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Iran. Le président Mahmoud Ahmadinejad provoque une nouvelle fois indignation et incompréhension au sein de la communauté internationale à la suite de propos révisionnistes sur Israël.

De plus en plus isolé

Qualifier un Etat de « tumeur » est déjà considéré comme osé de la part d'un chef d'un autre Etat. Nier la Shoah devient pour la communauté internationale dangereux et inquiétant. C'est face à ce que cette dernière qualifie de danger révisionniste que les quinze membres du Conseil de sécurité de l'Onu ont « condamné » vendredi 9 décembre « les remarques du président iranien Mahmoud Ahmadinejad sur Israël et la dénégation de l'Holocauste ». Son secrétaire général, Kofi Annan, s'est montré « choqué » et a appelé tous les Etats membres de l'organisation « à combattre de tels démentis, à éduquer leur population sur les faits historiques qui sont bien établis sur l'Holocauste et dans lequel le tiers du peuple juif a été exterminé aux côtés d'innombrables autres minorités ». Or, dimanche, le porte-parole de la diplomatie iranienne, Hamid Reza Assefi, a exprimé sa « surprise » quant aux réactions qui ont suivi les propos du président Mahmoud Ahmadinejad sur Israël. « Je suis surpris par les réactions à ces commentaires. Les déclarations du président étaient claires : si les Européens ont mal traité les juifs, il faut qu'ils paient eux-mêmes une compensation, sans en faire porter le coût à la région ».

A l'origine de cette consternation se trouve le discours prononcé, jeudi dernier, par Mahmoud Ahmadinejad à l'occasion du sommet de l'Organisation de la Conférence Islamique (OCI), qui se déroulait à La Mecque, en Arabie saoudite. Ce sommet extraordinaire de deux jours a réuni les dirigeants des 57 membres de l'OCI autour de la lutte contre l'extrémisme islamiste. Les pays islamiques ont, en outre, promis de « réviser leurs programmes scolaires pour consolider les valeurs de tolérance et de dialogue ». Contredisant de fait ses engagements, le président iranien a émis des doutes, à l'occasion d'une conférence de presse, sur la réalité de la Shoah et proposé le transfert d'Israël, reconnu souverain depuis 1948 par l'Organisation des Nations-Unies, en Europe. « Certains pays européens insistent pour dire qu'Hitler a tué des millions de juifs dans des fours et vont jusqu'à dire que quiconque affirme le contraire doit être condamné et jeté en prison », a-t-il déclaré. Et d'ajouter : « Bien que nous n'acceptions pas cette affirmation, si elle était vraie, nous poserions la question suivante aux Européens : Le meurtre de juifs innocents par Hitler constitue-t-il la raison de leur soutien aux occupants de Jérusalem ? ». Faisant le lien avec le conflit israélo-palestinien, il a ajouté : « Maintenant que vous croyez que les juifs ont été opprimés, pourquoi les musulmans palestiniens doivent-ils en payer le prix ? (...) Que l'Allemagne et l'Autriche donnent deux ou trois de leurs provinces au régime sioniste et le problème sera réglé à la racine ».

Ce discours, s'ajoutant aux propos du 26 octobre dernier qui préconisaient de « rayer Israël de la carte », a de nouveau provoqué une polémique et un tollé au sein de la communauté internationale.

Mark Regev, directeur général du ministère des Affaires étrangères israélien, les a qualifiés de « scandaleux et racistes », espérant qu'ils réveillent et mobilisent « ceux qui se font encore des illusions sur la nature du régime en Iran ». Aux Etats-Unis, où l'Iran est placé sur l'« axe du mal », les déclarations de Mahmoud Ahmadinejad, « consternants et répréhensibles », « montrent à quel point il est important que ce régime ne puisse pas avoir la capacité de développer une arme nucléaire ». Elles confirment « nos inquiétudes sur le régime iranien », a déclaré Adam Ereli, porte-parole adjoint du département d'Etat américain. A Berlin, la chancelière Angela Merkel a condamné des propos sur Israël et les juifs jugés comme « parfaitement inacceptables », d'autant plus que l'Allemagne a « à cet égard, une responsabilité face à l'Histoire ». Il en est de même en Autriche, où la ministre autrichienne des Affaires étrangères, Ursula Plassnik, a affirmé qu'« aucun doute ne peut être jeté sur le droit à l'existence d'Israël », tout comme en Grande-Bretagne où le ministre britannique des Affaires étrangères, Jack Straw, a condamné « sans réserve », au nom de l'Union européenne, des propos qu'il a estimé « ne pas avoir leur place dans un débat politique civilisé ».


Une stratégie de la provocation

Inspiré par les historiens révisionnistes et notamment par l'orientation idéologique extrême du guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, M. Ahmadinejad a fustigé le processus de négociations du conflit israélo-palestinien, faisant remarquer que « cela fait quarante ans qu'on négocie ». En outre, le président iranien a réitéré la position traditionnelle de Téhéran, faisant de la négation d'Israël un dogme fondateur de la République islamique. Pour lui, seule la résistance palestinienne peut faire tomber le « régime sioniste, peut amener les ennemis du peuple palestinien à la réalité et qu'ils acceptent le droit du peuple palestinien à un territoire ».

Il semblerait ainsi que ce comportement volontairement provocateur du président iranien serve plusieurs objectifs. Mahmoud Ahmadinejad tente de rassembler autour de lui les entités hostiles à Israël, comme cela semble se dessiner dans le Caucase. Aussi, cette attitude voudrait, dans sa lutte contre l'Occident, fédérer toutes celles des mouvements islamistes radicaux pro-palestiniens dans le monde arabe (Hamas, Djihad islamique ou Hezbollah), affaiblis par les actuelles difficultés de Bachar Al-Assad et par la légitimité reconnue de Mahmoud Abbass. Attitude qui peut être payante dans un monde musulman où l'anti-américanisme continue de prospérer. Il ne fait aucun doute, en effet, que ce message de provocation est adressé aux Etats-Unis et à Israël, ce dernier étant considéré comme « l'usurpateur de la terre sainte arabe », et qui a pour allié le monde occidental. Enfin, il traduit la volonté du régime ultraconservateur d'Ahmadinejad de ne pas céder aux menaces et de mener à terme son programme nucléaire militaire .

Laïlla Choug
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