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Iraq. La violence a redoublé d’intensité en ce début de semaine. De quoi donner raison aux partisans du report des élections prévues.

Les aléas d’une échéance cruciale

Soixante morts en deux jours. Le bilan des violences qui ont secoué l’Iraq samedi et dimanche derniers en dit long sur le climat d’insécurité régnant dans le pays. Les villes de Bagdad et Mossoul notamment, ont en effet été le théâtre de nombreuses attaques : plusieurs attentats à Bagdad dont une embuscade contre des civils iraqiens travaillant avec l’armée américaine et un double attentat contre un commissariat ; un attentat à la voiture piégée près de Baïji (200 km au nord de Bagdad) ; deux attentats suicide à Mossoul, l’un visant une patrouille américaine, l’autre visant un convoi transportant des peshmergas (combattants kurdes).

Une recrudescence de la violence qui augure mal de la tenue des élections prévues le 30 janvier prochain. A moins de deux mois de cette échéance et face à ce climat, les partisans du report du scrutin refusent de céder. Dans le même temps, le gouvernement iraqien provisoire, soutenu par les Américains, insiste sur la tenue des élections à la date prévue. Le président iraqien Ghazi Al-Yaouar, en visite aux Etats-Unis, a encore affirmé la nécessité de respecter la date de janvier, et ce malgré la résistance des réseaux islamistes et insurgés opposés aux troupes américano-britanniques. Selon lui, il « n’y a pas de date sacrée, mais les Iraqiens doivent relever le défi. La pire des choses serait de reporter les élections, cela donnerait de l’espoir aux insurgés et aux forces des ténèbres ».

Pourtant, l’émissaire de l’Onu en Iraq, Lakhdar Brahimi, a lui estimé que si « les conditions restent les mêmes » sur le plan de la sécurité, il sera impossible d’organiser le scrutin, dans une interview au quotidien néerlandais NRC Handelsblad. Brahimi a en effet constaté que la méthode poursuivie jusqu’ici pour rétablir l’ordre en Iraq « ne marche pas ». « Trouvons quelque chose qui marche. Si on laisse pourrir la situation, elle deviendra encore plus dangereuse », a-t-il averti. Pour Brahimi, des élections dans les seules parties sécurisées du pays se feraient au détriment de la minorité sunnite, car ses membres habitent principalement les régions où règnent les plus fortes tensions, relève M. Brahimi.

C’est justement en raison de la recrudescence de la violence que de nombreuses voix continuent à s’élever en Iraq pour un report. Dimanche à Bagdad, les partisans d’un ajournement de ces élections, des sunnites modérés, ont réuni quelque 200 responsables de partis politiques et d’associations pour un congrès destiné à appuyer leur demande. Il ne s’agit nullement de mettre en cause le scrutin, mais « la détérioration des conditions de sécurité dans de nombreuses provinces impose de le reporter », ce qui « ne signifie pas se soumettre aux menaces » des auteurs des violences qui persistent dans le pays, a souligné Tareq Al-Hachémi, secrétaire général du Parti islamique iraqien, une formation sunnite modérée. M. Hachémi se démarquait ainsi de la position de la puissante association religieuse sunnite, le Comité des oulémas, qui a appelé au boycottage des élections pour protester contre les opérations militaires dans les bastions sunnites d’une part, et pour signifier son rejet d’élections organisées « sous l’occupation », d’autre part. Un autre responsable politique, Michane Al-Joubouri, qui dirige le groupe sunnite Bloc de la réconciliation et de la libération, a avancé l’absence de listes électorales dans les régions sunnites, théâtre d’opérations militaires, pour soutenir la demande de report. « Nous devons inciter tout le monde à participer aux élections, aussi bien ceux qui entendent les boycotter que ceux qui ne peuvent pas y participer en raison de l’insécurité », a-t-il dit.

L’idée d’un report des élections lancée par 17 partis et associations modérés, en majorité sunnites, à l’initiative d’Adnane Pachachi, candidat malheureux à la présidence intérimaire, a été d’ores et déjà rejetée par le gouvernement dirigé par le chiite libéral Iyad Allaoui et les chefs religieux et politiques de la communauté chiite, majoritaire en Iraq. Les représentants de cette communauté s’activent d’ailleurs pour préparer les élections, tout comme les Kurdes qui contrôlent trois provinces du nord de l’Iraq et veulent avoir assez de sièges dans l’Assemblée élue, pour s’assurer que le caractère fédéral de l’Iraq ne sera pas remis en question. Les Etats-Unis recommandent aussi de tenir les élections à la date prévue. Mais M. Joubouri s’interroge sur la faisabilité de cette élection dans une province comme celle d’Al-Anbar, à l’ouest de Bagdad, où, affirme-t-il, une seule liste s’est présentée. « Comment peut-on imaginer dans le climat de violence que des candidats puissent partir en campagne et comment peut-on garantir que les électeurs aillent voter sans mettre en danger leur vie ? », s’est-il interrogé. « Des terroristes ont pris le contrôle de Mossoul (dans le nord) et le gouvernement a été incapable de faire quoi que ce soit », a-t-il dit, soupçonnant ceux qui insistent sur la tenue des élections dans les conditions actuelles de « vouloir tout simplement s’accaparer le pouvoir ».

D’autres orateurs, comme Hatem Jassem Mokhlès, du Mouvement national iraqien, et Mehrane Hawas Al-Sadid, du Parti démocratique arabe, ont abondé dans le même sens, disant vouloir par ce report assurer une large participation à ce scrutin.

Ces élections risquent en outre de poser le problème de l’ethnicité et de la religion, la participation dépendant notamment de ces appartenances. Le président iraqien Ghazi Al-Yaouar a certes rassuré que l’Iraq n’était « pas menacé de sombrer dans la guerre civile ». « Jamais, a-t-il dit, si vous regardez nos 7 000 ans d’histoire, nous n’avons eu de soulèvement civil fondé sur l’ethnicité ou la religion, ces scénarios ont été importés en Iraq. J’en suis sûr à 100 %, c’est mon intuition, nous n’aurons jamais de guerre civile fondée sur l’ethnicité, la religion ou le sectarisme ». Des propos peu convaincants à l’heure où les divisions au sein du peuple iraqien se font de plus en plus véhémentes .

Abir Taleb
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