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Khaled Al-Guindi fait partie de la nouvelle génération des cheikhs surnommés les « stars de la prédication ». Présentateur d’une émission sur la chaîne Orbit, il est aussi l’invité de plusieurs autres chaînes satellites. Attaqué par les uns, adulé par les autres, il se mêle aux polémiques.

Une star du sacré

C’est une star. Une vraie. Toujours très élégant. Son agenda est continuellement surchargé. Son téléphone portable est occupé ou éteint. Toutefois, il n’est ni artiste ni comédien. Entre l’Université Misr pour les sciences et la technologie à la cité du 6 Octobre, où il enseigne, et son domicile dans le quartier chic de Mohandessine, il nous a fallu un parcours de combattant pour retrouver Fadilet al-cheikh, ou Mawlana (Monseigneur ou vénérable cheikh, comme l’appelle son épouse). Lui par contre, il préfère être appelé cheikh Khaled Al-Guindi tout court. Ce titre précède toujours son nom, écrit en bleu de manière artistique sur une plaque de mosaïque devant la porte de son appartement. Plutôt le portail de son appartement. Un goût de luxe emplit les lieux : la porte en bois est garnie d’ornements cuivrés. En face, un grand canapé classique paraît tout confort. La porte s’ouvre sur un vaste salon luxueux. Une atmosphère chaleureuse. Des lustres en bronze, un miroir doré, des bibelots argentés, une bibliothèque bien garnie, des peintures de paysagistes. Un écran plasma, très à la mode, avec des audiophones, s’impose. C’est un « Home Theatre ». Puis, il y a le piano, et un éclairage tamisé à travers des spots par-ci et par-là. Nous nous trouvons alors au seuil de deux mondes : classique et moderne. Chic mais aussi pratique. L’endroit est un peu à l’image du jeune cheikh.

En djellaba, chapelet en main, il nous reçoit à la mosquée qu’il a annexée à son appartement du 17e et dernier étage. Des tapis rouges couvrent le sol et des étoiles couvrent le plafond. Celles-ci illuminent l’emplacement de la qibla (direction de La Mecque, destinée à la prière). L’endroit est tranquille et empli d’aisance. Les traces de fatigue marquent le visage du cheikh. « Ma journée durant le Ramadan commence une heure avant l’aube. Nous (ma femme et moi) prions toute la nuit jusqu’à la prière de l’aube. C’est ce qu’on appelle qiam al-leil. Ensuite, nous nous dirigeons vers l’une des mosquées à proximité de la maison pour y prier à l’aube, après nous rentrons. Je commence alors à préparer les cours de l’université et à lire les journaux », raconte le cheikh qui semble plus dynamique en racontant son parcours quotidien. « Je quitte la maison vers 9h et je ne rentre que deux heures ou une heure et demie avant l’iftar (rupture du jeûne). Je prends un bain et passe quelque temps à prier et à lire le Coran, puis je dors un peu ». A l’instar du prophète, il commence son iftar par une ou deux dattes trempées dans du lait. Il fait la prière du maghreb (au coucher du soleil) avec sa femme et ses deux filles.

L’intimité est un sentiment important qui réunit les membres de cette famille. Un rapport très amical lie le père à ses deux filles : Hoda, en 3e préparatoire, et Habiba, en 5e primaire. « Elles m’accompagnent parfois lors de mes séjours à l’étranger, nous aimons beaucoup la Suisse. C’est un pays islamique au vrai sens du terme où il y a la beauté, la tranquillité et la liberté des cultes. Nous allons au cinéma des fois, et nous nous regroupons pour écouter de la musique. Elles jouent bien au piano ». Le cheikh, lui aussi, sait lire les notes musicales et se plaît à jouer les morceaux d’Omar Khaïrat, ajoutés à ses propres compositions. Un cheikh mélomane ? Amateur de musique ? « Tout à fait. Je trouve que les musulmans doivent avoir ce goût de l’art. L’art islamique occupe une place importante parmi les arts des autres civilisations. Imaginons que l’architecture islamique avec toute sa beauté n’existait pas ». Le cheikh poursuit également sur un ton enthousiaste : « On n’aurait pas eu autant de mosquées et de palais qui constituent des chefs-d’œuvre de l’Histoire ». Il ne manque pas d’ajouter qu’il a lui-même décoré toute sa maison, très fier de son goût fin qui n’a rien à voir avec celui des autres cheikhs qui nient entièrement le rôle de l’art. D’ailleurs, il ne croit pas que les cheikhs sont contre l’art en soi mais plutôt contre la défiguration, ou l’hérésie au nom de l’art. L’art pour lui est un message sublime qui adoucit les sentiments. « De quel art pouvons-nous parler lorsqu’un artiste organise une exposition de photos de cadavres ? Ou lorsqu’un film contient des scènes sexuelles ? Ou lorsqu’un écrivain injurie l’un des compagnons du prophète ? L’art doit-il reposer sur la grossièreté ? », lance-t-il. L’écrivain à qui il fait allusion n’est en effet que l’auteur et scénariste Ossama Anouar Okacha lequel a donné son opinion sur le commandant Amr Ibn Al-As lors d’un programme télévisé sur une chaîne satellite. Cette opinion a soulevé de multiples controverses. L’écrivain s’est défendu en disant qu’il avait le droit de critiquer Ibn Al-As qui n’est ni un prophète, ni parmi les dix compagnons à qui Dieu a promis le paradis. « Autrefois, je considérais Ossama Anouar Okacha comme une valeur intellectuelle, mais j’ai été choqué par ses paroles. Il a le droit de critiquer Amr Ibn Al-As sans l’injurier, car c’est un symbole de l’islam. D’ailleurs, sans ce leader militaire qui a conquis l’Egypte, on n’allait pas devenir musulman. Si l’écrivain lance des injures pareilles contre un haut responsable du pays, il sera sans doute diffamé et emprisonné. Le temps est favorable, ces jours-ci, à toutes les vipères qui cherchent à injurier l’islam ». Enervé, le cheikh garde un peu le silence ...

« Il n’y a pas de monopole en religion », mais selon lui, les choses doivent être soumises à des conditions. « On ne peut pas se fier en matière de religion à une personne sans aucune connaissance de la grammaire arabe et qui ne connaît pas la différence entre Abou-Horeira (le rapporteur de hadith) et Abou-Chaqra (propriétaire d’un restaurant de chiche-kebab). Il y a une certaine anarchie qui règne ». Par ailleurs, il ne faut pas confondre le fait d’être mufti (autorité qui émet des avis religieux) et celui d’être prédicateur. Etre mufti est un grade supérieur à la prédication. Le mufti sait faire le lien entre la vie quotidienne et les jugements religieux. Donc tout mufti est prédicateur, mais la réciproque n’est pas vraie.

Au moment où le titre de prédicateur est associé à plusieurs personnalités religieuses, Khaled Al-Guindi déclare sur un ton sûr : « Je suis un mufti ». Et s’explique ainsi : « Je suis azhari (diplômé de la plus haute autorité sunnite, Al-Azhar). Des années passées à la faculté des principes religieux afin d’apprendre tout ce qui concerne la religion me permettent quand même de donner des avis religieux. Un diplômé en médecine doit travailler comme docteur et non comme policier ».

Professeur universitaire, Khaled Al-Guindi trouve qu’il y a une évolution au niveau des sciences religieuses et une récession au niveau de la discipline. « Nous nous sommes préoccupés des règles des ablutions et nous avons oublié la morale. Nous avons gardé le prophète Mohamad pour nous-mêmes les Arabes et nous avons oublié de le faire connaître au reste du monde. Pourtant, Dieu a dit dans le Coran que le prophète a été envoyé pour la miséricorde du monde et pas seulement pour la miséricorde des Arabes. Le prophète a été envoyé pour nous enseigner non seulement l’ablution et la prière, mais aussi les valeurs morales (makarem al-akhlaq) ». Cette vocation a fait du cheikh une star. D’abord, il utilise un langage simple, un arabe standard 1loin des expressions anciennes et des figures stylistiques sophistiquées. « Le prédicateur doit adopter le langage du peuple. Il faut qu’il ait l’esprit de l’agent de marketing qui sait comment répandre ses produits, à savoir les concepts religieux ». Il se veut avant tout modéré. « L’islam est en soi une religion modérée. La religion est une vertu qui, si elle s’amplifie, deviendra excès et si elle se réduit, deviendra laxisme ». Guindi s’est prononcé par exemple contre l’opinion du cheikh Safouat Hégazi pour qui les couples ne peuvent pas vivre ensembleaprès katb al-kitab (signature du contrat de mariage) et avant la fête des noces sans la permission de leurs parents. Il a également émis une fatwa permettant aux femmes de nager en maillot de bain dans des plages exclusivement réservées aux femmes. Alors que d’autres autorités religieuses plus strictes considèrent le corps féminin comme une aoura, objet de séduction prohibé en soi-même. Et par conséquent, ceux-ci interdisent même l’apparition des femmes en tenue légère devant d’autres femmes.

Les chaînes satellites constituent aussi une raison primordiale de la célébrité du cheikh Al-Guindi. « Elles ont fait connaître toute une génération de prédicateurs, devenus des stars. Il y a aussi le fait que l’on est différent des prédicateurs traditionnels. Car les chaînes satellites invitent aussi sur leurs podiums des cheikhs traditionnels qui n’attirent pas le public autant et ne deviennent donc pas des vedettes ».

D’aucuns l’attaquent disant qu’il est revenu sur quelques unes de ses opinions. « Renoncer vaut mieux que tenir à une opinion fausse qui peut mener à des déviations ». Or c’est là un comportement qui peut facilement affecter la crédibilité du cheikh ! « Je m’adresse aux gens équilibrés et raisonnables, qui voient en l’acte de réviser systématiquement ses opinions une marque de courage », affirme le cheikh.

Mais qui est l’auditoire de Khaled Al-Guindi ? Cette question se pose forcément. Elle est dictée par son allure élégante et son look moderne, en costume et cravate. Des bruits courent affirmant d’ailleurs qu’il est l’un des prédicateurs les plus riches ! Il ne cherche qu’à faire fortune via la religion, avancent les uns. « Mais y a-t-il une prédication pour les riches et une autre pour les pauvres ? Y a-t-il un prédicateur qui fixe un tarif à chaque prière ou un prix à chaque supplice ? Si une maison d’édition publie le Coran de manière raffinée doit-on l’accuser de mercantilisme ? », s’interroge Al-Guindi, étonné de voir un imam recevoir un salaire de l’Etat pour faire la prière du crépuscule. « Fait-il lui aussi du commerce à travers la religion ? Le prédicateur doit vivre dans l’aisance, ses habits doivent être propres et odorants. L’apparence est une langue reconnue universellement. Qui a dit que le mufti ou le prédicateur doivent porter des haillons ? ». Et d’ajouter : « L’imam Abou-Hanifa avait raconté qu’il n’hésitait pas à acheter tout ce dont il avait besoin pour ne pas émettre des avis religieux en cas de nécessité ou sur commande. Les oulémas qui vivent aisément sont les plus courageux parce que personne ne peut influencer leurs jugements ». Le cheikh nous avoue que la fortune qu’il a récoltée lui provient de l’étranger. « C’est de l’estime de la part des autres ». Le salaire du cheikh versé par le ministère des Waqfs (Biens religieux) est 157 L.E. « Cette somme est insuffisante pour un prédicateur qui est censé être cultivé. Les livres authentiques de la religion coûtent des centaines de livres. Je suis censé lire dans d’autres domaines aussi. Je suis censé connaître Shakespeare, Bernard Shaw et autres ».

Ainsi, le cheikh est pour la privatisation de la prédication. Cette idée lui attire beaucoup de colère. La privatisation dont il parle consiste à établir une administration à part auprès de chaque mosquée. « Celle-ci doit permettre à l’imam de donner des cours payants et de fonder moyennant ses revenus un syndicat pour les imams qui n’ont pas un Ordre jusqu’à nos jours, alors que les danseuses en ont un » .

Lamiaa Al-Sadaty

Jalons

4 décembre 1961 : Naissance à Sayeda Zeinab.

1984 : Licence de la faculté Ossoul al-dine (principes de la religion). Imam, prédicateur et enseignant au ministère des Waqfs.

Depuis 1996 : Membre de la Commission de la défense de l’islam.

Depuis 1999 : Présentateur de Rokn al-fatwa dans l’émission Le Caire aujourd’hui sur la chaîne satellite Orbit.

12 octobre 2001 : Magistère en sciences de hadith. 4 décembre

 

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