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Pétrole. L’Egypte, petit pétrolier, se mêle au monde des grands producteurs en accueillant la réunion de l’Opep. Explications.
Dans la cour des grands

Pour la deuxième fois en trois ans, l’Egypte, qui a le statut d’observateur au sein de l’Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole (OPEP), organise une réunion du cartel sans pourtant en être membre. Vendredi 10 décembre, Le Caire accueillera la 133e réunion ministérielle de l’Opep. Par coïncidence ou par intention, les deux occasions se présentaient à un moment critique pour l’Opep. La première réunion du Caire en décembre 2001 était intervenue au moment où les cours du pétrole dégringolaient, menaçant les économies des pays exportateurs de pétrole. Alors que l’actuelle réunion doit mettre fin à l’instabilité des cours du pétrole qui avaient enregistré un record en dépassant les 50 dollars le baril en octobre dernier avant de se replier à quelque 35 dollars le baril la semaine dernière.

Pour les uns, cette réunion est un signe de confiance de la part des pays de l’Opep et reflète l’importance de l’Egypte en tant que pays capable de fournir de l’assistance technique, même si elle ne figure pas parmi les grands exportateurs. « La tenue de la réunion au Caire loin du siège de l’Opep à Vienne fournit aux membres une ambiance plus calme et plus discrète, loin d’éventuelles pressions en faveur d’une position ou d’une autre. De plus, l’Egypte est un pays ami avec les différents membres », explique Hamdi Al-Bambi, ex-ministre du Pétrole. Cependant, pour d’autres, le choix de l’Egypte peut être dû à des raisons plus simples comme le climat ou la situation géographique. « La plupart des réunions de l’Opep qui n’ont pas été tenues au siège de l’organisation, à Vienne, ont eu lieu dans des pays qui ne sont pas membres de l’Opep. Je ne crois pas que le lieu où se tient la réunion pourrait influencer les décisions », assure Magdi Sobhi, expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

Or, ce qui est sûr, c’est que l’Egypte est gagnante en accueillant cette réunion extraordinaire de l’Opep au Caire. « Attirer un tel rassemblement est en soi un gain », affirme Sobhi. « L’organisation d’une telle réunion par l’Egypte lui donne de la crédibilité, cela montre que le pays peut réunir les différents participants membres et non membres à un moment critique », souligne Tamer Abou-Bakr, vice-président de l’entreprise privée de gaz naturel.Ginco Misr Et d’ajouter : « Cela nous permet d’avoir des contacts avec les grands producteurs et exportateurs dans le monde ».


Le gaz en priorité

En fait, bien qu’il s’agisse de la réunion des pays exportateurs de pétrole, l’Egypte a l’œil sur le gaz naturel, notamment avec le tarissement des gisements pétroliers. La production du pétrole brut de l’Egypte se limite à quelque 600 000 barils par jour. Alors que ses réserves prouvées sont de 2,8 milliards de barils, mais en baisse régulière. En 2005, elles devraient s’établir à 2,5 milliards de barils. Selon les experts, les nouvelles découvertes ne compensent pas les volumes extraits. Dans dix ans, en l’absence de découvertes significatives et du fait de l’accroissement rapide de la consommation intérieure, l’Egypte pourrait redevenir importateur net de brut.

Le gaz naturel est donc la bouée de sauvetage pour l’Egypte. Et le potentiel gazier égyptien reste prometteur et de nouvelles découvertes sont possibles. Les réserves sûres de gaz naturel sont de l’ordre de 1 800 milliards de mètres cubes (8 % des réserves mondiales). Les éventuelles réserves égyptiennes seraient de 3 000 milliards de mètres cubes. Ainsi, l’Egypte a commencé à développer sa production et son usage de gaz naturel. Elle s’est lancée en plus dans l’exportation. Or, le prix de celui-ci est désormais fixé d’après les cours du pétrole. Il semble donc logique que l’Egypte cherche à être dans les coulisses de l’Opep, où tout se joue.

En fait, plusieurs compagnies pétrolières étrangères en Egypte ont déjà cédé leurs permis pétroliers pour se tourner vers le gaz. Les premières livraisons de gaz naturel égyptien à destination de la Jordanie ont commencé en juillet 2003. De même, les exportations de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) vers l’Espagne commenceront ce mois-ci. Et en 2005, l’Egypte devrait commencer à fournir du GNL à la France. « En tant que pays exportateur de gaz naturel, cette réunion lui permettra d’être au courant des dernières évolutions dans le domaine du gaz ainsi que de réaliser des contacts avec des partenaires potentiels », explique Tamer Abdel-Hamid. Magdi Sobhi est du même avis, et ajoute : « Les trois grands du gaz, à savoir la Russie, l’Iran et le Qatar vont assister à la réunion. C’est une occasion superbe pour coordonner et faire du marketing ».

Bref, la réunion doit permettre à l’Egypte de défendre au mieux ses intérêts dans un secteur-clé de son économie. « Cela nous permet de contribuer à la création de mécanismes visant à stabiliser les marchés. Ce qui sera bénéfique pour l’Egypte comme pays producteur de pétrole. Etant donné que des prix équilibrés attirent plus d’investissements dans le secteur pétrolier égyptien et que ces derniers favoriseront les découvertes de réserves pétrolières et gazières », souligne Sameh Fahmi, ministre égyptien du Pétrole l

Marwa Hussein
Hussein Abdallah, expert pétrolier et ancien président de l’Organisation des Pays Arabes Exportateurs de Pétrole (OPAEP), explique la nécessité de maintenir des cours élevés.
« Je vois un nouveau choc pétrolier à l’horizon »

Al-Ahram Hebdo : Le prix actuel du brut, qui dépasse les 40 dollars le baril, est-il à votre avis raisonnable ?

Hussein Abdallah : Le prix n’est pas aussi élevé qu’il le paraît. En fait, le cours dont on parle dans les médias, c’est celui du Light Sweet Crude, qui représente les 2/3 de la consommation américaine. Celui-ci a atteint un record de 55 dollars en octobre. Mais pour le reste de la consommation américaine et le reste du monde, on utilise les bruts de l’Opep dont le prix est actuellement inférieur à 40 dollars. Si vous écartez l’effet de l’inflation et de la dévaluation du dollar, cela est équivalent à 10 dollars seulement, selon les niveaux des prix de 1973. Le prix était de 12 dollars le baril dans le temps. C’était l’année où, lors de la guerre d’Octobre, les prix ont été corrigés à la hausse après avoir stagné à 35 cents pendant 25 ans, de 1947 à 1973.

— Mais la hausse actuelle peut-elle nuire à la croissance mondiale ?

— Les 40 dollars d’aujourd’hui ne sont pas aussi inquiétants. Surtout si nous prenons en considération le prix réel (ndlr : en tenant compte de l’inflation et de la dépréciation du dollar). Par ailleurs, les pays industrialisés ont réussi à réduire l’impact des cours du pétrole sur leurs économies. Cela en augmentant l’efficacité de l’utilisation du pétrole de sorte à réduire de moitié la quantité de pétrole nécessaire pour engendrer 1 000 dollars de Produit Intérieur Brut (PIB). Cette quantité est de 0,74 baril actuellement, contre 1,43 baril au milieu des années 1970. Un simple calcul nous montre que le contenu pétrolifère, qui représentait 3 % des coûts inclus dans le calcul du PIB, ne représente actuellement que 0,7 %.

— Vous êtes donc pour des prix dépassant la fourchette des 22-28 dollars le baril qui prévalait tout au long de la période 2000-2003. Cela ne va-t-il pas freiner la croissance mondiale ?

— Ceux qui insistent à lier la croissance au cours du brut devront se tourner vers les pays consommateurs de pétrole. Ceux-ci insistent à imposer des taxes trop élevées sur le pétrole et ses dérivés. En Europe, ces taxes atteignent 65 dollars par baril. Pourquoi ces pays — tous riches — ne baissent-ils pas leurs taxes ? Et pourquoi en revanche exercent-ils des pressions sur les pays en développement, producteurs de pétrole, afin que ces derniers baissent les prix du brut ? D’autant plus que des cours faibles ont mené à la détérioration des capacités de production.

— Comment ?

— Le prix du pétrole a chuté en 1986 de 28 à 13 dollars le baril. Puis il s’est stabilisé pendant 14 ans au niveau faible de 18 dollars. Pendant cette période, la valeur réelle du prix, sur la base des prix de 1973, a baissé à 4,5 dollars seulement. Il en a résulté une baisse des revenus réels des pays producteurs. En conséquence, l’investissement en a été ralenti. Il a fallu un choc pétrolier pour que les prix soient ajustés à 25 dollars. Cela a toujours été ainsi. Les prix du pétrole n’augmentent pas graduellement, mais en saut de grenouille. Aujourd’hui, nous sommes dans une situation pareille. Il y a un besoin de maintenir le cours (qui augmente depuis 2003) élevé. En fait, 750 milliards de dollars est la valeur estimée des investissements indispensables pour augmenter la capacité de production du pétrole et du gaz dans le Moyen-Orient durant les 25 prochaines années. Je vois donc un nouveau choc pétrolier à l’horizon.

Propos recueillis par
Salma Hussein

 

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