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Tolérance . Les cours de religion dans les écoles, qu’ils soient à l’intention des musulmans ou des chrétiens, n’abordent pas le sujet du rapport à l’autre. Les livres scolaires ignorent aussi cet aspect. Et l’apprentissage du respect de l’autre se fait toujours sur le tas et selon la mentalité de chaque famille. Enquête.

L’autre que je ne connais pas

Pourquoi suis-je musulman alors que mon collègue George est copte ? Pourquoi ne puis-je pas faire ma prière à la mosquée comme Omar ? Le père Noël, est-ce que cela nous concerne ou est-ce uniquement pour Bichoy ? Puis-je jeûner et acheter une lanterne comme Ahmad et Ali, mes camarades de classe ? Est-ce que le Dieu des chrétiens est le même que le nôtre ? Alors pourquoi Albert ne suit-il pas les cours de religion avec moi ?

Des questions que plusieurs enfants assoiffés de connaître et de découvrir leur prochain se posent. Qu’ils soient camarades de classe ou tout simplement voisins, dès qu’ils se trouvent dans la rue, à l’école ou au club, chaque enfant tente de se faire une image de l’autre. Est-il méchant ou bon, et c’est selon ces préjugés que le bambin détermine son attitude envers l’autre.

En fait, les études pédagogiques assurent que dès le plus jeune âge, la famille et l’école ont la plus grande influence sur l’enfant. Le but est d’inculquer les bases de la religion et d’aider à admettre la différence d’avec son prochain. Pourtant, ce dernier volet ne figure pas dans les livres de religion musulmans ou chrétiens. « Les professeurs considèrent de tels sujets tabous. Ils ne veulent pas les aborder pour éviter les problèmes. Ils préfèrent communiquer aux élèves les fondements religieux de chaque croyance, quant à l’autre et la manière avec laquelle on doit l’accepter cela ne les préoccupe nullement. Tant que tout le monde vit ensemble dans la plus grande quiétude, pourquoi ouvrir la porte de l’enfer à une question aussi sensible ? La plupart des professeurs préfèrent rester neutres. Les écoles ne sont pas des lieux des polémique », résume un professeur de religion qui a requis l’anonymat. Et c’est l’attitude de beaucoup d’autres. Selon Mohamad Gamal, expert en développement des programmes scolaires au ministère de l’Education, il existe des critères nationaux qui régissent le processus éducatif en Egypte parmi lesquels la tolérance envers l’autre. « Les programmes de religions chrétienne et musulmane sont riches en versets qui incitent à la tolérance. Le problème, c’est que beaucoup de professeurs ne sont pas assez pédagogues. Ils ne parviennent pas à transmettre ce message de la tolérance puisqu’eux-mêmes ne se rendent pas compte de son impact dans la vie pratique. Alors, pour enraciner cette culture dans l’esprit des 950 000 enseignants, il faut beaucoup de temps », assure Gamal.

Le Dr Milad Hanna, intellectuel copte qui a écrit un livre, Accepter l’autre, publié il y a 7 ans et traduit en plusieurs langues, résume sa théorie : toute personne qui vient au monde ne choisit ni son sexe, ni sa nationalité, ni son nom ni sa religion, etc. et que de ce fait on doit accepter son prochain. L’ex-ministre de l’Enseignement avait eu pour projet de simplifier ce livre pour l’enseigner aux étudiants durant les cours de religion, d’éthique et de valeurs afin de combler ce vide par rapport à notre attitude envers l’autre. Une culture absente à l’école et qui incite l’enfant à chercher une réponse à ses questions ailleurs, en famille.


Enfermé dans mon univers

Hussein, musulman, et Boutros, copte, tous deux pères de famille ont résolu le problème du rapport à la religion d’une manière similaire. Boutros a inscrit ses enfants dans une école catholique religieuse alors que Hussein les a mis dans une école islamique. Le dimanche est un rendez-vous sacré à l’église pour les enfants du premier. Le vendredi, c’est à la mosquée que les enfants du second se rendent pour prier ou se faire des amis. Les sorties et les excursions des Boutros sont autorisées uniquement avec la communauté de l’église. La semaine des Hussein est partagée entre l’apprentissage du Coran et les activités à la mosquée. « Ainsi, je suis plus tranquille. Mes enfants côtoient des personnes de même confession. Plus tard, au moins, je serai capable de contrôler leurs fréquentations. J’ai l’esprit en paix et je sens que j’ai fait mon devoir », souligne Boutros. Hussein partage son avis. « Il ne faut pas laisser les enfants dans la confusion, surtout à un âge précoce. Il vaut mieux leur enseigner les valeurs de la religion très tôt », avance-t-il.

Selon Fahmi Howeidi, intellectuel de tendance islamique, l’absence d’un grand rêve national a divisé quelque peu la nation. « On ne fait plus cas de l’autre vu qu’il n’existe aucun objectif commun auquel aspire l’ensemble des citoyens ». Milad Hanna partage ce même avis. Il estime que la relation entre musulmans et chrétiens a atteint son apogée de 1919 à 1952, où les deux luttaient côte à côte pour libérer la patrie. L’autre n’était pas différent, mais plutôt le partenaire avec les mêmes droits. Ces tendances nationalistes ont été transmises aux enfants. Il n’était pas étrange de voir des manifestations d’étudiants où des musulmans et des coptes se tenaient par la main. Ceci explique pourquoi la génération qui a vécu les années 1930 et 40 était plus tolérante qu’aujourd’hui. Or, il faut dire que d’autres modèles côtoient celui de Boutros et Hussein. Celui de la famille de Hoda en est un exemple. Hoda Ghali, journaliste de 35 ans, tante de trois enfants dont deux sont musulmans et un copte, assure que leur foyer est un véritable exemple de tolérance.

« J’ai appris à Nader, mon neveu, à ne pas changer de chaîne dès que le muezzin appelle à la prière à la télévision. De plus, lorsque Youssef, son neveu musulman, lui demande pourquoi tout le monde ne prie pas de la même manière, je lui réponds que ce sont deux confessions différentes, mais que cela ne veut pas dire qu’une religion est meilleure que l’autre, il y a un seul Dieu et chacun vit sa foi différemment », explique Hoda. Et d’ajouter : « J’essaie de répondre simplement à leurs questions sans rentrer dans des détails ni dans les sens qui dépassent leur discernement », en assurant que le qorbane (galette de pain sacré dans le rituel chrétien) qu’elle ramène de l’église, elle le partage entre ses neveux pour que tout le monde se sente l’égal de l’autre. « Les plus fanatiques interdisent aux musulmans de goûter à ce qorbane et si j’agis autrement avec mes neveux musulmans, ils risquent de se sentir exclus de mes croyances. Une chose que je n’accepte pas vu que nous vivons tous sous le même toit », poursuit Hoda.

Selon Aboul-Ezz Al-Hariri, député au Parlement et ex-membre du comité de l’éducation, la famille Ghali, malgré sa tolérance, est jugée tout à fait singulière pour la grande majorité des Egyptiens. « Nous sommes une société qui ne sait pas dialoguer et qui considère la différence ou l’opposition comme un péché », dit-il. Une preuve, depuis 25 ans, le Parti national monopolise le pouvoir. « Les enseignants et les parents sont d’une génération qui n’a pas connu le véritable pluralisme », ajoute Al-Hariri.


Un modèle en vogue

Reste alors à citer le troisième modèle de familles. Amani, médecin, 33 ans, et Samar, comptable, 30 ans, acceptent de s’intégrer et de vivre avec l’autre sans perdre leur identité. Pour Amani, les classes de dimanche à l’église sont une chose sacrée. Cependant, cela n’empêche pas son petit Karim de pratiquer son sport favori, le karaté, avec Ali son meilleur ami et dont la mère porte le higab. Quant à Samar, elle a inscrit sa fille chez les sœurs à l’école de la Mère de Dieu, mais n’oublie pas de l’emmener chez un cheikh tous les vendredis pour qu’elle puisse apprendre le Coran. « Je refuse que mon fils grandisse dans un cercle fermé entouré de personnes de la même confession. Notre société comporte des chrétiens et des musulmans, je ne veux pas qu’il soit choqué un jour et considère l’autre comme une créature qui vient d’une autre planète. Mon fils est appelé à rencontrer des gens différents du point de vue culturel, social ou religieux. Je veux que mon enfant ait un esprit ouvert. La différence ne doit pas choquer », explique Amani. Samar partage son avis et voit qu’il ne faut pas être violent avec un enfant lorsqu’il pose des questions ou éprouve un penchant à l’égard d’un rituel chrétien. Elle confie que sa fille est fascinée par le père Noël et à chaque fois qu’elle désire une chose, elle le lui demande. « Avec beaucoup de tact et de fermeté, j’ai fait comprendre à ma fille qu’on pouvait partager les fêtes avec nos compatriotes chrétiens, mais lorsqu’on désire une chose, on sollicite Dieu », dit Samar. Elle assure qu’on peut vivre ensemble et partager la vie quotidienne sans aborder les questions religieuses sensibles.

Un modèle qui semble être le plus courant dans notre société. Selon Fahmi Howeidi, la géographie de la vallée du Nil a obligé l’Egyptien à admettre son prochain et à vivre avec lui malgré la différence. « Si on habitait le désert, la situation aurait été différente et on n’aurait pas l’occasion de partager la même vie ».

Peu importe. Les enfants ont leurs propres perceptions des choses. Ils ont parfois leur propre manière d’approcher l’autre. Nourane, élève de 5 ans dans une école de religieuses, malgré les leçons de Coran que sa famille essaie de lui dispenser, n’a pas hésité à suivre le rang de ses camarades chrétiens pour aller à l’église jeter un coup d’œil sur les rituels de cet autre qui semble vivre dans un autre univers. Quant à Nader, 13 ans, il a voulu par curiosité essayer de jeûner jusqu’au coucher du soleil, pour ressentir ce que ses camarades ressentent et tentent d’expliquer .

Dina Darwich

Adresses utiles pour âmes charitables

1. L’Association Al-Salam pour la protection des orphelins. Elle prend en charge une trentaine d’orphelins et aide 139 autres résidant avec leurs mères. Cette association assume les frais de scolarité, procure les cartables et les fournitures scolaires et même certaines denrées alimentaires durant les fêtes, sans oublier qu’elle verse des dons mensuels aux veuves.

N° de compte : 10847 Ahli/L’université 111180 Banque Alexandrie, Al-Dékheila 2526, Banque du Caire, Agami.

2. L’Association des intellectuels de Maadi pour le développement culturel. Elle prend en charge 30 familles et 120 orphelins, et aide les étudiants les plus démunis.

N° de compte : la protection des orphelins : 4/ 19946, Banque Misr, branche des transactions islamiques à Maadi.

N° de compte : 1/15427, Banque Misr, Maadi.

3. L’Association pour la protection des cancéreux à Ménoufiya. Elle verse des dons mensuels aux malades et handicapés.

N° de compte : 563770, Banque nationale pour le développement, branche des transactions islamiques à Chébine Al-Kom.

Chahinaz Gheith
 

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