un grand espace peut être couvert d’une couleur neutre, côtoyant un autre travaillé minutieusement à l’aide de couleurs brillantes et de courbes en interférence. Cette cohabitation crée un effet dramatique. En s’infiltrant dans l’univers pictural de Attiya, on découvre des visages d’homme, de femme ou la forme d’un chat, d’un serpent, d’une vache ... Autant de symboles inspirés du passé et implantés dans les tableaux. « Je me lance dans le plaisir de la métamorphose du réel en surréel, favorisant le stupéfiant, l’image artistique ».

Sur une peinture où le noir domine, en conflit avec le vert, le rose et le bleu, des petits détails s’imposent. Il y a une sorte de transparence, en dépit de la force des couleurs. Sur une autre peinture, l’artiste semble osciller entre le conscient et l’inconscient. Un jeu de miroir assez subtil.

Le portrait d’un homme est en face-à-face avec son autre portrait, esquissé à l’aide de ligne sobres sans couleurs. Avec certaines nuances.

Quatre autres peintusont réunies dans un même cadre, comme des fenêtres qui s’ouvrent sur le monde. L’homme est présent sur les quatre peintures, dans des dimensions différentes. La présence de l’élément animal est toujours en parallèle avec celle de l’homme. Il s’agit parfois d’une vache, d’une gazelle, ou de la tête d’un oiseau à moitié humain, etc. L’usage des couleurs vives tels le rouge, le vert, le jaune et leurs dégradés, a sans doute des racines folkloriques. « Je donne libre cours à mon pinceau, à travers des rajouts je fais apparaître des visages, des corps humains, des animaux ... Les courbes s’enroulent facilement, les points s’intensifient pour donner lieu à un environnement étourdi, où se développent des personnages intéressants ».

L’esthétisme des peintures de Mohsen Attiya jaillit, en effet, d’un style qui tend à briser les limites qui séparent le réel de l’imaginaire, la transparence de l’opacité.

Lamiaa Al-Sadaty

Peintures de Mohsen Attiya, jusqu’au 25 février,

à la galerie Extra. 3, rue Nessim, de la rue Montaza, Zamalek. De 10h30 à 14h et de 17h à 20h (sauf le dimanche). Tél. : 735 62 93

Retour au Sommaire

 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631