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La vie mondaine
Chercheur et professeur de génétique à la faculté d’agronomie de Zagazig, Ahmad Chawqi est un homme tranquille et profond pour qui la science n'est pas un domaine réservé.
Les gènes dans la peau

C'est un homme doux et sage. Gros et de petite taille, son visage épanoui est rond avec de grosses joues satinées et de petits yeux à la fois polis et intelligents, à l'image de ceux d'un écureuil. Malgré des cheveux frisés soient blancs comme du coton, il ne paraît pas avoir dépassé la soixantaine. Ahmad Chawqi donne l'image de quelqu'un ayant vécu sa vie avec la sobriété du savant et la confiance d’un homme profondément pieux. La solitude du savant et son relatif retrait de la vie sociale ont trouvé une compensation dans une vie familiale à la fois calme et chaleureuse. On le sent dans sa manière d'être, sa sérénité, et jusque dans ses vêtements. Pourquoi en effet un professeur d’agriculture ne porterait-il pas le coton de son pays alors qu’il a étudié sa merveilleuse plante pendant des années et s’est obstiné à la protéger des mauvaises herbes pour qu'elle s'épanouisse pleinement ?

« Après le bac je voulais entrer à la faculté des beaux-arts ou de philosophie. Mais mon père a refusé fermement. Il m’a convaincu d’étudier l'agronomie ». Une nature docile qui n’a pas connu les passions ni l’entêtement parfois maléfique de la jeunesse. Mais il a su trouver dans l’étude des secrets de la vie végétale une entière satisfaction.

Très vite, il décide de se spécialiser dans la génétique, convaincu que cette discipline a fait passer la biologie d’une science d’observation à une science exacte comme l'est la physique. Dans son choix, il a également été poussé par une autre raison : la génétique est une des sciences qui fait le lien entre les sciences humaines et les sciences naturelles. Il rappelle ainsi qu’il n'y a pas de différence entre les races et que l’idée de race est une conception culturelle. C'est la génétique qui a également permis de découvrir le génome, l’unité déterminant tous les traits caractéristiques de l’être humain, des microbes, des plantes et des animaux. « Alors que j’étais encore un jeune assistant à la faculté, c’est-à-dire dans les années soixante, je disais à mes étudiants qu'un jour la génétique nous étonnerait plus que les découvertes de l’espace ». A l'époque les Soviétiques venaient de lancer Spoutnik et les Américains avaient réalisé leur promesse de mettre un homme sur la lune.

Son magistère a porté sur l'incidence économique de certains gènes du riz, et reste une des références en la matière. Dans son doctorat, obtenu à Leningrad (l'actuel Saint-Pétersbourg, Russie), il a étudié l’hérédité physiologique des levures, considérée comme le commencement de la génétique. En prolongement de cette recherche il a également étudié les effets de la pollution. Ce qui lui a permis de révéler le danger sur la santé des hommes de beaucoup de denrées diffusées sur le marché agricole et le danger d'un certain type de médicament utilisé à l’époque dans la lutte contre la bilharziose. Du coup, de nombreux denrées et médicaments ont été bannis du marché. Dans le cadre de sa recherche sur la bilharziose, qui était à l'époque une maladie très répandue dans la campagne égyptienne, Chawqi a remarqué que 30 % des personnes souffrant de cancer de la vessie souffraient également de la bilharziose et que la bactérie causant le cancer de la vessie pouvait se transmettre de père en fils.

En 1985, Ahmad Chawqi décide de sortir du domaine de la stricte recherche académique et reconnaît la nécessité de contribuer à la vulgarisation de la culture scientifique. Il a commencé à écrire dans la page culturelle du quotidien Al-Ahram et s'est chargé de diriger une série de publications éditées par la Bibliothèque académique : La culture scientifique, Cahier de l’avenirs, Cahiers scientifiques, et Cahiers des expositions. Ces séries ont publié à ce jour 90 titres dans les différents domaines des sciences naturelles, physiques et humaines. Chawqi a écrit 3 cahiers dans la série : La moisson scientifique de l’année 2003, L’histoire des médicaments et L’histoire de la matière. Mais sa grande contribution dans la diffusion des sciences réside dans son livre intitulé Le meilleur du monde. L’âge du génome et sa tempête. Il expose dans ce livre les dangers d'une utilisation inadaptée de cette science, pour essayer de changer la nature de l’homme. Par exemple en vue de décider de ses capacités physiques ou intellectuelles. Lui, plaide en faveur d'une exploitation de cette science dans le traitement radical des maladies en remplaçant les éléments d'ADN affectés par d’autres sains.

Dans cet ouvrage, il raconte comment dans l’aéroport de J.F. Kennedy (New York) il est tombé sur un bébé dont les traits regroupaient ceux de différents peuples. « Sa mère a remarqué mon regard et elle m’a demandé pourquoi je regardais ainsi, et je lui ai dit la raison de mon étonnement ». Cette femme lui a ensuite expliqué que cet enfant était le fruit d’un métissage entres diverses nationalités. Son père à elle était chinois et sa mère hispanique, alors que son mari est le fils d’un Noir et d’une anglo-saxonne. « Je me suis dit me voilà devant le nouveau Adam né d’une rencontre naturelle entre les divers peuples, et je me suis rappelé le verset de Coran qui dit : Nous vous avons constitués en peuples et en tribus pour que vous vous connaissiez entre vous ». Le titre même de son ouvrage Le meilleur du monde est celui du roman d’Aldous Huxley (lequel avait dû interrompre ses études de médecine pour cause de cécité), qui dépeint la montée de la barbarie mise en place par une civilisation technicienne parfaitement huilée au pouvoir psychobiologique.

D’une nature profondément pieuse et humaniste, Chawqi, dans ses écritures sur la philosophie de la science, met également l’accent sur les dangers d’une manipulation insensée des sciences et des techniques. « On retrouve cette manipulation insensée dans la production des armes bactériologiques, chimiques ou nucléaires ou bien dans les politiques qui visent à affecter l’agriculture dans un autre pays. Science sans conscience n’est que ruine de l’âme », comme disait Rabelais (également médecin et humaniste).

Chawqi écrit aussi sur la planification de l’avenir. Il estime que l'absence de planification à long terme et d'une vision d'avenir cohérente est à l'origine de la plupart des grands problèmes de l’Egypte.

Membre du Haut Conseil des universités, Chawqi s'est par ailleurs impliqué ces dernières années dans la direction des projets scientifiques. Ainsi, il a été derrière l'un des projets les plus réussis pour le développement de la recherche scientifique en Egypte, celui de la collaboration entre un certain nombre d’universités américaines et onze des douze universités égyptiennes. Chawqi passe son temps libre dans la lecture et sur Internet. Ce qui lui permet d'être au courant des dernières recherches et publications scientifiques. C’est aussi un grand amateur de musique classique. Il dit avoir chez lui 800 disques de phonographe, qu'il n’arrive pas à écouter parce que l’aiguille de son appareil, cassée depuis quelques années, est aujourd'hui introuvable. « Je devrais aller dans un studio pour les faire enregistrer sur des cassettes, mais je ne trouve pas le temps ». Malgré ses activités professionnelles, sa vie familiale revêt une importance particulière. Ces derniers temps c'est son petit-fils Omar qui accapare son attention. Même si à la veille d'un voyage en Allemagne où il doit se rendre pour assister à une conférence, il parcourait encore le centre-ville du Caire à la recherche d'un cadeau pour son fils dont c'était bientôt l'anniversaire.

Hayssam Khachaba

Jalons

1942 : Naissance au Caire.

1962 : Diplômé de la faculté d'agronomie.

1969 : Magistère en sciences de la génétique.

1985 : Professeur en sciences de la génétique.

1999 : Publication de Le Sens du vingtième siècle.

2000 : Publication de L'Image de l'avenir.

2002 : Publication de L'Homme et son univers.

 

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