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Edfou . Les travaux de restauration et de conservation du temple de Horus, le plus conservé d'Egypte, sont sur le point de se terminer.
Le temple du faucon

Edfou,
de notre envoyée spéciale —
Située entre Louqsor et Assouan, Edfou est surtout connue pour son temple, le monument le plus grand et le mieux conservé de l'Egypte ptolémaïque (332 à 30 av. J.-C.). Il est dans un état exceptionnel de conservation. « C'est le plus beau et le plus complet des temples de l'Egypte entière. L'architecture en est très belle et d'une richesse exceptionnelle », affirme Aymane Abdel-Moneim, responsable au ministère de la Culture et superviseur du projet de conservation et de restauration du temple. Une série de textes commémoratifs gravés sur les parois nous donne une chronologie précise de sa construction : début de la construction du naos : le 23 août 237 av. J.-C. Puis le sanctuaire fut consacré le 10 septembre 142 av. J.-C. Ensuite vinrent le pronaos et le pylône dont les portes en bois de cèdre furent posées en 70 de l'ère chrétienne. Le temple est de construction tardive. Les travaux ont débuté sous Ptolémée III en 237 av. J.-C. pour s'achever presque deux siècles plus tard sous Ptolémée XII, le père de Cléopâtre, en 57 av. J.-C. Il mesure 137 m de longueur.

Depuis 1993, le site est soumis à un grand projet de développement comprenant entre autre la conservation et la restauration du temple et la planification du chemin menant au monument. « On prépare également un projet son et lumière. Cela augmentera sans doute le nombre des visiteurs se situant actuellement entre 4 500 et 5 000 en hiver et 3 000 et 3 500 en été tous les jours », souligne Fathi Abou-Zeid, directeur du site. L'entrée du temple devait être changée. « L'ancienne entrée du temple semblait étrange. Car quand on arrive sur le site, on voit un grand mur plein de hiéroglyphes mais ce n'est pas la façade du temple. On a dû changer cette entrée par une nouvelle qui mène directement à la façade du temple », explique Mohamad Zannan, chef des inspecteurs des antiquités d'Edfou.

Mais, les restaurateurs qui travaillent sur le site ne sont pas payés. « Les responsables du Conseil suprême des antiquités ne payent pas nos salaires depuis des mois. C'est le cas de presque tous les sites archéologiques de la Haute-Egypte où on effectue des travaux de restauration et de conservation », déplore l'un des restaurateurs travaillant dans le site.


Visite guidée

Ce temple était consacré à Horus, le faucon, fils d'Isis et d'Osiris. C'est une copie des temples anciens, remarquablement conservé en raison de son enfouissement sous le sable. Etabli en lieu et place d'un ancien lieu de culte, l'édifice respecte parfaitement les principes architecturaux d'un temple pharaonique, qu'il s'agisse du plan, de l'échelle ou de l'ornementation. Le souci du détail a été poussé jusqu'à représenter les rois grecs en tenue égyptienne. « La cité antique, aujourd'hui en ruine, gît sous les maisons de la ville actuelle », souligner le Dr Zahi Hawas, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA). On peut malgré tout apercevoir encore les fondations d'une porte de temple datant de Ramsès II à l'Est du gigantesque premier pylône.

La découverte du temple est à mettre au crédit d'Auguste Mariette qui entreprit de le mettre à jour sur la base d'informations recueillies auprès des habitants du bourg d'Edfou construit sur la toiture de l'édifice. Celui-ci avait été recouvert par le sable du désert et les gravats amoncelés au fil du temps.

De nos jours, les visiteurs longent le monument et passent sous le pylône au travers d'une porte pour arriver jusqu'à l'esplanade située à l'arrière du temple. Ce lieu était chaque année le théâtre de la fête du couronnement qui assurait le renouvellement de la royauté de Horus et réaffirmait dans le même temps le pouvoir du pharaon. Entre les piliers on pouvait voir un grillage placé entre les colonnes pour empêcher les oiseaux de rentrer et de détériorer le temple. La porte percée au centre du pylône, encadrée de deux statues de faucon en granit, donne accès à l'avant-cour (la première partie de l'édifice) d'une taille impressionnante. La tête de la statue du faucon Horus est surmontée de la double couronne de la Haute et de la Basse-Egypte. Horus est le premier pharaon dans la mythologie égyptienne. Le pylône monumental est sculpté de gigantesques reliefs du pharaon Ptolémée XII, tirant ses ennemis par les cheveux, sous les regards de Horus et de Hathor. Les bas-reliefs peints des murs décrivent de nombreuses scènes rituelles et d'offrandes ainsi que certaines représentations du pharaon. La décoration est parfaitement symétrique. Sur les parois latérales, une même scène de procession se répète : le roi, coiffé, à gauche, de la couronne rouge de la Basse-Egypte, à droite, de la couronne blanche de la Haute-Egypte, conduit vers le sanctuaire les vingt nomes du nord et les vingt-trois nomes du sud, chacun représenté par un groupe de quatre personnages. La première salle hypostyle ou pronaos, dont les portes ne s'ouvraient qu'à certains profanes lors des rares manifestations religieuses de l'année, est ornée de douze gigantesques colonnes. La partie droite a été baptisée bibliothèque, car les bas-reliefs représentent un catalogue d'ouvrages. Le grand prêtre y trouvait le papyrus qui contenait la liturgie du jour.

La seconde salle hypostyle, de taille plus modeste, contient dix colonnes. Elle conduit, à l'ouest, à la chambre du Nil qui renfermait le puits nécessaire aux ablutions. La salle du trésor qui contenait les objets précieux et le matériel de culte se situe à l'Est. La porte centrale située au fond conduit à la première antichambre, dotée de part et d'autre d'un escalier de 242 marches qui conduit à la terrasse, cette chambre servait de salle d'offrandes. La seconde antichambre, ornée d'un grand nombre de scènes, contient en son centre le sanctuaire de Horus et sur son périmètre, plusieurs petites chapelles dont celle du fond qui abrite une magnifique barque funéraire. La chapelle centrale abritait parfois la barque sacrée. Une barque a été retrouvée à l'intérieur du temple mais celle que l'on peut observer aujourd'hui n'en est qu'une reproduction. C'est l'archéologue Mariette qui a reconstitué une de ces barques. On a aussi retrouvé un naos : c'est le seul qu'on a trouvé sur tous les temples qui ont été remis à jour. Les inscriptions sur les murs des chapelles ont permis de déterminer l'usage. Elles étaient destinées aux sacristies, salles de dépôts des offrandes, garde-robe des statues, bibliothèques, laboratoires pour la préparation des parfums et des onguents dont on enduisait les statues ou nécessaires à la préparation des momies ... Même les recettes sont gravées sur les murs. Hathor, à tête et oreilles de vache, qui séjournait à Dandara à 160 km en amont, venait rendre visite à son époux Horus chaque année pendant deux semaines. Cet événement, appelé « Fête de la bonne réunion », donnait lieu à d'importantes réjouissances populaires.


Comment s'y rendre ?
A partir de Louqsor ou d'Assouan : nombreuses possibilités de croisières en bateau pour Edfou. Il est également possible d'accéder à Edfou par train, par bus ou par taxi.
Amira Samir

Sur les traces du Nouvel Empire

Louqsor, « ville des palais », comme la désigne son nom arabe, ou Ipet Reset (Harem du sud), comme du temps des Pharaons, la ville qui comprend les deux tiers des vestiges archéologiques du monde s'est trouvée une fois de plus au centre d'intérêt. Farouk Hosni, ministre de la Culture, accompagné de Zahi Hawas, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), avec quelque 180 personnalités dont des ambassadeurs, y ont récemment fait une tournée. Il s'agissait d'assister soit à la présentation de nouvelles découvertes soit à la fin de travaux de restauration. Visite impressionnante vu la richesse des travaux effectués, ce qui a fait oublier la fatigue ressentie puisque finalement la tournée a été menée au pas de course, n'ayant duré qu'un seul jour.

La tournée a commencé par une visite à la Vallée des Rois dans la tombe de Ramsès VI de la XXe dynastie (1156-1145 av. J.-C.). Celle-ci, qui porte le numéro 9, est l'une des plus importantes de la Vallée. Sa construction avait été commencée par Ramsès V, après sa mort, elle a été reprise par Ramsès VI qui l'a agrandie. Considérée comme l'une des plus grandes tombes, elle comprend une série de chambres et un corridor de près de 100 m de long en plus d'une chambre funéraire de 45 m de profondeur. Les murs de la tombe de Ramsès VI sont décorés de bas-reliefs dont la plupart sont une illustration des livres sacrés comme Le Livre des morts, le Livre des portes, le Livre des cavernes et d'autres encore qui expriment la foi en l'au-delà et expliquent la philosophie de la religion égyptienne.

La restauration du sarcophage qui a commencé en 2001 a été effectuée par le Centre des recherches américaines en Egypte (ARCE), en collaboration avec le CSA et a été financé par l'USAID. La momie du roi a été placée dans deux sarcophages emboîtés. Le sarcophage extérieur est en granit rouge alors que le sarcophage intérieur de forme anthropoïde sculpté dans un roc verdâtre rare. Mais les deux ont été détruits dans les siècles passés.

« Depuis le premier jour, le travail de restauration du sarcophage intérieur n'a pas été facile », affirme Robert Vincent, directeur du projet de développement des antiquités égyptiennes au Centre de recherches américaines en Egypte. En fait, le travail effectué ne se limitait pas à la restauration. « Dix experts américains, canadiens et égyptiens ont pris deux ans pour reconstruire le sarcophage intérieur du roi en ramassant 250 fragments trouvés dispersés à l'intérieur de la tombe. Le fait d'assembler les petites pièces dispersées était pour les restaurateurs une des tâches les plus difficiles », reprend-il. Quoique beaucoup de pièces restent toujours perdues, les conservateurs ont réussi à reconstituer une grande partie du sarcophage interne. Ce qui a donné une idée claire de sa dimension originale de même que des textes inscrits sur le sarcophage interne. Quant au sarcophage extérieur, seule a été achevée la restauration de sa base.

Il est à noter que c'est la première fois qu'un sarcophage du Nouvel Empire soit reconstitué à l'intérieur de sa tombe originale. Une partie de ce sarcophage, et plus précisément le couvercle décoré par une image à l'effigie du roi Ramsès VI, avait été transférée à Londres en 1823 à la demande du consul britannique au Caire. Elle est actuellement exposée au British Museum à Londres.

Lors de la visite de la tombe, Hawas a saisi l'occasion pour réclamer la restitution de cette partie du sarcophage. « Il serait préférable de ramener en Egypte le couvercle exposé à Londres. Là, dans la tombe, il aurait plus de valeur », a-t-il dit. Michael Jones, un des restaurateurs qui opère auprès de l'ARCE, assure que même si une grande partie des fragments est encore perdue, la mission a réussi à reconstituer le sarcophage en grande partie. « On peut avoir une idée de la vraie dimension et des décorations qui ornaient le sarcophage », reprend-il. Toutes les pièces utilisées dans la reconstruction du sarcophage sont des fragments originaux.

Après la visite de la tombe de Ramsès VI, c'était le tour de visiter le temple funéraire de Séthi Ier (1318-1304 av. J.-C.) fils de Ramsès Ier et père de Ramsès II situé dans la Vallée des Rois dans la région de Gourna. La restauration de ce temple a commencé il y a près de 33 ans et a été effectuée par une équipe d'archéologues de l'Institut d'archéologie allemande, qui a désormais terminé la reconstruction du corps principal à partir de matériaux d'époque.

Le Centre allemand a effectué des travaux de restauration dans tout le temple et c'est l'égyptologue Reiner Shtadelman qui dirigeait les travaux. Le travail a commencé en 1971 par des fouilles et des restaurations. Ensuite est intervenue une autre étape entre 1984 et 1998 dans laquelle le travail était surtout concentré sur la restauration, la photographie et l'enregistrement des textes et bas-reliefs. Et depuis 1999, la mission a consacré son travail à la restauration des graves dégâts causés par les inondations.

Les visiteurs se sont ensuite rendus devant les deux colosses de Memnon. Là, dans le domaine d'Amenophis III, il y a eu plus d'une découverte lors de la dernière saison de fouille : une grande statue de ce roi et de sa femme, la reine Tiy, a été trouvée par la mission archéologique européenne. En faisant le tour, le ministre de la Culture, peintre de renommée, n’a pas pu s'empêcher de s'arrêter devant ces deux grandes statues et exprimer son admiration de la statue : « c'est l'une des plus belles statues que l'on puisse voir », a-t-il déclaré. Selon lui, l'artiste a réussi à montrer la personnalité de la reine dans sa sculpture. « Sa grandeur reflète à quel point cette femme était importante du côté politique et qu'elle avait une grande force », a-t-il repris. Dans cette même région où opère la mission européenne qui regroupe près de 30 membres qui viennent de différents pays, de l'Egypte, d'Allemagne, d'Arménie, de Belgique, de France, du Japon et autres, et qui est dirigée par l'égyptologue Hourig Sourouziane, la mission a aussi redécouvert la plus large statue d'un hippopotame en albâtre. Cette statue date du Nouvel Empire (XVIIIe dynastie). Mais son existence était connue depuis les années 1970. L'hippopotame est de 130 centimètres de haut et 73 cm de profondeur. Il est sculpté sur une base en albâtre de 118 cm de large. « C'est la plus grande statue de cet animal sacré de l'Ancienne Egypte découverte jusqu'à présent », souligne Hawas. Sans tête, elle a été exhumée dans la cour d'un temple dédié à Amenhotep III. D'autres statues d'hippopotames en albâtre, mais de bien plus petite taille, ont été mises aussi au jour ces dernières années.

Hala Fares
 

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