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Les défis du prochain Parlement
Hassan Abou-Taleb
Rédacteur en chef du Rapport stratégique arabe

Alors que les élections parlementaires en Egypte ont pris fin, la question qui s’impose est de savoir si le nouveau Parlement sera un atout dans le processus de réforme politique ou un pas en arrière.

De façon générale, on peut dire que de nombreux phénomènes qui se sont imposés pendant les élections ne sont qu’un prolongement de l’état d’étouffement politique généralisé d’un côté, et le résultat des ambitions contradictoires, de l’autre. En effet, les élections ont eu lieu dans un climat international de pressions politiques et médiatiques visant à réaliser des transformations démocratiques dans les Etats arabes. Sans oublier les promesses de l’élite au pouvoir concernant la réforme graduelle et l’importance de la participation populaire. Mais ce qui a vraiment eu lieu en Egypte, c’est en quelque sorte contraire à ces promesses. La preuve en est l’escalade de la violence à des degrés sans précédent, non seulement entre les électeurs, mais aussi entre ces derniers et les force de sécurité qui ont interdit le vote dans de nombreuses circonscriptions, en particulier pendant les seconds tours pour empêcher la victoire des candidats de l’opposition et des Frères musulmans en particulier.

D’un autre côté, la présence féminine était quasi absente. Et si quelques rares députées ont pu réaliser une victoire aux élections, c’est grâce à des efforts personnels et familiaux, pas plus. Pour ce qui est des coptes, ils sont absents du nouveau Parlement, comme c’est le cas depuis plus de 2 décennies. Et leur représentation dépend du nombre de députés qui seront ultérieurement nommés par décret présidentiel. Mais ceci n’éliminera pas l’effet important causé par le fait que les Frères musulmans ont remporté un grand nombre de sièges. Chose qui a causé l’inquiétude chez de nombreux Egyptiens, en particulier les partisans de la tendance libérale qui se sentent politiquement marginalisés. De nombreuses voix ont effectivement appelé à fonder un nouveau parti qui représenterait ce courant pour tenter de parvenir à un nouvel équilibre politique en Egypte.

Or, le phénomène le plus marquant de ces législatives est la chute remarquable de la popularité du Parti National Démocrate (PND, au pouvoir), bien qu’il ait remporté plus de 75 % des sièges. Un taux lui permettant de promulguer des décisions et des lois en toute tranquillité puisqu’il a obtenu les 2 tiers stipulés par la Constitution. Cette victoire ne manque pas d’indices négatifs, en comparaison avec le taux de membres du PND au Parlement précédent, qui était de 92 %. Il y a donc une chute, et même une double chute puisque le nombre de membres qui ont remporté les élections et qui figuraient sur la liste initiale du PND ont réalisé 35 % seulement et ce en comparaison avec un taux de 38 % réalisé dans les élections de l’an 2000. Et après la polarisation des gagnants indépendants et qui n’étaient membres d’aucun parti, le taux est monté à 75 %. Ce qui signifie que le parti a perdu le soutien d’une large base populaire et cette perte n’a pu être compensée que par la polarisation des indépendants qui ont accepté d’adhérer au PND pour faciliter des intérêts privés concernant leurs circonscriptions.

Les résultats des élections ainsi que la situation actuelle à l’intérieur du PND ont de nombreuses significations. En effet, sévit maintenant à l’intérieur du PND une concurrence ou plutôt un conflit ouvert entre une élite qui se donne le nom de réformiste et qui désirerait réaliser un changement global, et une autre élite qui se forme de l’ancienne garde et qui tient avec force aux anciens mécanismes. Il apparaît donc clair que le PND ne sera pas le même malgré sa victoire. Surtout qu’il y a un état d’ébullition chez les réformistes qui seront absents du nouveau Parlement, comme Hossam Badrawi. Chez certains, il y a même eu une volonté de se retirer du PND et de former un nouveau parti sous le nom de Parti de l’avenir. Mais il semble davantage probable qu’il y aura une restructuration interne du parti, basée sur une conciliation entre les réformistes et l’ancienne garde même si c’est pour une période limitée.

Il est certain que le plus important dans les résultats des élections est qu’elles ont mené à la formation d’un Parlement géré par 2 grandes forces : le PND, qui a la majorité, et la coalition des Frères musulmans. Et entre les 2, il y a quelques représentants des partis légitimes ainsi que les indépendants qui ont insisté à n’adhérer à aucun parti.

Cet équilibre général ne manque pas d’innombrables paradoxes juridiques et politiques. La confrérie, qui est juridiquement interdite, constitue maintenant la plus importante force d’opposition grâce à 88 députés qui représentent 5 fois le double du nombre de Frères musulmans au Parlement précédent. Cette victoire implique de nombreux défis autant pour la confrérie que pour la situation politique en général. Pour la confrérie et alors que le régime au pouvoir n’est pas du tout prêt à lui octroyer une légitimité juridique en tant que parti ou groupe non gouvernemental, elle devra continuer à lutter pour atteindre cet objectif. Et elle devra aussi répondre aux autres forces politiques qui lui demandent d’éclaircir ses ambitions à propos du régime politique, de l’économie, des arts, des politiques générales comme l’enseignement, la santé, les médias et aussi les relations étrangères et les institutions internationales, etc. Bref, tout ce que n’explicite pas le slogan de la confrérie ou son idéologie annoncée qui se contente de généralités permettant autant d’interprétations différentes que contradictoires.

Quant à l’action des Frères musulmans à l’intérieur du Parlement, elle sera aussi sujette à un suivi sérieux de la part des différentes forces politiques. Si le nombre de Frères musulmans ne leur permet pas d’intervenir dans les politiques législatives qui seront monopolisées par le PND. Il est sûr que les mécanismes de contrôle parlementaire comme les interrogations, les interpellations et la proposition de projets de lois auront des répercussions sur la société même s’ils ne sont adoptés dans aucune législation.

Les résultats des élections ont prouvé que l’activité partisane en Egypte est très faible. Les 17 partis égyptiens n’ont obtenu que 12 sièges, tandis qu’à l’ancien Parlement, il y avait 23 députés qui représentaient 5 partis légitimes. Les partis politiques en Egypte n’ont donc pas de popularité et sont incapables de former un courant national et politique dans la société en comparaison avec ce que la confrérie a réalisé. Bien que la plupart des partis politiques aient formé ce qui est appelé le Front pour le changement et la réforme, mais qui n’a eu aucun effet sur le processus électoral.

A la suite de ces résultats, les réclamations appelant à la nécessité de réformer la vie partisane en Egypte et à reconsidérer les législations ligotant les partis se font de plus en plus pressantes. Quand les tempêtes des élections se calmeront et que le Parlement commencera ses travaux et que chacun proposera ses plans et priorités, il sera possible de juger du volume de changement politique qui aura lieu au cours des prochaines années. Or, les réalités de la vie égyptienne ne promettent pas un grand changement au profit d’un transfert démocratique global dans un avenir proche.

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