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Liban . Pendant une vingtaine d'années, le village de Souk Al-Gharb qu'on surnomme la Florence de la montagne a connu une période de décadence suite à la guerre civile. Aujourd'hui, il renaît de ses cendres. Visite.

Souk Al-Gharb retrouve sa gloire

Les quinze années de guerre au Liban sont parties sans retour mais non sans laisser de séquelles. A tous les niveaux : humain et matériel. Souk Al-Gharb, la première commune de villégiature au Liban, n'a pas échappé à cette dure loi destructrice de la guerre. Entre 1975 et 1990, c'était une ville fantôme. Aujourd'hui, elle renaît de ses cendres et connaît un retour non seulement de ses propres habitants, mais aussi et surtout des investisseurs et des touristes, notamment arabes.

C'est en 1998, huit ans après la fin de la guerre libanaise que le Conseil municipal élu de Souk Al-Gharb, la première commune à accueillir des hôtels et de belles demeures et haut lieu de l'éducation dans la montagne grâce au Grand Collège, s'est fixé comme objectif la renaissance de ce « bijou architectural », pour reprendre les termes du maire du village, Samir Salibi, également auteur de l'ouvrage Souk Al-Gharb, mon souvenir. Chose promise, chose due, mais surtout parole tenue. Et c'est grâce justement à l'initiative de telles personnes, du Conseil municipal, et aux nombreux investissements privés de restauration que l'année 2004 apportera son lot de bonheur à la région.

Mais, avant de connaître cette métamorphose qui s'opère au niveau de ce Stalingrad libanais des années noires de la guerre, faisons une approche historique et géographique de Souk Al-Gharb.

Tout a commencé autour d'une fontaine. Située à 800 mètres environ d'altitude et à 20 kilomètres au sud de la capitale Beyrouth, des bergers s'y arrêtaient pour se reposer et se désaltérer : c'était durant la dernière décennie du XVIIe siècle. Plus tard, la place de la fontaine devient un marché de troc pour les paysans des régions alentour. A la fin du XVIIIe siècle, le Souk Al-Aïn sera baptisé Souk Al-Gharb. C'était l'unique grand marché de toute la région. Autre facteur qui a contribué à son essor : le Grand Collège, ou l'Université d'Abey, fondé en 1855 dans la lignée de l'ancêtre de l'AUB, l'Université américaine de Beyrouth. Et enfin, de grandes familles fortunées de la capitale, tels les Sursock, viendront également s'y installer. Mais en 1975 comme en 1860 (les événements sanglants de la montagne), l'histoire se répète : un recommencement vicieux et meurtrier pour cette région qui entame pour la seconde fois la dure tâche de la reconstruction.

Ce volet de l'Histoire appartenant à l'Histoire, la guerre civile a fini par faire voler toutes ces beautés en éclats. Aucune infrastructure n'a subsisté. Des semblants de routes transpercées d'obus et de blindés sont impraticables. Le prestigieux hôtel Sursock, qui comptait parmi sa fidèle clientèle le célèbre chanteur Mohamad Abdel-Wahab, est complètement rasé. La citadelle de Qaleat Al-Hosn, chargée d'Histoire, est effacée par la guerre. Transformée en ville fantôme, en champ de ruines témoin des batailles les plus atroces et meurtrie par la guerre, elle entame depuis quelque temps sa reconstruction.


Retour constructif

Ce n'est qu'en 1992 que le retour des habitants est amorcé. Aujourd'hui, tous y sont revenus. Et avec eux les investisseurs attelés à la dure tâche de la reconstruction. Secteurs public et privé y collaborent. Avec succès.

Les travaux de réhabilitation ont eu lieu tout d'abord grâce à l'initiative du ministère des Déplacés. En 1998, c'est un flot considérable de travaux : restauration de l'église paroissiale Saint-Georges, reconstruction des routes, des murs de soutènement en pierre de taille, des trottoirs avec l'éclairage.

Aujourd'hui, le village retrouve ses lettres de noblesse. Témoins : l'hôtel Hajjar, premier haut lieu de l'histoire, à l'entrée de Souk Al-Gharb, est complètement restauré de l'extérieur. De même pour l'hôtel Nader revêtu de ses belles tuiles rouges. Seul l'intérieur, faute de moyens, est loin de pouvoir accueillir les touristes. Les boutiques ont également été reconstruites. La demeure de Chahine Salibi, un notable de la région, l'une des plus anciennes de Souk Al-Gharb et située exactement à l'endroit qui a servi de front entre les canons israéliens et les lance-roquettes palestiniennes, est aujourd'hui toute neuve.

Des fouilles effectuées récemment sur le site de la citadelle d'Al-Hosn par la direction des antiquités ont révélé des vestiges remontant aux époques phénicienne, grecque, romaine et byzantine. Le dernier projet en vue serait, un secret des dieux, la construction, grâce à quelque 500 millions de dollars octroyés par la Banque mondiale, d'une grande autoroute reliant les différentes régions. Une compagnie internationale devrait également installer sur les hauteurs de la commune un géant complexe hôtelier.

Les travaux semblent donc aller bon train. Et l'on continue de rêver : ressusciter le Grand Collège, qui a longtemps fait la prospérité du village, mais aussi la fondation d'un hôpital. Aujourd'hui, comme hier, toute reconstruction est coûteuse. Des investissements considérables sont nécessaires, ils sont désormais présents. Demeure la volonté déterminée et déterminante des hommes pour mener à bien ces lourdes tâches.

Mireille Bouabjian

 

 

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