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Conférence . Des sociologues de plusieurs pays se sont réunis à la Bibliothèque d'Alexandrie du 13 au 17 mars dernier autour du thème Hégémonie et civilisation de la peur pour discuter des dérives de la mondialisation.
La force de la peur

Les grands médias ne se sont pas contentés de transmettre les attentats du 11 septembre et l'invasion de l'Afghanistan et de l'Iraq, mais les ont littéralement mis en scène. « Ce à quoi nous assistons, tétanisés sur nos strapontins, ce n'est pas comme un film, c'est précisément un film. Avec un script, un scénario qu'il s'agit dès lors de mettre en œuvre sans s'en écarter. Le casting et les moyens techniques et financiers ont été méticuleusement programmés : c'est une affaire de professionnels. Y compris la diffusion et des canaux de distribution. Finalement, la guerre opérationnelle devient un gigantesque effet spécial, le cinéma devient le paradigme de la guerre, et nous l'imaginons réelle alors qu'elle n'est que le miroir de son être cinématographique ». C'est ainsi que Jean Baudrillard, sociologue et écrivain français et auteur, avec Edgard Morin, de La Violence du monde fait l'analyse de la manière dont les médias construisent une légitimation des projets de la mondialisation capitaliste. Dans son exposé intitulé Le Virtuel et l'événementiel présenté lors de la conférence tenue à la Bibliothèque d'Alexandrie autour du thème Hégémonie et civilisation de la peur, il fait ingénieusement le lien entre les intérêts des médias et ceux de l'économie politique. « La police de l'événement est essentiellement assurée par l'information elle-même. L'information constitue la machinerie la plus efficace de déréalisation de l'histoire. Tout comme l'économie politique est une gigantesque machinerie à fabriquer de la valeur, à fabriquer les signes de la richesse, mais non pas la richesse elle-même. Ainsi, tout le système de l'information est une immense machine à produire l'événement comme signe, comme valeur échangeable sur le marché universel de l'idéologie, du spectacle, de la catastrophe, etc. bref, à produire du non événement ». Où est la preuve jusqu'à présent que Bin Laden est le responsable des attentats du 11 septembre ? Où sont les armes nucléaires de Saddam Hussein ? Seule la manipulation de l'information a fait l'illusion, dans l'enchaînement des événements, des attentats puis des bombardements et de l'invasion.

Selon Mahmoud Amin Al-Alem, penseur et écrivain égyptien, la situation actuelle au Moyen-Orient peut s'expliquer par l'hégémonie des multinationales des grands pays capitalistes sur le Moyen-Orient et non pas par le « choc des civilisations ». Selon lui, la culture est exploitée dans le jeu de l'hégémonie qui traverse différentes phases selon les intérêts économiques. « Les Américains ont financé Bin Laden lors de l'invasion soviétique mais maintenant ils se retournent contre lui. Ils financent les projets sionistes qui perpétuent chaque jour des massacres contre les musulmans et les chrétiens de Palestine ». Al-Alem remarque également que les Etats-Unis s'opposent à ce que l'Iraq possède des armes de destruction massive alors qu'ils utilisent ces mêmes armes pour détruire et envahir l'Iraq.

« Nous voulons une mondialisation qui garantisse les droits de l'homme et sa liberté, non pas celle qui mène à son extinction et à son mépris », conclut-il avec son optimisme familier.

Gianni Vattimo, professeur de philosophie à l'Université de Turin et auteur de Fin de la modernité, a parlé de division du monde entre le Nord riche et industrialisé et le Sud pauvre, entre le centre et la périphérie sans approfondir cependant la relation entre les deux entités géographiques. Il est intéressant de noter que parmi les conférenciers fut Walter D. Mignolo, professeur de littérature à Duke University qui a critiqué dans son œuvre La géopolitique de la connaissance, le caractère eurocentrique de la critique de Vattimo de la modernité européenne. Il lui reproche ainsi de négliger l'importance du phénomène colonial dans le processus de la modernité occidentale.

Hassan Hanafi, professeur de philosophie islamique à l'Université du Caire, a mis l'accent sur le fait que la culture occidentale ignore le travail des intellectuels et des écrivains arabes alors que ces derniers ont été nourris par l'œuvre des grandes figures de la culture occidentale. Il a critiqué le manque des traductions de l'arabe vers les langues européennes.

« L'Orient a été toujours un objet pour les études sociales, politiques et culturelles pour les Orientalistes. Cela reflète bien la relation dominé –dominant ».

Susan Buck–Morss, professeur de philosophie politique à Cornelle University, a lu un exposé intitulé Can there be a Global Left (Peut-il y avoir une gauche mondiale), dans lequel elle a souligné la nécessité de l'union de la gauche dans les différents pays pour changer le visage atroce de la globalisation telle qu'elle est vécue de nos jours. Dans son exposé, elle a mentionné les différents efforts intellectuels des penseurs du tiers monde comme Edward Saïd, Mohamad Abed Al-Gabri, Adonis et Frantz Fanon pour bâtir une modernité dans les pays décolonisés mais également une image de soi libérée de l'image construite par l'autre dominant ou colonisateur.

Cristovam Buarque, ex-ministre de l'Enseignement du gouvernement brésilien de Luis Ignacio Lula Da Silva et actuellement sénateur, a quant à lui présenté un exposé intitulé La peur, partie du succès de la civilisation hégémonique. « Terrorisée, l'humanité assiste au choc planétaire entre armes intelligentes et bombes humaines. Les premières, arrogantes, cherchent à imposer l'hégémonie du modèle occidental de civilisation, les autres, rendus fous, cherchent à résister à cette hégémonie », explique Buarque qui propose que les Américains retrouvent leur esprit de la fin de la seconde guerre mondiale quand ils ont aidé l'Europe à se reconstruire grâce au plan Marshall.

Hayssam Khachaba

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