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Clubs Sportifs. Sous Nasser, leur accès a été rendu possible à une large tranche de la population. Mais aujourd’hui, avec des droits d’entrée devenus exorbitants, seuls les riches peuvent en devenir membres. La classe moyenne se retrouve ainsi privée du premier lieu de loisirs de la capitale.

Fauchés, passez votre chemin !

« Faire du sport est réservé aux riches. Pour l’importante masse de la classe moyenne, cela devient de plus en plus inaccessible », lâche Réhab, enseignante et mère de deux garçons. Habitant Madinet Nasr, cette femme s’est serré la ceinture pour s’abonner au club Ahli. « Mes deux garçons grandissent. J’ai quand même voulu qu’ils pratiquent du sport dès leur jeune âge. Ce club est une école qui a toujours collaboré avec les parents pour forger la personnalité des petits, en leur apprenant le sens de l’éthique et des valeurs », dit-elle, tout en ajoutant que c’est un club réputé pour les performances de ses athlètes et aussi son conservatisme. Accéder à la Citadelle rouge, comme l’ont surnommé ses membres, n’est donc pas chose aisée. Le plus dur est de débourser les droits d’entrée (42 000 L.E. d’un coup ou 55 000 L.E. sur deux ans). Ensuite, la somme à payer tous les ans avoisine la centaine de livres. Mais sachant que le revenu de la famille égyptienne moyenne est de 400 L.E., la Citadelle devient vite imprenable.

Pourtant, le club est en Egypte le seul endroit permettant aux enfants de faire du sport. Puisque face aux programmes scolaires surchargés, certaines écoles l’ont même supprimé des cours. « De plus, le nombre croissant d’écoliers a fait que plusieurs écoles construisent désormais plus de classes au détriment des terrains de sport », annonce Mahmoud, médecin et père de trois enfants qui a tenté en vain de s’abonner au club Chams. D’un autre côté, les centres sportifs dépendant du ministère de la Jeunesse n’offrent que peu d’activités. Selon Samar, femme d’un comptable, il est hors de question que l’une de ses deux filles fasse de la natation en dehors d’un club, car les autres piscines sont fréquentées par les couches très populaires. « Et pour ces gens, c’est l’infamie si une fille se montre en maillot de bain », dit-elle.

Il est vrai qu’il existe aujourd’hui plus de 1 500 clubs en Egypte. Mais à l’image d’Ahli, les frais d’entrée sont tous hors de prix. Une tournée dans la capitale suffit pour le constater : pour Guézira (Zamalek), c’est 125 000 L.E. Pour le club Al-Seid (de chasse, à Mohandessine), c’est 90 000 L.E. Quant à celui de Maadi, il faut débourser 50 000 L.E. pour devenir membre. D’autres prévoient aussi d’augmenter leurs tarifs, à l’exemple du club Chams, dont les droits d’entrée vont passer de 25 000 à 50 000 L.E. Des fois, la somme est aussi réclamée en devises. Comme celui d’Héliopolis qui exige 15 000 dollars. Des sommes valables pour les diplômés universitaires. Sans oublier que les diplômés d’instituts techniques se voient demander une somme plus importante, parfois le double de la normale. Ce qui reflète, d’après une sociologue qui a requis l’anonymat, la vision de la société envers ce genre de diplômes que l’on juge inférieurs au prestige du club. « Pour fréquenter une certaine classe, il faut donc payer plus d’argent », dit-elle, indignée.

Selon Ahmad Toumoum, comptable général au club Maadi, la somme est fixée par le conseil d’administration selon les besoins du club et le nombre des nouveaux adhérents. C’est une question d’offre et de demande.

Les prix varient selon la qualité des services et le nombre d’activités sportives qu’offre le club. Magdi Farid affirme que les clubs n’ont pas d’autre solution pour se développer que d’augmenter le prix de leurs droits d’entrée. A titre d’exemple, la construction de la piscine du club Ahli a demandé 50 millions de L.E., alors que les revenus issus des modiques abonnements annuels versés par les 65 000 familles n’ont pas dépassé les 5 millions de L.E. « Comment donc un club pourrait-il bâtir des terrains et des salles de sport quand les subventions versées par le ministère de la Jeunesse sont dérisoires ? Les revenus des matchs n’apportent pas grand-chose », confie Farid.

 

Deux catégories de familles

Résultat : les familles de la classe moyenne se retrouvent réparties en deux catégories. La première, la plus chanceuse, est celle qui a hérité de l’abonnement d’un parent ascendant, datant des années 1960 ou 70. La seconde, qui n’a pas eu cette chance, se divise elle-même en deux. Avec en premier lieu les familles ne pouvant recourir qu’aux centres de jeunesse publics. C’est le cas de Siham, femme d’ingénieur et mère de trois enfants. Elle confie que face aux prix exorbitants des droits d’entrée, elle n’a pas eu d’autre choix que de recourir à l’un des 4 810 centres de jeunesse du pays. Dans ces centres, le problème de la qualité des services et des équipements se pose néanmoins. « J’ai visité l’un d’eux avant d’inscrire mes enfants et j’ai été estomaquée par la négligence et le manque de surveillance des activités. Les insultes échangées entre les enfants lors d’un match de football m’ont laissée perplexe. J’ai compris pourquoi certains de nos footballeurs manquaient de tenue. Une situation qui n’existait pas dans les années 1980 où la qualité de ces centres était nettement meilleure », commente Siham. Doaa, journaliste sportive et mère d’un enfant de 4 ans, partage cet avis : « Ces centres semblent avoir été conçus pour quelques activités seulement, des sports comme la boxe, l’athlétisme, etc. Autrement dit, des activités basées sur la robustesse et l’endurance et qui attirent le plus souvent les enfants des couches populaires. Mais pour créer des activités aux équipements onéreux, les moyens matériels font défaut ». Elle précise que ces derniers servent beaucoup plus à déceler les talents et ne sont pas faits pour encadrer les sportifs en compétition ou championnat. Pour cela, il faut rejoindre les grands clubs. Ainsi, au club Ahli, un entraîneur étranger est mis à la disposition de l’équipe de natation. « Une occasion en or pour tout sportif qui veut se mettre en valeur », explique-t-elle.

La seconde sous-catégorie est celle des familles qui ne peuvent adhérer à un grand club et qui se permettent les services de nouveaux clubs privés ne dépendant pas du ministère de la Jeunesse. Comme la Tennis Academy du club Smash (Héliopolis), l’école de foot au club de Wadi Dégla (Maadi) ... Imane, femme au foyer et mère de trois enfants, assure que dans le club Smash, son garçon peut faire du tennis pour 100 L.E. par mois. Mais le problème est que seul le tennis y est à la portée de la classe moyenne. Pour la natation, c’est plus de 400 L.E. Alors dans un club comme Ahli le prix est de 70 L.E., à condition d’être membre.

D’après la sociologue Azza Korayem, chercheur au Centre national des études sociales et criminelles, la couche moyenne qui, dans les années 1960 et 70, bénéficiait de certains avantages, est en train de les perdre. Aujourd’hui , cette classe est appelée à mener une difficile lutte pour préserver son niveau de vie. D’autant plus que l’Etat se dessaisit de ses missions indispensables comme l’enseignement.

Du coup, le phénomène donne des idées à certains. Nombreux sont ceux qui pensent aujourd’hui profiter du désir de cette catégorie d’adhérer à un club sportif pour faire des affaires en créant par exemple des écoles de football. La cherté des droits d’entrée à un club sportif est aussi utilisée par les syndicats : un courant politique fait ainsi miroiter des abonnements dans les grands clubs s’il remporte une élection ... .

Dina Darwich

 

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