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Partis Politiques. Les formations traditionnelles sortent fort laminées des législatives, y compris le PND en dépit de son succès.
Pour qui sonne le glas ?

Les vedettes d’hier ne le sont plus. Ils sont aujourd’hui sur leur déclin. C’est du moins les premières conséquences à tirer des élections les plus chaudes et les plus disputées au cours des 50 dernières années. Fini le temps où Diaeddine Daoud ou Khaled Mohieddine pouvaient mobiliser la foule en se servant d’un discours somme toute dépassé et que l’on croyait pouvoir maintenir. Un scrutin fini dans le sang. Le rideau s’est levé sur un pays au multipartisme fragilisé au point que certains parlent d’un enterrement imminent des 3 principaux partis. Jamais auparavant les réalités de la performance politique en Egypte ne se sont révélées autant au grand jour. Ces réalités ont dévoilé de profondes erreurs et incompétences accumulées au fil des années. Six sièges pour le Wafd, 2 pour le Tagammoe et zéro pour le Parti nassérien. Quant au PND, il n’est pas loin. Bien qu’il caracole à l’avant narguant ses adversaires classiques, il n’est pas, lui aussi, à l’écart d’un tel échec. Sur 444 candidats, seuls 145 ont gagné, ce qui vaut 33,5 % des sièges. Il a compté alors sur les indépendants pour arriver à une majorité avec 324 sièges. Situation apparemment confortable, il est vrai, mais qui a révélé le talon d’Achille du système. Selon Magdi Al-Gallad, rédacteur en chef du journal indépendant Al Masri Al-Yom, tous les partis ont échoué et le gagnant, c’est un parti qui n’a pas encore vu le jour. Il s’agirait d’une formation en cours de route « qui regrouperait les indépendants qui ont refusé les partis présents et qui ont gagné le plus grand nombre de sièges lors des consultations ».

Mais pourquoi craindre le chaos et parler d’une mort annoncée ? L’équation n’est-elle pas la même dans nombre de pays arabes ? Il y a un parti au pouvoir, parfois un ex-parti unique, souvent en tout cas un parti-Etat, lié au raïs en place qui, pour l’opinion, est partie prenante d’un régime jugé injuste et corrompu. En face, on trouve quelques formations de l’opposition libérale qui représente les préoccupations d’intellectuels occidentalisés qui croient aux droits de l’homme et à la démocratie, mais dont le discours reste loin des préoccupations des électeurs. Un courant islamiste qui est d’autant plus crédible qu’il participe à la culture de base de la nation et qui est présent à travers ses œuvres sociales ? Une situation à répétition un peu partout dans le monde arabo-musulman.

Mais avec un éveil politique certain dont on a témoigné lors des présidentielles et la naissance d’une société civile, la multiplication des ONG et même les pressions des Etats-Unis, on aurait cru que ces partis allaient pouvoir changer la donne et s’imposer. Or, il n’en a pas été question. C’est le contraire qui est survenu. Un échec long à méditer. Comment ces partis voient-ils aujourd’hui leur échec ?

Avant les élections, et durant son dernier congrès, le PND se targuait du nombre de ses adhérents. Ahmad Ezz, l’homme du comité politique, cet organe que l’on disait très fort et très influent, avait déclaré que le PND avait 900 000 membres. Où étaient ces membres lors du scrutin ? Comme le soulignent les analystes, ceux qui ont voté pour les candidats du PND ne sont que des fonctionnaires et non de vrais membres. Ces derniers ont suivi de loin les élections. Pour eux, il ne s’agissait pas de leur combat c’était celui de quelqu’un d’autre. Le PND a alors échoué. Le voile est tombé sur cette conviction qu’on a tellement ressassé qu’il est le parti de la majorité. Celle-ci n’est en fait qu’une majorité imaginaire. Ce sont les conflits et les complots internes qui n’ont pas un jour cessé entre ce qu’on appelle l’ancienne garde et la nouvelle garde, qui a mené enfin à ces résultats. Les deux parties ont combattu pour prouver que chacune est la plus puissante et la plus influente dans la rue. Mais la réalité est tout autre. Les deux ont prouvé qu’elles étaient totalement éloignées de la rue comme l’a démontré la percée des Frères musulmans.

Or, jusqu’à présent, le PND est loin encore de s’avouer vaincu. Il est même euphorique si l’on voit comment réagissent ses dirigeants. Un des caciques Safouat Al-Chérif, secrétaire général du PND, considère que l’Egypte « vit dans un état merveilleux d’éveil lui ayant permis d’obtenir la victoire aux législatives ». Et d’ajouter : « La victoire du PND concrétise en fait le rêve des Egyptiens pour des réformes ». Pas donc de mea-culpa de révision ? Le PND aurait dû bien être le premier à faire son bilan, d’autant plus que ce sont les fraudes et violences impliquant les hommes de main du PND, qui ont marqué ce scrutin marathon, faisant onze morts et des centaines de blessés, comme le soulignent les observateurs qui relèvent donc qu’on ne peut guère parler du tout de succès. Il est certain, il est vrai, que la lutte entre l’ancienne et la nouvelle garde va s’exacerber. Mais comment présenter une image crédible par la suite ? Telle est la question pour ce PND qui possède tous les moyens et s’est retrouvé quasiment sur le tapis.

Pour le Tagammoe, l’insuccès de son leader Khaled Mohieddine, dans sa circonscription de Kafr Chokr qui représentait toujours un fief familial et le haut-lieu de ses sympathisants, bouleverse la situation. Auparavant, les candidats, même les plus audacieux, hésitaient beaucoup avant de se présenter devant lui, craignant sa popularité. Il s’agissait pour eux d’une concurrence difficile, voire impossible.

Cette défaite justifie-t-elle la déconfiture des autres candidats ? Le RPU ne doit-il pas réviser sa stratégie ? Fait-il fausse route ? Ne s'était-il pas trop engagé dans des compromis pour cacher son idéologie considérée trop laïque pour pouvoir séduire la grande masse ? Et devenir ainsi mi-figue, mi-raisin ? Y a-t-il vieillissement des cadres ? Et que dire de la politique de l'Etat qui a farouchement contenu toute pensée ne se rangeant pas sous la bannière du parti de l'Etat ?

Des questions récurrentes qui se posent aussi au parti du néo-Wafd. Avec 6 sièges gagnés, la défaite ne paraît pas considérable par rapport à l'Assemblée sortante (7 sièges). Mais c'est tout le contexte nouveau qui lui donne ce caractère de camouflet. Les problèmes internes y jouent un rôle très important en dépit du silence observé par les cadres du parti comme le souligne le reportage (page 5). Ce conflit déchire le parti et le menace de scission et de division. Pour les observateurs, la chose la plus grave est que le néo-Wafd pourra perdre ses adhérents les plus représentatifs qui rejoindraient d'autres formations, y compris le PND.


La décadence du néo-Wafd

Selon Amr Hachem, chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram, le parti est en décadence depuis la mort de son emblématique président Fouad Séragueddine en août 2000. « Noamane Gomaa a tout fait pour écarter les personnalités proches du clan Séragueddine dont son frère Yassine et son neveu Fouad Badrawi. Il a même expulsé Aymane Nour du haut comité du parti ». Une sorte de dérive totalitaire s'est emparée de ce parti au point, comme le souligne Hachem, que « c'est Gomaa qui rédige lui-même la une de l'organe du parti, avec des titres sensationnels qui n'ont fait qu'affecter la qualité du journal ». Et sur le plan des libertés politiques, il a bien limogé des journalistes. L'expulsion de Mounir Fakhri Abdel-Nour est venu apporter le coup de grâce. Abdel-Nour, qui est une figure emblématique du Wafd, n'a pas exclu l'éventualité de créer une nouvelle formation (lire l'Entretien de la semaine). Une déclaration qui a laissé quelques publications spéculer que « des négociations » seraient en cours entre Abdel-Nour et Gamal Moubarak en vue de la création, avec les déserteurs des deux formations, du parti Al-Mostaqbal (l'Avenir).


Le cas des Nassériens

Somme toute, c'est tout le paysage qui change. Pour la première fois de l'histoire du pays, le Parti nassérien a disparu du Parlement. A l'issue du dernier tour, qui s'est soldé par 2 morts dans la circonscription de Damiette, son leader historique, Diaeddine Daoud, s'est incliné à son rival du PND.

Mais on ne saurait trop parler d'un désaveu total de ce courant. Si la chute de Daoud indique que les cadres traditionnels sont tombés, le succès réalisé, en obtenant deux sièges, par le parti Al-Karama formé par un dissident du Parti nassérien, Hamdine Sabbahi, peut témoigner d'une vitalité du mouvement. Celle-ci se reflète aussi dans le fait que deux importants syndicats d'Egypte, celui des avocats et celui des journalistes, ont élu des Nassériens à leur tête.

Pourtant, ces résultats et lacunes ne seraient pas trop surprenants en général. « Les gens sont surpris des résultats des législatives. A mon avis, c'est une exagération. Les partis politiques d'opposition n'ont jamais réussi à obtenir plus que 15 sièges au Parlement. Il ne s'agit ni d'un développement révolutionnaire, ni d'effondrement, ni même de recul. Ils n'ont aucune existence depuis 1976, date du retour du pluripartisme », affirme Mohamad Al-Sayed Saïd, vice-président du CEPS. Voire pour lui, les seules fois où ces formations ont pu avoir un plus grand nombre de sièges, c'est lorsqu'elles se sont alliées aux Frères musulmans. C'était le cas du néo-Wafd en 1984 et du Travail et d'Al-Ahrar en 1987.

Pourquoi les partis n'ont-ils donc pas évolué ? Pourquoi ces défauts sont-ils toujours présents ? Est-ce la domination d'un parti unique, est-ce l'état d'urgence ou est-ce le vieillissement du pouvoir comme eux-mêmes avancent pour justifier leur échec ? D'ailleurs, c'est aussi le manque de coordination, la faiblesse des programmes politiques et le fait d'être dépourvus de base populaire. Autant de facteurs pour expliquer la défaite.

Pour Saïd, le recul des partis politiques en Egypte est tout à fait logique d'après le contexte qui les entoure. « Le développement du mouvement islamique, dans le pays, avait empêché les partis de renouveler leurs cadres. Le courant islamiste a pu, lui, à travers un encadrement précis, recruter les jeunes éléments dans les universités et les syndicats ». De plus, les formations politiques semblent pour l'ensemble de l'opinion comme « liées au pouvoir au point d'en faire partie », ajoute Saïd.

Pour lui, trois scénarios se profilent à l'avenir, « effondrement suite à des divergences internes. C'est le plus tragique. Réforme interne avec regroupement des éléments désunis, c'est-à-dire une renaissance, c'est le plus optimiste. Et enfin un scénario très dramatique et révolutionnaire avec le PND se séparant du gouvernement, provoquant la création de nouveaux blocs où l'élite provinciale se joindrait aux hommes d'affaires du PND et à quelques intellectuels ».

C'est dire que la situation nécessite une révision globale, une évaluation le plus tôt possible sinon aucun espoir ni avenir pour les partis. Peut-être qu'une plus grande liberté est la garantie de leur maintien. « Nous sommes tous sur le même bateau, tel serait leur emblème à tous, y compris le PND » .

Samar Al-Gamal
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Diaeddine Daoud, chef historique du Parti nassérien, vient d’essuyer une cuisante défaite aux législatives à l'image de toute la formation. Il ne mâche pas ses mots pour exprimer sa colère. Entretien.
« L’intention de me faire perdre était préméditée »

Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous votre défaite aux législatives ?

Diaeddine Daoud : L'intention de me faire perdre était préméditée. Il suffit de voir comment les choses se sont déroulées. Je suis dans la vie politique depuis 1938, je n’ai jamais vu de fraudes menées de façon aussi grossière et effrontée. Que les responsables de haut rang œuvrent à faire échouer des candidats, en encerclant les villages afin d’empêcher les électeurs de se rendre aux urnes, pas dans un, ni deux villages, mais dans sept, y compris le mien, je n’ai jamais connu ça. J’irais jusqu'à dire que même du temps de Sedqi pacha, je n’ai pas vu ça (ndlr : premier ministre dans les années 1930, connu pour avoir instauré entre autres la loi martiale, orfiya). Je considère que c’était un ange, et que ses méthodes n’étaient rien par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. J’ai moi-même été empêché de me rendre aux bureaux de vote. Je n’ai pu regagner mon domicile que tard le soir car tout était bouclé. Sous prétexte qu’il y avait des jets de pierres et du grabuge dans les villages, les issues ont simplement été fermées. Résultat, aucune voix dans les bureaux de ces villes.

— Vous dites que tout cela était prémédité, mais pourquoi ?

— A cause d’abord de la campagne que mène notre journal Al-Arabi al-nasséri contre le pouvoir. Mais aussi à cause de ce que nous, le Parti nassérien, représentons. Nous représentons Gamal Abdel-Nasser, sa vision et son époque, qui est tout à fait à l’opposé de celle-ci à tous les niveaux.

— Pourtant, d’autres Nassériens, comme Hamdine Al-Sabbahi, ont réussi à remporter un siège. Comment expliquez-vous sa réussite ?

— (Hésitation). Je ne veux pas trop parler là-dessus. D’abord, Hamdine est nassérien mais il n’est pas membre du parti. C’est le parti qui est visé. Ils veulent battre le parti et non les Nassériens. Car nous sommes, nous les anciens du parti, les plus forts, car nous sommes fortement liés à Gamal. Nous parlons fort pour dénoncer le gouvernement. Ils ont laissé Hamdine mener sa campagne calmement. Il a été prudent, ce qui les a empêchés d’agir de façon aussi absurde avec lui qu’avec moi. Ensuite, il ne représente aucun danger, son parti n’existe pas.

— Considérez-vous cela comme un échec personnel, ou l’échec de tout le parti ?

— Ni l’un, ni l’autre. Comment pouvez-vous estimer un échec ou une réussite quand des électeurs sont empêchés de se rendre aux urnes ? J’avais pourtant 11 000 intentions de vote. Ils ont simplement été empêchés. Certes, lors des élections précédentes, il y a eu des fraudes, des urnes déjà remplies, ou des urnes échangées. Mais interdire l’accès aux bureaux tout simplement, c’est du jamais-vu. Si j’avais voulu, j’aurais pu utiliser les mêmes armes que les forces de l’ordre, c’est-à-dire la violence. Je vous assure que si l’occasion se présente une autre fois, je le ferai.

— Comment voyez-vous l’arrivée en force de la confrérie des Frères musulmans ?

— Prévisible. C’est le groupe politique le plus actif et le plus riche. Et comme ils sont officiellement interdits, cela leur laisse toute liberté d’action. Personne ne contrôle l’argent qui rentre dans leurs caisses. Ils ont une liberté que les partis officiels n’ont pas, ces derniers étant soumis à la loi des partis qui ne leur laisse qu’une très petite marge de liberté.

— Les observateurs s’accordent à dire que le résultat de ces législatives signe la faiblesse des trois anciens partis d’opposition, dont le vôtre, qui a la réputation d’être limé par des conflits internes ...

— Sur quels critères se basent-ils, face à une situation de fraude aussi flagrante, pour parler de faiblesse de parti ? Pour qu’il y ait une vraie analyse des résultats, il faut qu’il y ait vote libre. Or, je le répète, cela n’a pas eu lieu. Heureusement encore que les juges responsables de ces urnes en question ont fait un rapport dans lequel ils ont notifié tous ces incidents. Concernant les conflits, ils n’affaiblissent pas le parti ; au contraire, c’est un signe de vitalité, un très bon signe.

— Qu’est-ce que le parti envisage de faire ? Et vous, envisagez-vous de quitter la présidence du parti ?

— Nous allons bien sûr avoir des réunions de parti à haut niveau pour faire le point et essayer d’arranger la situation. Nous allons faire appel à des experts en droit constitutionnel pour étudier la situation. Nous verrons ensuite ce que nous allons faire. Moi, ma période de présidence se terminera le 7 juillet 2006. Il y aura alors des élections. Je ne sais pas encore si je vais me représenter. Nous allons en débattre et voir ce qui est mieux pour le parti.

Propos recueillis par Ida Ghali

 

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