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Fahmi Howeidi, écrivain et penseur de tendance islamiste, explique pourquoi l’islam se trouve au centre des polémiques et souligne que le fondamentalisme est le fruit du blocage politique.
« L’année prochaine sera obscure »

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi l’islam se trouve-t-il selon vous au centre d’un débat mondial ?

Fahmi Howeidi : D’abord, les transformations de l’échiquier mondial avec la chute de l’ennemi traditionnel, à savoir l’URSS. Ensuite, les transformations au sein des Etats-Unis avec l’avènement d’un siècle américain dont l’objectif est d’avoir main basse sur les sources du pétrole. Et puis bien sûr le 11 septembre, qui a servi les plans américains. Parce qu’il faut noter que le projet d’invasion de l’Iraq existait bien avant cette date. La question relève d’un pur ordre d’intérêts politiques et économiques. Que certains au sein des Etats-Unis ou ailleurs aient récupéré cela pour en faire une croisade contre l’islam est une autre affaire.

— Mais le monde musulman y est pour quelque chose ...

— Oui, c’est un monde en état de faiblesse et de décadence. C’est une région fragile. Elle s’est avérée être la plus faible région et la plus propice pour la mise en application du projet américain. Nous sommes devant un monde musulman faible du point de vue politique, démocratique et militaire. Un monde gangrené par la corruption.Face à cette situation, les Américains optent pour un islam qui se rapproche du modèle turc, à savoir laïque, où la religion occupe l’arrière-plan. Pour ce faire, ils parlent de la réforme du système scolaire, d’encourager les confréries soufies pour limiter l’influence des radicaux.

Ils veulent un islam sur mesure qui épouse les intérêts américains et israéliens. Pas question de parler de djihad ou de libération de la Palestine. Bref, ils préconisent un lavage de cerveau en bonne et due forme.

— Que pensez-vous des appellations « islam radical » et « islam modéré » ?

— Les étiquettes sont vagues et les définitions floues. Que veut dire islam progressiste ou libéral ? Par radical, veut-on désigner une personne qui prie ou qui porte le voile ? Nous sommes contre la définition de radical comme elle est quelquefois conçue ou comme elle a été élaborée par le rapport de l’organisation américaine RAND sur les courants islamiques.

Les choses doivent être précisées. Les terminologies sont de plus en plus élastiques en matière d’islam et nous baignons en pleine confusion.

— Vous ne pouvez cependant pas nier que les sociétés musulmanes sont traversées par plusieurs courants fondamentalistes ?

— Je n’aime pas aborder la question de l’islam indépendamment des problèmes de société, notamment ceux liés aux questions de démocratie et d’absence de dialogue. Le fait par exemple de parler d’un dossier copte, cela veut dire automatiquement pour moi qu’il y a en contrepartie un dossier musulman. Je m’explique, cela veut dire tout simplement qu’il y a un problème et ce problème est le blocage politique.

La question de la participation politique en islam est résolue depuis des siècles à travers le principe de la choura, or on s’entête à discuter du sujet. C’est de l’immobilisme politique, il n’y a pas de forces politiques qui bougent et qui engendrent des idées. Le pays est totalement dépolitisé.

— Donc, selon vous, c’est l’absence de démocratie qui est la cause du radicalisme ?

— Oui, cela a fait que la sphère politique est devenue plus sacrée que la religion elle-même. En politique, il n’y a que des lignes rouges. Quand un politicien vous dit « pas d’amendement de la Constitution », cela ne s’appelle-t-il pas du fondamentalisme ? Le fondamentalisme ne concerne pas seulement la religion, il s’est érigé en culture engendrée par des pratiques politiques. La critique est bannie. Un fonctionnaire ne peut même plus critiquer son supérieur sans risquer son avenir.

— Que faut-il donc faire à votre avis ?

— Un dialogue doit être impérativement instauré et il ne peut se faire sans une démocratie véritable. Le fondamentalisme est le fruit de l’absence de démocratie. Et l’Etat est devenu lui-même fondamentaliste ; regardez comment il a opéré lors de l’affaire du Qiz, l’accord de partenariat avec les Etats-Unis et Israël. Il a fermé les portes du dialogue en appelant cela protocole et pas convention normalement discutée au sein du Parlement.

C’est ce qu’on appelle une démocratie sous conditions.

— L’argument majeur de l’Etat est qu’un trop-plein de démocratie peut mener à l’anarchie et l’explosion ...

— Si cet Etat était sérieux dans ses intentions de démocratiser le pays, il aurait commencé par ouvrir la voie à des élections libres au sein des unions estudiantines, des syndicats professionnels et des clubs. Nous ne sommes pas obligés de commencer par le Parlement ou le chef de l’Etat. La démocratie est un exercice qui s’apprend. En Turquie par exemple, il a fallu au Parti islamiste de la justice et du développement une trentaine d’années pour arriver au pouvoir. Cependant, je ne suis pas pour le modèle laïque de la Turquie.

— Pourquoi, dans cet état des choses, les intellectuels ne réagissent-ils pas ?

— Ils font partie de la société. Il y a une mort culturelle parce qu’il y a une mort politique. Tout s’est momifié. Quand vous lisez les journaux, ce sont les nouvelles des clubs Lion’s et Rotary qui priment, c’est une déviation de la vie culturelle. La vie politique corrompue a à son tour corrompu la culture.

Même l’opposition agit comme le gouvernement et a rejeté, lors du dialogue national, les Frères musulmans qui sont une force politique incontournable. La marge de manœuvre est très limitée. Les intellectuels n’accèdent pas aux canaux d’expression. Que voulez-vous que les intellectuels fassent ? Tout ce qu’ils peuvent faire, c’est de continuer leur lutte pour la démocratie avec les moyens du bord.

— Allons-nous vers une confrontation politique ?

— Il n’y a pas de statistiques ni de sondages d’opinion, ni d’élections libres pour pouvoir dire ce qui va en être. Il y a un blocage politique qui couve une explosion, mais je ne peux pas dire quelle forme elle prendra. Une simple rumeur pourrait facilement mettre le feu aux poudres. Les gens désespèrent d’un changement pacifique. Nous ne savons pas en l’état actuel ce que les gens veulent vraiment. Je ne peux pas dire que le peuple égyptien est amorphe, mais jusqu’à présent les conditions politiques n’ont pas été favorables à l’éclosion de ses capacités.

— Croyez-vous que les Américains vont faire davantage pression pour plus de réformes ?

— Croyez-vous que les Américains se soucient vraiment de notre sort et de nos aspirations ? L’année prochaine sera obscure. C’est durant cette année que les dossiers seront ficelés, à commencer par la question palestinienne, l’Iraq et les pressions sur les pays arabes pour coopérer avec Israël.

Nous évoluons sur une scène américaine, et conformément à un agenda américain. Les gouvernements sont faibles et personne n’ose dire non aux Etats-Unis.

— Face à cet état de faiblesse, la société civile ne peut-elle pas agir ?

— Où était cette société civile quand l’affaire de Wafaa Constantine a éclaté, ouvrant de nouveau le dossier copte ? Nous n’avons vu dans cette affaire que l’Eglise et le ministère de l’Intérieur. Les ONG sont liées à l’étranger par le financement, d’où leur faiblesse et leur manque de crédibilité, sans compter leur caractère élitiste .

Propos recueillis par
Najet Belhatem
Samar Al-Gamal

 

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