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 Semaine du 6 au 13 décembre 2006, numéro 639

 

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Société
Voile. Alors que la majorité des Egyptiennes ont opté pour le higab, des femmes résistent pour des raisons diverses. Elles parlent de leur quotidien.

La vie à découvert

Dans une université prestigieuse du Caire, les étudiants ont suspendu un panneau sur lequel est dessiné une fille non voilée avec une étiquette qui la prévient de s’éloigner de Satan. Une petite exposition a eu lieu par la suite pour vendre des cassettes et des livres religieux qui insistent sur l’importance du port du voile. Un professeur à l’université a même pris l’initiative d’ignorer les filles non voilées. « Lorsque je pose une question à mon professeur, connu par ses tendances islamiques, il ne me répond pas. C’est comme si je n’existais pas pour lui. Pourtant, je ne suis pas de l’avis du ministre de la Culture, mais je ne tiens pas aussi à porter le higab sous cette pression que je trouve inadmissible dans une institution éducative », explique Hanaa, étudiante en quatrième année, tout en nous confiant que même certains chauffeurs de taxi refusent parfois de la prendre, car elle n’est pas voilée.

En effet, pour les oulémas d’Al-Azhar, le port du voile est clairement mentionné dans le Coran. Le verset 31 de la sourate la lumière le précise : « Dis aux croyantes de baisser leurs regards, d’être chastes, de ne montrer que l’extérieur de leurs atouts, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrines, de ne montrer leurs atouts qu’à leur époux ». Un hadith du prophète précise que dès que la fille a atteint l’âge de la puberté, aucun n’a le droit de voir son visage et ses mains. Un deuxième hadith du prophète décrit la tenue vestimentaire d’une bonne musulmane : pas moulant, ni transparent, encore moins aguichant. Et bien que la grande majorité des oulémas considèrent le port du voile comme un devoir religieux, les avis divergent en ce qui concerne la femme non voilée. Alors que les plus fanatiques considèrent la non voilée comme une athée, d’autres oulémas plus ouverts, comme le cheikh Mohamad Al-Ghazali, la voient comme un être insubordonné et non pas renégat.

L’histoire égyptienne a témoigné de luttes acharnées entre ceux qui soutiennent le port du voile et ceux qui s’y opposent. En 1915, un groupe d’intellectuels égyptiens a publié un magazine sous le titre Al-Sofour pour lutter contre le port du voile. En 1920, une des leaders du mouvement féministe égyptien, Hoda Charawi, a retiré son niqab pour le jeter dans la mer en signe de protestation contre le voile. « A la lecture des textes et des interprétations qui y ont été apportées, je suis convaincue que le port du voile n’est pas une obligation religieuse ni un commandement divin. Quoi qu’en en dise. Comme il y a toute une littérature pour, il y a aussi toute une littérature contre, également basée sur les textes sacrés et engendrée par un mouvement de réforme au début du XXe siècle. Et c’est elle qui me convainc même si l’air du temps est au rigorisme. Et que souvent je passe une demi-heure à jongler devant ma garde-robe pour ne pas choquer et éviter les problèmes dans la rue tout en restant non voilée. C’est une question de liberté de penser pour laquelle toute société saine doit se battre. Personne n’est habilité à réfléchir à la place de l’autre et encore moins à décider à sa place au nom de Dieu. D’autant plus qu’en islam, il n’y pas d’intermédiaire entre Dieu et l’homme », lance Nagat, journaliste.

Aujourd’hui, le pouvoir de l’institution religieuse ne cesse de s’imposer. Les fatwas (avis religieux) pleuvent et gagnent du terrain dans le quotidien des Egyptiens.

« Pourquoi tient-on à politiser l’affaire et la considérer comme une cause publique ? C’est la polémique entre idées progressistes et rétrogrades. Alors que porter le voile n’est pas un signe de recul et ne pas le porter n’est pas un signe de modernisme. C’est une question de liberté individuelle et Dieu merci, nous ne sommes pas comme d’autres pays arabes ou étrangers où la loi intervient à ce sujet en imposant ce que doivent mettre les gens, car ce serait porter atteinte à la liberté des gens », explique Aliya, 45 ans, propriétaire d’une maison d’édition. Elle ne porte pas le voile pour la simple raison qu’elle ne se voit pas bien jolie avec une écharpe sur la tête. « Bien que je sois convaincue de l’obligation de le porter, je ne pense pas que c’est ce foulard qui va m’ouvrir les portes du paradis, car la morale est bien plus importante que les apparences », ajoute-t-elle.

Abir, journaliste de 34 ans, partage cet avis. Elle estime que la société est devenue hypocrite et attache beaucoup d’importance aux apparences. Une femme voilée signifie femme respectable, alors que l’autre paraît comme une proie facile. Elle dérange dans le métro, particulièrement dans le wagons réservés aux femmes. « Je me trouve isolée de la foule et je me sens comme une créature de science-fiction, car tous les regards sont braqués sur moi. Certaines femmes osent même me faire la morale. Et malgré moi, je me suis trouvée embourbée dans cette hypocrisie. Car lorsque je dois prendre un moyen de transport public, je dois faire attention à ma tenue. Et en passant devant le portier, je passe un châle sur mes épaules pour dissimuler mon décolleté et éviter les médisances », explique-t-elle.

Selon la sociologue Nadiya Radwan, avec la hausse du taux de pauvreté et d’analphabétisme, c’est un islam d’apparence qui prend le dessus sur l’essence de la religion. C’est ce qui s’observe aujourd’hui dans la rue égyptienne où presque 20 % de la population (selon les chiffres officielles) souffrent de la pauvreté et 36 % sont analphabètes. Une recherche sociale effectuée par le chercheur américain Oscar Louis sur la culture des pauvres dans le monde et effectuée sur un nombre de familles mexicaines a prouvé que cette couche de la société se caractérise par un manque de sensibilisation, de culture de base. Elles croient aux sciences occultes. Elles attachent moins d’importance à l’éducation, aux soins de santé et à l’hygiène, mais se soucient plus des apparences.

Le voile pour se marier

Mais, la question ne se limite pas à la rue. Héba, enseignante, la trentaine, confie que son mari n’est pas trop pieux, mais il insiste pour qu’elle porte le voile car il est jaloux. « Mon fils de 12 ans me recommande aussi de le porter pour ressembler aux mamans de ses amis. Je ne veux pas suivre le troupeau et faire comme les autres. Ma relation avec Dieu est très personnelle et je ne supporte pas que les gens s’immiscent », commente Héba. Elle dit être embarrassée lorsqu’elle doit rendre visite à ses beaux-parents où presque toute la famille porte le voile. « Je me sens mal à l’aise, surtout lorsque je fume une cigarette. Les regards fusent et les médisances aussi. Un état de fait qui risque de secouer mon ménage. Très souvent, je me sens tellement mal que je cours vite rejoindre mon mari auprès des hommes ».

Et si la polémique sur le voile risque de briser un ménage, aujourd’hui, la carte du voile est utilisée pour se trouver un mari. « Porte le voile et cela te garantira un bon prétendant », conseille un proche de Abir, comme si le voile était devenu un critère pour fonder un foyer. « La femme voilée trouve plus facilement des prétendants, car elle est jugée aux yeux des gens comme étant une fille sérieuse et pieuse », explique Soha, 34 ans, secrétaire. D’autres estiment au contraire que le port du voile peut empêcher de décrocher un poste-clé. Mahassen, 50 ans, directrice de relations publiques, affirme que l’allure a son importance dans le travail, car elle donne une bonne image de son institution. « J’appartiens à une génération qui a vécu les années 1960 en minijupe. Il n’y avait presque pas de femmes voilées et pourtant les gens étaient très pieux. Je ne me vois pas porter le voile, car à mon époque, c’était la tenue des servantes et non pas des femmes coquettes », poursuit-elle.

Pourtant, une question s’impose : s’agit-il d’une division au sein de la société ? Ou bien est-ce tout simplement un moyen pour occuper les gens, détourner leurs esprits des problèmes essentiels de la vie quotidienne ?

« La société s’est trouvée divisée entre femmes voilées et non voilées, entre higab et niqab. Une scissbien ressentie. Et chaque fraction critique l’autre », explique Hanaa, journaliste de 36 ans, tout en ajoutant qu’aujourd’hui, des manifestations ont lieu à cause des propos d’un ministre qui n’engagent que lui-même alors que personne n’est sorti pour manifester en faveur des victimes du ferry Al-Salam ni contre des pesticides cancérigènes ou des accidents de trains devenus bien fréquents ces derniers temps.

Chahinaz Gheith

Dina Darwich

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