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Partis Politiques. Le président Moubarak doit prononcer le 17 décembre son discours de début de session. Malgré une forte opposition islamiste, un changement de politique du PND est peu probable.
On prend presque les mêmes et on recommence

Le marathon des législatives est terminé et les préparatifs s’accélèrent en vue de la nouvelle législature. Le président Moubarak s’apprête ainsi à prononcer samedi 17 décembre son traditionnel discours d’inauguration de la session parlementaire devant une assemblée renouvelée à 78 %. Contrairement aux précédentes assemblées marquées par une domination totale du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), l’actuelle Assemblée se caractérise par la présence d’une forte opposition islamiste et l’absence quasi totale de l’opposition traditionnelle. Sorti affaibli des élections, le PND ne totalise que 73 % des sièges (contre 95 % dans l’ancienne assemblée) et ce même après le ralliement des indépendants. Le parti conserve toutefois la haute main sur l’Assemblée et la possibilité d’introduire des modifications constitutionnelles.

Les Frères musulmans, dorénavant principale force d’opposition, ont réalisé un record historique en remportant 88 sièges (20 %), c’est-à-dire six fois plus que dans l’ancien hémicycle. Quant à l’opposition traditionnelle, elle a été laminée, n’obtenant que 14 sièges, dont 6 pour le parti du néo-Wafd, 2 pour le Rassemblement, 2 pour Al-Ghad et 2 pour Al-Karama de tendance nassérienne. L’autre caractéristique de la nouvelle composition parlementaire est la faillite d’une grande partie des symboles de l’ancien Parlement que ce soit dans les rangs du PND ou dans l’opposition non islamiste. Ainsi, d’anciennes figures du PND comme Ahmad Abou-Zeid, Mohamad Moussa et Youssef Wali, et de l’opposition comme Khaled Mohieddine ne seront pas présents lors de cette session. La représentation des femmes et des coptes reste médiocre avec la réussite de quatre femmes uniquement et d’un seul copte. Le président Moubarak a nommé ce lundi cinq femmes, dont trois coptes, et deux autres hommes coptes, sur le contingent de dix députés qu’il est autorisé à désigner comme députés à l’Assemblée. Ces nominations portent à six le nombre de représentants de la minorité copte (6 % à 10 % de la population, selon les estimations) et à neuf le nombre de femmes à l’Assemblée, sur 454 députés.

Cette nouvelle configuration bipolaire du Parlement, avec duel PND-Frères musulmans, soulève beaucoup de questions. Comment le nouveau rapport de forces entre le PND et les Frères va-t-il se répercuter sur le Parlement ? Prudents et très organisés, les Frères seront très attendus lors de cette session. « Nous serons un groupe d’opposition fort pour faire face au PND », déclare Essam Al-Eriane, porte-parole de la confrérie. « Nous sommes arrivés au Parlement par des moyens légitimes et nous y défendrons notre existence. Voilà pourquoi j’appelle le PND à cesser ses campagnes sécuritaires contre les cadres de la confrérie ainsi que les campagnes médiatiques visant à terroriser les gens, surtout les coptes, par l’idée de l’arrivée des Frères au pouvoir », renchérit pour sa part Mohamad Habib, l’adjoint au guide de la confrérie. En effet, les Frères n’entendent pas se contenter du simple rôle de figurants lors de cette session. « Le PND doit s’attendre à un Parlement différent qui sera plus fort et plus crédible que le précédent », indique Essam Al-Eriane. L’agenda des Frères est chargé de dossiers critiques comme les libertés, la réforme politique et économique et la lutte contre la corruption. Pour faire barrage au PND, les Frères n’excluent pas de s’allier aux autres composantes de l’opposition et aux indépendants. « Le peuple veut la réforme et nous lutterons jusqu’au bout pour la réaliser », ajoute Essam Al-Eriane.


Défi d’existence politique

Le PND, bien qu’affaibli, dispose toujours de la majorité, ce qui laisse augurer que ce Parlement ne sera pas différent des précédents. C’est en tout cas l’avis de Hussein Abdel-Razeq, du parti du Rassemblement. « Le PND conserve les deux tiers des sièges, ce qui lui permettra d’achever le scénario de l’hérédité du pouvoir. De l’autre côté de la barre, se trouvent les Frères musulmans qui, malgré leur grand nombre et leur expérience parlementaire de longue date, ont prouvé qu’ils ne possèdent pas l’esprit de réforme et qu’ils tiennent seulement aux questions de moralité et de religion », affirme-t-il. Il évoque l’absence quasi totale de l’opposition traditionnelle. Pour lui, la faillite des partis d’opposition aux élections n’est pas forcément une faillite sur la scène politique et il donne l’exemple de l’absence de son parti du Parlement de 1979 à 1990, une absence qui n’a jamais empêché le Rassemblement d’exister.

En ce qui concerne les rapports de force, Abdel-Razeq estime que les Frères se trouvent aujourd’hui face à un véritable défi d’existence politique. « Si les Frères ne développent pas leur discours politique pour qu’il aille de pair avec les demandes de réforme, ils perdront beaucoup de terrain. C’est pour cela que je m’attends à des coalitions et non à des confrontations avec le PND », assure-t-il.

Avis partagé par Nabil Abdel-Fattah, chercheur au Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. Selon lui, nous sommes face à un groupe pragmatique qui change de peau pour arriver à son but : « Je pense qu’il n’y aura pas de confrontations entre les Frères et le PND durant cette législature. Les intérêts réciproques renforceront cette hypothèse. D’une part, le PND a besoin des Frères (principale force d’opposition) pour passer paisiblement son projet d’hérédité du pouvoir et les Frères ont besoin de légitimité politique. Bref, il y aura une transaction entre les deux parties ». Mais ce que craint Abdel-Fattah, c’est le niveau des nouveaux députés qui n’ont pas assez d’expérience parlementaire ainsi que l’absence des symboles parlementaires. Affaire qui débouchera, selon lui, sur la domination extérieure du Parlement soit de la part du bureau de la direction de la confrérie soit par les organismes politiques et sécuritaires de l’Etat. « C’est ce scénario qui pourra mettre le feu aux poudres, surtout si les Frères insistent pour régler les comptes de la violence commise au cours des législatives comme ils l’ont déclaré, ou user de leur discours religieux », estime-t-il.

Ces craintes sont partagées par Abdallah Al-Sennaoui, rédacteur en chef de l’hebdomadaire nassérien Al-Arabi, qui qualifie cette composition parlementaire de « la pire » de l’histoire du Parlement. Non seulement à cause de la faible représentation de l’opposition, mais surtout à cause de l’absence de la gauche. « Tout se passera aux dépens de la dimension sociale, qui ne trouvera personne pour la défendre. Et c’est la grande occasion pour l’Etat d’aller jusqu’au bout dans sa politique de privatisation qui a ruiné la vie économique. Passer ces projets politiques suspects sous un Parlement faible toujours dominé par l’Etat sera une grande catastrophe », conclut Al-Sennaoui.

May Al-Maghrabi

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