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Coptes. Le président Moubarak a promulgué un décret accordant aux gouverneurs le droit de reconstruire les lieux de culte chrétiens démolis ou de les ravaler.

Une avancée saluée

La décision a de quoi satisfaire : les gouverneurs sont désormais autorisés à octroyer aux églises l’autorisation de reconstruire des lieux de culte démolis ou de les ravaler conformément au décret émis cette semaine par le président de la République. Le décret 299 de l’année 2005 stipule que les autorités de chaque église qui souhaitent effectuer des travaux de maintenance ou d’élargissement et qui présentent une demande dans ce sens doivent obtenir une réponse dans un délai de 30 jours au maximum. Les gouverneurs n’ont pas le droit de refuser de telles demandes sans raisons logiques. Avant la publication de ce décret, seul le président de la République avait le droit d’accorder les autorisations de reconstruction ou de travaux de maintenance des lieux de culte chrétiens. Une situation qui provoquait un certain malaise.

Plusieurs procès avaient ainsi été intentés par des avocats réclamant de donner aux chrétiens le droit de construction des églises. En 1997, l’avocat copte Mamdouh Nakhla avait intenté un procès devant la Cour administrative réclamant l’annulation de la loi sur la construction des églises. Dans son procès, Nakhla s’est basé sur le fait que cette loi rend obligatoire l’accord du président de la République pour bâtir ou ravaler les églises, ce qui contredit les principes de la Constitution basés sur l’égalité entre les citoyens. Cette loi remonte à l’époque ottomane lorsque le sultan Abdel-Méguid II a voulu se rapprocher des Anglais et des Français en décidant d’accorder quelques avantages aux chrétiens qui n’avaient pas, à l’époque, le droit de construire des églises. La loi instaurée en 1856 donnait aux coptes ce droit mais avec l’accord du sultan. La décision du président a donc été bien accueillie par les milieux chrétiens. « L’Egypte n’est plus une province ottomane. La chute de l’Empire ottoman devait entraîner une suppression automatique de la loi. D’autant plus que les Constitutions de 1923, 1930, 1958, 1964, 1971 insistent sur la liberté des cultes et garantissent la pratique de la religion », explique Mamdouh Nakhla. Et d’ajouter que cette loi est la seule à avoir été conservée de l’époque ottomane car il en existait une série, notamment sur le statut personnel mais qui ont été toutes changées.

Milad Hanna, penseur copte, trouve que cette décision mettra fin à certains actes de violence, surtout en Haute-Egypte. De tels actes avaient en effet éclaté à Assiout en 2000 lorsque les responsables d’une église avaient décidé de bâtir un four à pain que l’on utilise pour les prières. Des rumeurs avaient alors circulé, selon lesquelles l’église essayait de construire un autel sans permis. Conséquence : les villageois ont mis le feu à l’église, ce qui a entraîné des accrochages entre chrétiens et musulmans. En 2002, une autre église à Alexandrie avait été fermée car elle essayait de construire un bâtiment de service comportant une clinique et un atelier. « Pour obtenir un accord de construction du président de la République, cela nécessitait des procédures longues et compliquées, un vrai labyrinthe. Ce qui obligeait les églises à construire sans permis, d’autant plus que le nombre de chrétiens a augmenté ces trente dernières années par rapport à celui des églises », avoue Milad Hanna.

Les responsables de l’Eglise orthodoxe se montrent optimistes à l’égard de cette décision. Selon le père Marc Aziz, responsable de l’église de la Vierge dans le Vieux-Caire, il existe en Egypte actuellement 3 000 églises, contre 2 456 durant les années 1980. « Ces chiffres montrent que durant 25 ans, il y a eu une augmentation très minime du nombre des églises. Selon les estimations de l’Eglise, cette décision contribuera à augmenter le nombre des églises de 25 % durant les dix prochaines années », assure-t-il.

Cependant, le père Youannès, secrétaire du pape Chénouda III, se montre plus réservé. Il précise que le pape a, depuis toujours, réclamé au gouvernement d’élaborer une nouvelle loi unifiée sur les lieux de culte. « Ce décret présidentiel pourrait être facilement annulé lorsqu’un autre président arrivera au pouvoir. On a besoin d’une loi unifiée qui regroupe les mosquées et les églises afin de les soumettre aux mêmes conditions. Ce qui réaliserait les principes d’égalité entre les religions stipulés par la Constitution », lâche le père Youannès, qui ajoute que l’Eglise affronte de grandes difficultés pour construire des lieux de culte dans les nouvelles villes. « On a besoin d’un autre décret présidentiel qui facilite l’obtention des autorisations de construction des églises. Car la décision se limite à la reconstruction des églises démolies ou à l’exécution des travaux de maintenance ou d’élargissement », dit-il.

En fait, la construction des lieux de culte chrétiens a toujours figuré dans les rapports du Congrès américain concernant les droits des coptes. C’est ainsi que les Etats-Unis exploitent ce sujet chaque fois qu’ils cherchent à faire pression sur l’Egypte. Nabil Abdel-Fattah, du Centre d’Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, pense que cette décision survient à un moment critique. « Face à ce qui s’est passé aux législatives cette année, l’Egypte veut sauver la face en essayant de montrer qu’elle respecte les droits de l’homme », lâche-t-il.

Diaa Rachwan, spécialiste des affaires islamistes, va encore plus loin. Il pense que cette décision vient pour apaiser les coptes qui ont éprouvé de nombreuses craintes face aux résultats obtenus par les Frères musulmans lors des dernières élections législatives. « Beaucoup d’intellectuels coptes ont révélé qu’un grand nombre de coptes commencent à envisager leur émigration craignant l’évolution du statut des Frères musulmans. Voilà pourquoi cette décision est survenue au moment propice pour calmer leurs appréhensions », conclut-il .

Mirande Youssef

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