Al-Ahram Hebdo, Visages | May Chidiac
  Président Salah Al-Ghamry
 
Rédacteur en chef Mohamed Salmawy
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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Visages

Journaliste libanaise de télé et figure anti-syrienne emblématique, May Chidiac a miraculeusement survécu à un attentat l’an dernier. Depuis, la présentatrice vedette maronite poursuit son combat envers et contre tout.

L'insoumise

Vie et mort. Deux réalités qu’elle a connues. Son expérience est unique et sanglante car May Chidiac est de ces femmes qui dérangent. Le 25 septembre 2005, sa vie a basculé. En représailles à son audace : la présentatrice libanaise a osé exprimer son opinion, une fois de trop, sur la chaîne satellite libanaise LBC au sujet de la présence syrienne au Liban. Une tentative d’assassinat qui a révélé aux Libanais une réalité surprenante : une longue liste de personnalités est à supprimer. Et May Chidiac en faisait partie. « Moi ? Est-ce que je menace autant leurs intérêts ?! », encore ébranlée, elle continue à s’interroger.

Cette femme à poigne, élégante, intelligente, polyglotte, a le regard plein d’amertume. Elle se souvient du jour de l’attentat, et en raconte les détails, pleine d’émotion : « Je venais de mettre les pieds dans la voiture. Je me suis retournée pour regarder en arrière ... à ce moment, c’était l’explosion. J’ai été consciente de tout ce qui se passait autour de moi. La fumée qui a envahi les lieux, le feu dévorant la voiture, les cris des gens ... Mais aussi j’ai remercié Dieu et j’ai été sûre que saint Charbel était là pour me sauver ... Si je n’avais pas tourné la tête, je serais morte aujourd’hui ».

L’attentat n’a rien changé à ses convictions ni à sa manière de voir. Au contraire, il l’a rendue plus ferme et déterminée. « C’est une cause juste que je défends et que je défendrai pour toujours. Je me considère comme une porte-parole du peuple ainsi que des martyrs libanais. Je transmets leurs opinions et traduis leurs pensées. Je l’ai payé cher. Mais, comme c’était pour mon pays, je suis satisfaite ». Un acte si odieux et violent contre sa personne a fait taire d’autres voix récalcitrantes. Mais nul ne veut donner justification au bain de sang, à un moment où le pays risque de voir éclater une deuxième guerre civile.

« Ils ont pu toucher ma main et ma jambe gauches. Mais ma tête est toujours là, sur mes épaules. Toutes mes convictions y sont. J’aimerais dire aux auteurs du crime que Dieu est toujours présent », dit-elle avec un petit sourire narquois au coin des lèvres. Pas la moindre hésitation. Quand on vit au pays du Cèdre, on a un peu l’habitude de se retrouver tous les jours face à l’imprévu, au mystérieux.

La maronite est convaincue qu’elle ressemble plus à une combattante qu’à une présentatrice. A peine deux mois après l’attentat, elle était déjà de retour sur les plateaux de LBC, adressant un mot à son public assombri. Elle a tenu à avoir une allure rayonnante, celle d’une victorieuse. « Un homme sans volonté est un être faible. Je suis croyante et je surmonte toutes les difficultés, me défends afin de redevenir ce que je voulais être », déclare Chidiac en dépit des épreuves. En effet, elle a dû subir quelque 27 opérations chirurgicales, et il lui en reste d’autres.

« Il semble que le bonheur n’a jamais voulu habiter chez nous », dit-elle se rappelant le jour de la mort de son père. A 47 ans, il est décédé d’une hémorragie cérébrale. Quelques années plus tard, ce fut le tour de son jeune frère, âgé de 11 ans. « Il avait de la fièvre et c’est ma tante, qui était venue lui rendre visite, qui nous a annoncé sa mort. J’ai crié et refusé d’accepter ... Mais, j’ai su après qu’il était leucémique ». Ses yeux sont luisants de larmes, comme une enfant qui se retient, s’abstenant de pleurer.

Dès son enfance, May a eu à affronter le malheur. Elle a appris à ne compter que sur son intelligence et à devenir réaliste. « J’ai décidé d’être une personne distinguée, à même de soutenir le pays. J’ai hésité alors entre deux domaines : l’architecture et le journalisme. Car les deux exigent un esprit créatif. J’ai fini par choisir le journalisme parce qu’il ne demande pas beaucoup d’années d’études ».

Licence en poche, la jeune May Chidiac s’est tournée vers la LBC, à l’époque tout juste lancée. « C’était en août 1985, j’étais un peu inquiète. Mais ce qui m’a apaisée, c’était que la chaîne venait de commencer. Tous ceux qui y travaillaient étaient relativement jeunes, sans expérience ».

Très vite, elle présente le bulletin d’information et les programmes politiques où elle excelle. De quoi lui avoir permis de traiter des sujets les plus épineux, sans tenir compte des lignes rouges. « Je peux dire qu’au Liban, on a une certaine marge de liberté. Or, le grand problème que les médias arabes doivent affronter est surtout les tentatives de certains régimes à s’imposer et à nous dicter leurs règles. Les médias arabes devraient trouver une issue afin de se forger un caractère propre ».

May Chidiac se présente comme une grande amoureuse du Liban. Son statut de martyre vivante peut exaspérer comme susciter l’admiration. Elle a aussi sa version quant à la dernière guerre libanaise : « On attendait l’été pour rencontrer les amis qui ont l’habitude de visiter Beyrouth pendant les vacances. Tout le monde était enthousiaste et espérait un essor économique, et tout d’un coup, nous accueillons plus de 1 200 martyrs, 8 000 blessés, 50 000 maisons détruites, sans compter encore l’infrastructure gravement atteinte ». Emue, elle se livre à ses analyses quant à la situation politique : « Les pays arabes étaient ravis de la réaction de Hassan Nasrallah et du Hezbollah. Car ils voyaient les événements de l’extérieur. C’est indéniable que le Hezbollah constitue une superpuissance, mais il constitue également un Etat dans l’Etat. C’est au gouvernement libanais de prendre la relève et d’instaurer un dialogue menant à la stabilité et à la paix ».

La paix n’est pas gratuite. Et le pays est en train de la payer cher. D’abord, il y a eu l’assassinat de l’ex-premier ministre Rafiq Hariri, où 11 personnes ont été tuées, ensuite 15 attentats environ ont eu lieu raflant entre autres Pierre Gemayel, ministre de l’Industrie, Georges Hawi, ex-chef du Parti communiste libanais, et les journalistes Samir Qassir et Gibran Tuéni. May Chidiac, elle, a eu la main et la jambe gauches amputées. L’enquête menée par une commission internationale tend à établir un lien entre ces attentats.

Pour elle, les détails de sa vie quotidienne sont devenus, après l’attentat, un sujet de contemplation. « Autrefois, j’avais la journée comblée de travail. Je me réveillais à 6 heures du matin pour lire les journaux et suivre les nouvelles du monde à la télévision avant de rejoindre les locaux de la LBC pour présenter les informations. Ensuite, je préparais normalement mon émission, j’effectuais quelques recherches pour ma thèse, j’avais des invitations, des amis ... ». Bref, le cours de vie normal d’une présentatrice vedette. « Aujourd’hui, je ne peux pas m’habiller seule. C’est un calvaire, mais je serai capable de le surmonter, j’en suis sûre », signale-t-elle, avec un sourire qui ne la quitte pas. Et d’ajouter : « Je conseille mes sœurs de profiter de chaque instant de la vie et je me retrouve envahie d’un fort sentiment lorsque l’une d’elles fait quelque chose dont je ne suis plus capable, comme l’équitation ».

L’emploi du temps de Chidiac reste surchargé. Elle a été lauréate du prix Courage in Journalism 2006, décerné par la Fondation internationale des femmes des médias. Entre ses études et son travail adoré, elle se retrouve. Elle a repris d’ailleurs son émission Bi kol joraa (en toute audace). « Je ne peux pas me lamenter sur mon sort, je dois commencer un nouveau chapitre, tourner la page. J’aime la vie. C’est une grâce »;

Lamiaa Al-Sadaty

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Jalons

23 août 1985 : Première apparition sur la chaîne libanaise LBC.

25 septembre 2005 : Victime d’un attentat à la voiture piégée.

8 novembre 2006 : Prix de la libre expression, par l’Union Internationale de la Presse Francophone (UIPF), l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie (AIF), TV5 et RFI.

3 mai 2006 : Prix mondial de la liberté de la presse par l’Unesco.

11 juillet 2006 : Retour au Liban après 27 opérations chirurgicales.

25 juillet 2006 : Reprise de son programme Bi kol joraa (en toute audace).

 

 




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