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Cinéma . De nouveau, les professionnels remettent sur le tapis la nécessité d’encourager le tournage de films étrangers en Egypte, source indispensable d’acquisition de financement. Enquête.

L’urgence d’une réforme

Face à une industrie nationale du cinéma fragile, les professionnels appellent à se tourner vers l’admission facilitée de tournage de films étrangers dans le pays. Est-ce un hasard que le Maroc, selon un article récent paru dans le quotidien français Le Monde, accueille plus de 700 projets de films étrangers par an qui lui rapportent la somme importante de 5 milliards de dollars ? Non. Un rapport du Centre national du cinéma marocain mentionne les facilités alléchantes qu’offre le Maroc aux producteurs étrangers : un seul organisme coordonne avec le Centre national du cinéma l’attribution des autorisations de tournage aux longs et courts métrages et aux documentaires, qui sont délivrées en 24h, voire une heure pour d’autres formats de films. Les formalités douanières sont, quant à elles, achevées en un seul jour et les forces armées approvisionnent les producteurs étrangers en matériel et en figurants. Une exonération de la taxe des ventes est accordée. La compagnie Royal Air Maroc offre des réductions massives pour le transport des équipes et du matériel de tournage étrangers. « A l’aune de l’institutionnalisation de ses services par le Maroc depuis 20 ans, les producteurs étrangers affluent vers ses sites de tournage, et fuient l’Egypte, source de trop de tracas », explique le producteur Gaby Khoury, de la société Misr International des films. Habitué à collaborer avec des producteurs étrangers, il témoigne de ces difficultés : des droits de douane excessifs, une censure rigide et un Syndicat des métiers cinématographiques peu coopératif.

Pour introduire son matériel de tournage en Egypte, le producteur étranger doit verser aux douanes 20 % de sa valeur et leur fournir de même une garantie bancaire pour le paiement de cette valeur en cas de non rapatriement. Outre ces taxes outrancières, le producteur étranger affronte une censure rigide qui prend un mois pour approuver ou rejeter le scénario de son film. Il est appelé aussi à verser 500 dollars par semaine pour chaque personne œuvrant dans son équipe au Syndicat des métiers cinématographiques. « L’étranglement est réel et les producteurs se demandent comment faire pour en finir avec ces obstacles aberrants », précise Gaby. D’autant plus que les producteurs étrangers ne sont pas fortunés, ils prennent des risques et cherchent à réduire leurs dépenses. Le tournage du film Alexander dans un pays du tiers-monde a permis à son producteur d’économiser 30 millions de dollars. Donc, verser des droits de douane si élevés et fournir une lettre bancaire de garantie aux douanes égyptiennes pour du matériel qui coûte des millions de dollars et qui leur appartient sont des démarches illogiques pour les producteurs étrangers. Par ailleurs, quand ils se lancent dans une production, ils engagent des acteurs et fixent un délai avant la sortie de leurs films en salles. Par conséquent, attendre un mois l’autorisation de la censure relève du gaspillage de temps et d’argent. « Le scénario d’un film s’épanouit sur des choix dramaturgiques forts. Il ne faut donc pas que la censure discute de ses intentions ou de son exégèse avec le producteur étranger qui le lui soumet. Elle doit reconnaître sa liberté de choix. Or, au lieu de nous attirer des capitaux, elle les fait fuir », déplore la critique Magda Maurice. Et de poursuivre : « La plupart des films qui ont été interdits de tournage en Egypte, comme Le Retour de la momie, ont été en revanche autorisés à y être diffusés et se sont avérés rentables. L’attitude de la censure n’est pas cohérente ».

La montée des protestations contre la hausse des taxes douanières imposées aux projets de films étrangers a néanmoins conduit les douanes à réduire le prélèvement sur le matériel de tournage de 20 à 2 % par mois. Seule est exonérée de ces taxes la Cité de production médiatique sur présentation d’une lettre de sa part garantissant le rapatriement du matériel étranger de tournage, d’après Galal Aboul-Foutouh, directeur du Secteur des douanes. Mohamad Moustapha, un producteur, conteste ce favoritisme à l’égard de la Cité de production médiatique, qui est une société privée comme les autres, laquelle instaure une concurrence illégale. « Outre l’obligation de verser des taxes douanières, il est difficile pour un producteur égyptien collaborant avec un producteur étranger de fournir une lettre bancaire de garantie pour du matériel de tournage qui s’évalue à des millions de dollars », souligne-t-il.


Modification radicale

Pour préparer un meilleur avenir, une modification radicale des lois et procédures de trois structures est indispensable, à savoir douanes, censure et Syndicat des métiers cinématographiques. Mamdouh Al-Leissi, président du Syndicat des métiers cinématographiques, a manifesté sa disposition à réduire de manière significative les taxes prélevées sur les équipes étrangères de tournage. Ali Abou-Chadi, président de l’Organisme de la censure, s’est dit prêt, à son tour, à constituer un comité d’intellectuels maîtrisant plusieurs langues, au sein du Conseil suprême de la culture, pour approuver les scénarios des projets de films étrangers en une durée de cinq jours. Il ne suffit pas, cependant, de faire preuve de bonnes intentions, il faudrait instituer ces propositions par décret. « Il faut que nous soyons ambitieux, exhorte Gaby Khoury. Par un meilleur accompagnement des projets de films étrangers sur notre territoire, nous pouvons acquérir des ressources pour acheter du matériel de tournage sophistiqué, entraîner nos techniciens en contact avec des équipes étrangères à l’utiliser, créer des emplois, pousser la production des œuvres locales, améliorer leur qualité, pour les rendre compétitives sur le plan international ». Et de poursuivre : « La diffusion des films égyptiens et américains rapporte 50 millions de dollars par an. Doubler ou tripler ce chiffre sera avantageux pour notre économie ». D’après Ahmad Al-Khadem, président de l’Organisme de promotion du tourisme, nous sommes le pays où il y a le plus d’antiquités, possédons un climat tempéré, une géographie riche et diverse. Nous pouvons attirer des superproductions américaines, chinoises, coréennes, voire kazakh, si l’accès à notre territoire n’est pas compromis par la rigidité de nos structures. Cela aura des incidences positives sur la promotion du tourisme.

D’ores et déjà, débats, conférences spéciales, mobilisation de producteurs et de réalisateurs constituent des éléments indispensables pour sensibiliser les différents organismes et structures à un enjeu de survie et d’avenir pour l’économie et le cinéma nationaux.

Amina Hassan

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