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Les élections, et après ?
Par Mohamed Sid-Ahmed
Le parti national Démocrate (PND, au pouvoir) a réussi à conserver les deux tiers des sièges de l'Assemblée du peuple mais il a buté sur le test de la réforme démocratique. Est-il possible d'exploiter les aspects de succès pour alléger l'ampleur des échecs ? Cette question est digne d'être étudiée.

Le succès signifie que le PND n'a besoin du soutien d'aucun autre parti pour faire passer ses politiques et exécuter ses programmes. Mais le coût de cette réussite était exorbitant. En effet, le membre des conseils nationaux spécialisés, Mahmoud Abdel-Latif Al-Sawi, a intenté un procès revendiquant la suspension de la publication des résultats des élections parlementaires dans toutes les circonscriptions de la République, partant du principe que l'entrée en lice des membres de la confrérie des Frères musulmans aux élections, bien qu'elle soit légalement interdite, rend ces élections nulles et non avenues. Il a par ailleurs ajouté que les listes électorales n'étaient pas à jour, que les pots-de-vin étaient répandus, que la sécurité des juges n'était nullement assurée et que les opérations de vote et de triage ont été faites de manière aléatoire. Tout ceci invalide les élections dans toutes les circonscriptions (voir le quotidien Al-Masri Al-Yom, le 6 décembre 2005).

Au terme des élections, le PND a remporté 311 sièges, les indépendants 112 sièges, le Wafd 6 sièges, le Tagammoe 2 sièges et le Ghad 1 siège. Les Frères musulmans ont ainsi remporté 20 % des sièges du Parlement. Les élections ont témoigné d'incidents sanglants atroces. La police est largement intervenue pour interdire les partisans des Frères de voter. Ce qui a mené à la mort de 11 citoyens depuis le début des élections. Washington, qui considère l'Egypte comme son principal allié dans le monde arabe, a estimé les irrégularités dont ont témoigné les élections comme suscitant des craintes sérieuses en ce qui concerne le processus de réforme politique en Egypte et témoignant d'un indice d'un faux respect de la démocratie et de la liberté. Cent députés seulement des 444 ont conservé leurs sièges, c'est-à-dire que le Parlement a changé de trois quarts. Ceci prédit un jeu fondamentalement différent.


Un nouveau jeu

Quelles que soient les circonstances, nous nous trouvons face à un nouveau jeu. Au cours des élections précédentes, les Frères cachaient leur appartenance à la confrérie jusqu'à la fin des élections, puis se protégeaient derrière leur immunité parlementaire. Mais, cette stratégie ne peut être menée qu'une seule fois. Cette fois-ci, les Frères ont lancé leurs campagnes électorales à découvert. Mais, cette opération aussi ne peut se répéter. Elle découle d'une stratégie de confrontation plus agressive qui a abouti à des résultats quatre fois plus importants que ceux réalisés au cours des élections précédentes. Un seul copte a été élu à l'Assemblée. Il est possible qu'un ou plusieurs autres accèdent à l'Assemblée parmi les dix membres qui seront nommés par le président de la République. Il s'agira peut-être d'une ou de plusieurs femmes coptes à cause du nombre limité de femmes qui ont réussi aux élections. Est-ce que ceci est à même de réconforter les coptes en tant que partie indivisible du tissu de la société, avec l'ascension incroyable des Frères au Parlement et la détérioration de la représentation copte ?

Comment placer les Frères sur la carte sociale égyptienne ? Ils appartiennent à la classe moyenne qui se distingue des autres secteurs de ces classes par ses appartenances religieuses et non sociales et par l'acuité de leurs différends avec les autres secteurs de la société, notamment ce qu'on peut qualifier de société laïque. Comment donc traiter avec tous ces paradoxes ?

Est-il possible de créer un parti regroupant ses diverses ailes ? Ce parti ne sera probablement ni le prolongement direct du PND ni des Frères musulmans. L'objectif de la formation de ce parti est que sa présence réalise, pour ses fondateurs, plus d'intérêts que de problèmes. Mais, comment fonder un tel parti ?

Quelle sera sa relation avec l'avenir de la coalition qui regroupe les partis laïques de droite et de gauche ? Est-ce que ces partis se disloqueront sous la pression du PND, d'une part, et des Frères musulmans, d'autre part ? Ou bien le PND se disloquera-t-il suite aux conflits internes, aux confrontations entre les réformateurs et les orientations traditionnelles et conservatrices ? Quelle sera la forme de l'amendement ministériel et du changement des caractères du pouvoir à la lumière de ces circonstances ?

Les juges, chargés par la Constitution égyptienne de gérer le processus électoral, ont déclaré qu'ils n'ont pas pu accomplir leur devoir et qu'ils désavouent les résultats des élections. Le Club des juges d'Egypte a même menacé qu'il étudierait le boycott des prochaines élections au cours de sa réunion prévue pour demain.

Le vice-président de la Cour de cassation a confirmé que « l'indépendance des juges par rapport au pouvoir exécutif représente aujourd'hui la pierre angulaire, car il est la garantie d'un processus électoral intègre ». Les élections ont confirmé, selon les dires du chercheur au Centre d'Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d'Al-Ahram Nabil Abdel-Fattah, l'absence de volonté de mener une réforme démocratique se basant premièrement sur la réforme en éliminant le déséquilibre de l'édifice constitutionnel comme condition de la préservation de l'équilibre entre les trois pouvoirs de l'Etat : exécutif, législatif et juridique.


La transaction

Une transaction implicite, non déclarée, relie les diverses parties, qu'elles le veuillent ou non. La simple participation des Frères musulmans au processus électoral, même à titre individuel, signifie la possibilité d'établir des consultations avec le PND pour entretenir un niveau de relation plus raffiné. Le PND n'a pas exploité la non reconnaissance de la confrérie en tant que mouvement pour écarter ses membres des élections. Ce qui signifie reconnaître la possibilité de fonder des relations plus étroites. Il est indispensable de surmonter l'impasse actuelle, même si cela entraîne de la violence et une guerre acharnée dans les rues.

La confrérie des Frères musulmans et le PND, en s'adressant à la classe moyenne, montrent clairement que le différend le plus aigu entre eux tourne autour des convictions plus qu'autour de la situation et du système au sein de la société. La question n'est pas soulevée sur le plan local seulement, mais aussi sur les deux plans régional et international.

Les Frères souffrent d'une souveraineté incomplète. Ils ne sont que partiellement reconnus. Est-il possible de compléter la reconnaissance des Frères en contrepartie de concessions autour de la réforme de la confrérie ? C'est-à-dire que le nouveau parti devienne une alternative aux deux formations actuelles (la confrérie et le PND), jouisse de certains caractères d'un parti comme Al-Wassat, par exemple ? Revendiquer la dissolution des deux formations actuelles n'est pas réaliste. Il est indispensable de voir apparaître une troisième partie acceptée par les deux autres, peut-être sous la forme d'un troisième parti transitoire différent et surtout pas une continuité, sans quoi le projet s'effondrera complètement. Il s'agit d'une longue étape de négociations difficiles.

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