Hebdomadaire égyptien en langue française en ligne chaque mercredi

Points de vue

La Une
L'événement
Le dossier
L'enquête
Nulle part ailleurs
L'invité
L'Egypte
Affaires
Finances
Le monde en bref
Points de vue
Commentaire
d'Ibrahim Nafie

Carrefour
de Mohamed Salmawy

Portrait
Littérature
Arts
Femmes
Société
Sport
Environnement
Patrimoine
Loisirs
Echangez, écrivez
La vie mondaine
La division palestinienne

Wahid Abdel-Méguid
Politologue

Rares sont les observateurs, les intellectuels et les hommes politiques arabes ou étrangers qui ont accordé de l’importance au problème de la division au sein de Fatah. Je me souviens avoir soulevé ce sujet dès le départ d’Arafat pour Paris. Un voyage qui annonçait la naissance prochaine d’une nouvelle ère palestinienne. J’avais signalé que cette ère impliquait un réaménagement des affaires internes palestiniennes et notamment les conjonctures au sein du mouvement Fatah.

Cependant, nombreux sont ceux qui ont cru que mettre en garde contre la division au sein de ce mouvement est pure exagération. Ils voyaient que tout ce passait bien. A l’exception de la fusillade survenue à Gaza lors de l’arrivée d’Abou-Mazen pour présenter ses condoléances, il semblait que le transfert du pouvoir se déroulait dans le calme. Abou-Mazen présidait le comité exécutif de l’OLP, Farouk Al-Kaddoumy (Aboul-Lotf) le mouvement de Fatah, et Abou-Alaa, le Conseil de la sécurité nationale en plus de son poste de premier ministre. Malgré quelques polémiques autour de la candidature d’Abou-Mazen aux élections présidentielles prévues pour le 9 janvier prochain, tout semblait rassurant. En effet, le comité central du mouvement Fatah a accrédité sa candidature à l’unanimité et le conseil révolutionnaire du mouvement l’a approuvée à une majorité écrasante.

Cependant, les choses n’étaient pas rassurantes pour ceux qui savent que ni le comité central, ni le conseil révolutionnaire ne représentent toutes les orientations ni toutes les générations au sein de Fatah. En effet, aucun renouvellement n’est survenu au sein de ces deux cercles depuis 1989 lorsque le Fatah a tenu son dernier congrès. Mais beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. L’Intifada d’Al-Aqsa a fait surgir des cadres importants et a reformulé la relation entre les directions et les cadres du milieu et de la base. De plus, les nouvelles générations du mouvement qui ont joué un rôle essentiel dans l’Intifada ont commencé à ressentir qu’elles étaient marginalisées et écartées, alors que d’autres prennent la direction, l’argent et le prestige pour la seule raison qu’ils appartiennent à la génération des fondateurs ou à la génération suivante.

La seule présence du président Arafat a empêché l’explosion de la situation au sein du mouvement pendant les dernières années. Cependant, durant les derniers mois, il était clair que sa capacité d’éviter l’explosion diminuait. En effet, depuis juillet dernier, le secteur de Gaza a vu de graves actes de violence que nombreux n’ont pas liés au conflit au sein du Fatah. Cependant, ils en étaient la conséquence. Enlever le chef de la police à Gaza, Ghazi Al-Gabal, puis obliger Arafat à le limoger étaient l’un de ses aspects les plus flagrants. Les kidnappeurs appartenaient aux jeunes de Fatah impliqués dans l’une de ses cellules armées et Al-Gabal était l’un de ses anciens dirigeants militaires. Quant à la raison de l’enlèvement, elle avait trait à l’une des plus importantes raisons du conflit : la corruption. En effet, un large secteur de la nouvelle génération accuse les dirigeants du premier rang du Fatah et de l’autorité nationale de corruption.

Il était donc tout à fait étrange que la direction de Fatah et de l’Autorité négligent totalement ce conflit et dirigent le processus de la succession d’Arafat sans prendre en considération les forces et les symboles qui représentent les nouvelles générations du mouvement. Marwan Barghouti, emprisonné dans l’une des prisons israéliennes, a déclaré qu’il présenterait sa candidature pour la présidence de l’Autorité, puis est revenu sur sa décision. Ceci était la sonnette d’alarme. Cette alarme était retentissante, mais les dirigeants du Fatah et de l’Autorité ont préféré faire la sourde oreille.

La situation était étonnante lors de la visite d’Abou-Mazen, d’Abou-Alaa et de Rawhi Fotouh le 28 novembre dernier en Egypte. Au cours de la conférence de presse, Abou-Mazen a nié l’existence de tout différend au sein du Fatah autour de sa candidature à la présidence de l’Autorité. Dans ce contexte, la diplomatie égyptienne est appelée à combler les fissures au sein du mouvement. L’Egypte a toujours réussi à encourager et faciliter le dialogue national entre les factions palestiniennes. La preuve en est que les différends entre les factions ont dépassé l’étape du danger et que personne ne craint plus l’explosion des conflits au sein de ces factions. Le danger qui se présente actuellement est le conflit au sein du Fatah. En effet, Barghouti, l’un des plus éminents symboles des nouvelles générations du mouvement, a enfin pris la décision de présenter sa candidature aux élections en sa qualité d’indépendant pour concurrencer le candidat officiel du Fatah, Abou-Mazen.

Lorsqu’il était revenu sur sa décision, il y a trois semaines, Barghouti avait préféré préserver l’unité du mouvement adressant un message à la direction auquel il attendait une réponse similaire. Mais ce ne fut pas le cas. Au contraire, la réponse implicite était décevante pour de larges secteurs des nouvelles générations. En effet, au lieu de s’empresser d’organiser un congrès du mouvement pour corriger ses conjonctures et donner leurs droits aux nouvelles générations, cette conférence a été prévue pour août 2005. Ce qui signifie que ce congrès se tiendra après les élections législatives prévues en mai 2005. Par conséquent, la vieille direction continuera à détenir le monopole de la désignation des candidats du Fatah aux élections. C’est certainement ce qui a poussé Barghouti à représenter sa candidature au dernier moment. Il s’attendait à ce que Abou-Mazen déclare qu’il nommerait un vice-président de l’Autorité s’il venait à gagner les élections. Une telle position était à même de contenir le conflit au sein du mouvement car il signifierait implicitement qu’une nouvelle voie s’ouvre face aux nouvelles générations.

Dans tous les cas, les directions du Fatah et de l’Autorité ont agi d’une manière donnant l’impression qu’elles font peu de cas des nouvelles générations.

Fatah affronte ainsi le plus grand conflit interne de toute son histoire. Depuis sa création, de nombreux dirigeants et cadres sont sortis de ses rangs sans pour autant que ceci n’affecte sa cohérence. Mais le conflit actuel peut influencer son avenir et même celui de la cause palestinienne. En effet, c’est le premier conflit après la disparition d’Arafat, et c’est aussi le plus grand et le plus important de son histoire. Il porte sur des élections au cours desquelles les membres du Fatah se dresseront les uns contre les autres.

Le plus dangereux est que certains portent les armes. Ce sont des groupes comme les Brigades des martyrs d’Al-Aqsa qui ont des relations avec le mouvement. Etant donné que ces groupes n’agissent pas sous une direction unifiée, leurs positions ont divergé à l’égard de la candidature de Barghouti. Certains ont déclaré leur soutien à Barghouti, alors que d’autres ont continué à soutenir Abou-Mazen. Le conflit au sein du Fatah revêt aussi un caractère politique portant sur la gestion de l’Autorité et sa réforme. Si Abou-Mazen ne jouit pas du soutien de toutes les anciennes directions, il en est de même pour Barghouti avec les directions des nouvelles générations.

C’est pour cela que la situation au sein du Fatah à la veille des élections est vraiment dangereuse .

Haut de page
 

Pour les problèmes techniques contactez le webmaster

Adresse postale: Journal Al-Ahram Hebdo
Rue Al-Gaala, Le Caire - Egypte
Tél: (+202) 57 86 100
Fax: (+202) 57 82 631