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La vie mondaine

Au-delà d’une carrière fulgurante, Omar Sharif cultive une force à toute épreuve. Du haut de ses 73 ans, il fait un retour aux sources et plonge dans la sagesse. Le 29e Festival international du film du Caire lui a rendu un hommage vibrant.
Au gré des destins

Cette figure d’exception, presque de légende, retient de ses origines égyptiennes une sagesse naturelle. « Un jour, j’ai rencontré dans la rue un homme pauvre, qui crevait de faim, mais souriant. Je l’ai interrogé sur le secret de sa joie. Il a levé la main vers le ciel, évoquant Dieu et le soleil. J’ai essayé toute ma vie d’être aussi simple, gai et sobre », avoue-t-il. Ce descendant d’un riche commerçant de bois a donc fait siennes les vertus d’un modeste citoyen. Là sont les clés de la réussite de sa carrière internationale. Ses propos visent à mettre en lumière les structures mentales qui lui permettent de se rapporter aux autres, au monde et à soi-même. Omar Sharif en est à l’heure des bilans. « Sans le tournage de Lawrence of Arabia qui a scellé mon destin avec la carrière internationale, je serais resté chez moi. J’aurais bâti une famille soudée avec Faten Hamama, que j’ai aimée et épousée naguère et qui m’a donné mon fils Tareq, pour savourer dans ma vieillesse les délices de la compagnie réconfortante de ceux que j’aime dans mon pays ». Il se rappelle qu’il vient d’une famille unie et garde le souvenir d’une mère sensible et d’un père généreux qui lui ont apporté amour et attention, source de sa force. Une force qui l’a aidé à évoluer avec persévérance dans un monde sauvage à Hollywood ou ailleurs, où l’homme est un loup pour l’homme, et où l’agneau n’est jamais totalement inoffensif. Il se concentre actuellement sur lui-même et sur sa spiritualité. « Mes jours deviennent comptés et le rapprochement de Dieu est la seule issue salutaire que l’on peut se constituer ».

Sharif renoue donc avec la sagesse et fait un retour aux sources. Il revient ainsi aux rôles d’Arabes où il a excellé à ses débuts. Dans Hidalgo (2004), c’est un cheikh qui fait participer un cow-boy américain à une course de chevaux purs-sangs dans le Sahara, réservée uniquement aux cavaliers appartenant à la caste des émirs et souverains arabes. Bien avant, il se concilie avec une haute spiritualité, qu’il a abandonnée provisoirement au cours de sa jeunesse, en incarnant le rôle de Ibrahim, un musulman pieux, dans le film Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran du cinéaste français François Dupeyron. Ce film se déroule dans le Paris du début des années 1960, où les prémices de changements culturels et de flux sociaux s’annoncent. Dans ce contexte, deux voisins de la classe ouvrière, aux caractères disparates, Ibrahim, le vieux musulman, et Momo, le jeune juif orphelin, se lient d’amitié. Ibrahim initie Momo à des valeurs et des expériences qui l’aident à évoluer avec assurance dans la vie. L’affinité pour un juif, dans ce film, attire à Omar des menaces de mort de l’organisation d’Al-Qaëda. A cela, il répond : « J’ai une foi en quelque chose de bon pour tous, qui se trouve au-delà de la lumière du jour. Chacun naît dans une religion qu’il n’a pas choisie délibérément, mais nous sommes tous égaux devant Dieu ». Il va plus loin : « Je suis prêt à jouer tous les rôles, y compris celui du diable, si l’on me propose un scénario bien ficelé et une qualité esthétique élevée. C’est ma vocation d’artiste ».

Durant sa carrière fracassante, les lumières de la célébrité ne l’ont pas complètement aveuglé. Il a toujours gardé au fond de lui-même des principes fondamentaux de sa personnalité. « J’ai su faire la synthèse entre le maître mot de la grammaire occidentale, la différence, et le maître mot de la grammaire de nos sociétés orientales, l’identité. Grâce à la combinaison des notions d’identité et de différence, j’ai pu instaurer une passerelle entre les deux sociétés ». C’est ce qu’il a fait depuis le jour où David Lean, le catapulte au sommet de la réussite internationale, change le cours de sa vie. Lors d’un casting mondial, Lean le choisit pour interpréter le rôle d’un chef arabe, Ali Ibn Khasish, ami de Peter O’Toole, le protagoniste principal de son film épique, Lawrence of Arabia (Laurence d’Arabie, 1961). Nominé à l’Oscar du meilleur second rôle pour ce film, Omar le remporte, et laisse tomber l’article  « Al », pour devenir connu sous le nom de Omar Sharif et signer le contrat d’un premier film américain. Aidé par son multilinguisme, il enchaîne sur des films où il incarne des personnages de diverses ethnies. Ainsi, il joue l’Espagnol dans Behold a Pale Rider (Regarde le cavalier chétif, 1964), l’Arménien dans The Fall of the Roman Empire (La Chute de l’Empire romain, 1964), le Yougoslave dans The Yellow Rolls Royce (La Rolls-Royce jaune, 1964) et enfin le leader mongol dans une superproduction, Genghis Khan (1965). Les différentes nationalités qu’Omar interprète dans ces films sont des identités fortes, littérales, dotées d’analogies en même temps que de différences.

« C’est en faisant éclore et affermir mon talent de comédien égyptien que j’ai suscité l’intérêt de Hollywood, venu me chercher dans mon pays. Je ne suis pas parti à sa conquête ». Youssef Chahine, son ami alexandrin, qui a fréquenté comme lui les bancs du Collège Victoria, et l’a vu se produire sur ses planches, croit le premier en son talent et lui attribue un rôle consistant, dans son film Seraa fil wadi (Ciel d’enfer, 1954), devant la star de l’époque, Faten Hamama. Il y joue le rôle d’un paysan de souche modeste, qui s’éprend de la fille d’un aristocrate, donnant la dimension de ses capacités. Depuis, il troque son nom initial, Michel Chalhoub, pour celui du métier cinématographique, Omar Sharif, et tient la vedette dans plus de 26 films égyptiens à succès, de 1954 à 1961. La fougue de sa jeunesse et son caractère romantique s’illustrent dans des romances, comédies, aventures et drames sociaux, toujours considérés comme des contes chuchotés, dont on ne se lasse pas de la musique.

Comblé d’éloges de la critique et du public, il ne connaît, cependant, une véritable renommée mondiale qu’en interprétant le rôle du poète russe Doctor Zhivago dans le film épique, du même nom, de David Lean. Il s’agit d’une histoire d’amour sur fond de Révolution russe qui semblait pure et porteuse d’espoirs. Omar s’y est astreint à parvenir au cœur des gestes vraiment accomplis dans la Russie bouillonnante de l’époque. Ainsi, de nouveau, David Lean a mis en relief des ressources encore inexplorées chez Omar, ainsi qu’une énergie et un romantisme infatigables exploités à outrance par Hollywood. S’enchaîne alors une série de films tout à fait différents. Dans Funny Girl (Une Fille drôle), il incarne le rôle de Nicky Arnstein, second époux de Fanny Brice, interprété par la chanteuse Barbara Streisand. Depuis, son charme devient irrésistible pour la gent féminine, donnant à la presse le loisir de tisser en abondance des histoires d’amour sensationnelles avec de grandes stars. Mais il avoue avec humour : « Je n’ai de prédilection que pour l’Egyptienne, qui sait me malmener mais m’aimer profondément ».

Omar croit indéniablement à la chance, mais aussi au travail ardu. Au fil des ans, il ne ménage aucun effort pour affermir son talent. « Pour atteindre l’universel, il faut juste développer un talent qui singularise les êtres et les œuvres. On n’a pas besoin d’aller loin pour cela. Naguib Mahfouz a développé une littérature accrochée à la terre natale, au réel, qui lui a valu l’universalité ». Dans son travail, Omar refuse obstinément l’asservissement aux idées rigides et aux préjugés véhiculés par Hollywood. Ainsi, il refuse d’incarner le leader cubain Che Guevarra, idole des jeunes communistes, dans une superproduction américaine. Mais sous l’insistance des producteurs, il finit par accepter le rôle sous condition de ne pas assimiler Guevarra à un obsédé par le délire fasciste de la conquête du monde, embourbé dans des campagnes sanglantes et absurdes.

L’universel se définit aussi chez lui par l’annulation de toute discrimination. Il n’y a pas de sous-cultures, ou d’humains supérieurs aux autres. Cette conception de l’universalité lui vaut le prix d’Eisenstein, udes pères fondateurs du cinéma moderne, décerné par l’Unesco.

Il estime que les émirs du pétrole du Golfe doivent consacrer une part de leurs ressources à l’achat d’une chaîne internationale de la stature de CNN ou de NBC pour promouvoir un discours médiatique qui corrige l’image déformée des Arabes, insistant sur la nécessité d’assurer la liberté et l’égalité en droits à tous. « Il faut combler les fossés qui se creusent entre communautés, réduire les espaces de paroles et de pensées bouleversés par des haines radicales et irréversibles ».

Lorsqu’il parle de son pays, on ne s’attend pas à l’exhumation d’un folklore de pacotille ou des idées incongrues. Dans ce changement brusque de décor pour installer la démocratie, il exhorte à la vigilance. « Pour conférer une légitimité et cautionner les élus politiques qui veulent représenter le peuple, il faut qu’ils soient à même de lui offrir un emploi, un revenu convenable pour assurer une vie et une éducation décentes à sa progéniture. C’est la condition d’insertion à la chose publique, à l’Etat. Faute de quoi la démocratie et la citoyenneté seront condamnées à demeurer des mots qui meurent et qui excluent ». Et d’ajouter : « 20 % uniquement de la population participe aux votes présidentiel et parlementaire, alors qu’il y a 60 % d’absentéisme. Cela révèle la volonté du peuple de ne pas s’impliquer dans des compromissions avec un régime qui a montré ses limites et son archaïsme, ou dans des alliances possibles avec les représentants d’un islam intégriste à prétention émancipatrice ».

Sur ce, il promet de passer l’année prochaine entièrement en Egypte pour tourner un feuilleton qui sera diffusé pendant le mois de Ramadan. « J’ai toujours dans mon cœur le regard tendre et chaleureux de mes compatriotes qui rend plus douce ma solitude dans les hôtels et les pays que je fréquente ».

Amina Hassan

 

 

 
 
 
 

Jalons

1932 : Naissance à Alexandrie.

1954 : Seraa fil wadi (Ciel d’enfer), premier film avec Chahine.

1962 : Oscar du meilleur second rôle pour le film Lawrence of Arabia.

1964 : Début dans un premier film hollywoodien, Behold the Pale Rider.

1965 : Oscar du meilleur acteur pour le film Doctor Zhivago.

2003 : César du meilleur interprète pour le film Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran.

2005 : Hommage du Festival international du film du Caire.

 
 
 
 
 

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