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Réserve naturelle . Le Fjord égyptien, dans le Sinaï, constitue un écosystème unique. Il est aujourd’hui menacé par des visiteurs peu respectueux des normes écologiques.

La lagune bleue en danger

A 5 km au sud de Taba, dans le gouvernorat du Sud-Sinaï, sur une superficie d’environ un km carré, s’étale une magnifique lagune. Là, la mer couleur d’azur semble insérée dans un écrin au creux de la montagne. C’est le « Fjord » égyptien comme l’appellent les géologues. Ce terme, qui désigne les anciennes vallées glaciaires des côtes scandinaves et écossaises, a été donné à ce site. Pour les experts égyptiens, ce « fjord » est un phénomène géologique unique en Egypte. Ahmad Helmi Nawwar, professeur de géologie maritime et membre de l’Association des amateurs des réserves naturelles, explique que des phénomènes tectoniques ont donné naissance à de profonds sillons sinueux dans les fonds de la mer Rouge. L’eau, ainsi prisonnière, a un taux de salinité plus élevé que celui de la mer au large. Ce qui a permis à des créatures qui supportent une telle salinité d’y vivre. Quant à la côte, sa nature varie d’un endroit à l’autre. Dans un point, elle est rocheuse. « Elle est au pied de montagnes composées de roches métamorphiques. Dans l’autre emplacement elle est sablonneuse, puisqu’elle est loin des montagnes », explique Radwane Aboul-Nasr, professeur de géologie à la faculté de pédagogie de l’Université d’Aïn-Chams. Toute cette diversité, montagnes et eau, sable et pierres, a servi à établir un écosystème très rare en Egypte où règne une riche variété biologique. Une telle singularité qui caractérise la région d’Abou-Galoum a encouragé les responsables à la déclarer réserve naturelle en 1989.

En effet, les experts considèrent le « fjord » comme un vrai musée biologique et géologique. Dans cet endroit, l’eau abrite plusieurs races de coraux, d’oursins, d’huîtres, de mousses outre de nombreuses espèces de poissons. Quant aux côtes, elles hébergent les crabes et les crevettes. De plus, elles préservent les fossiles des créatures maritimes. La surface de l’eau acquiert plusieurs couleurs dont le jaune, le rose, le bleu ciel et le blanc. Ce sont en fait des « espèces de coraux dont la couleur et la forme varient selon la profondeur et l’agitation de l’eau », signale Aboul-Nasr. Selon lui, ces espèces de coraux ne vivent que dans l’eau claire et pure dont le taux de salinité atteint les 33 % par litre et dont la température va de 18 à 25 degrés. Le fond de la mer dans ces lieux est généralement rocheux.


Les menaces

Malgré les écosystèmes riches et rares du « fjord », celui-ci risque d’être endommagé. Des sacs, des bouteilles et des verres en plastique sont dispersés un peu partout sur le site. Au fil des jours, ces ordures se transformeront en déchets dangereux susceptibles d’empoisonner la côte du fjord, comme l’affirme Nawwar. Par conséquent, toutes les espèces vivantes sur la côte vont mourir. De plus, « les œufs des serpents d’eau, des crabes et des crevettes seront intoxiqués », ajoute Aboul-Nasr.

De telles conditions mèneront sans doute à la disparition de ces espèces et d’autres créatures dont la vie dépend d’un certain écosystème.

Ces problèmes sont dus aux comportements des visiteurs et de la police maritime présente sur le site. « Quelques visiteurs, qui ignorent l’importance du Fjord, entrent avec leurs véhicules jusqu’à la plage, écrasant ainsi non seulement les fossiles, mais aussi les pierres métamorphiques tombant des montagnes », raconte Nawwar. Ces visiteurs détruisent le petit récif corallien composé de l’espèce solitaire en se déplaçant dessus sans trop se soucier. « Il ne faut plus traiter le site du fjord comme si c’était une plage ordinaire », affirme Aboul-Nasr. Le fjord garantit des plongées calmes pour consulter les richesses du site. De leur côté, les agents de la police maritime, non sensibilisés, se servent d’un générateur électrique fonctionnant au gasoil, ce qui constitue une source de pollution. « C’est là une catastrophe en soi », déclare un expert qui a requis l’anonymat. Il ajoute que le bruit issu de ce générateur pousse les différentes créatures à s’enfuir du site et pollue l’air de la région.


Les responsables des réserves se défendent

Malgré toutes ces menaces, les responsables des réserves naturelles gardent toujours leur sang-froid. Pour Omar Hassan, les navires qui se rendent à Taba passent près de l’entrée du Fjord. Les voyageurs se débarrassent de leurs ordures dans la mer. « A leur tour, les vagues transmettent tout ce qui est en plastique vers le rivage », explique M. Hassan. C’est un problème que nous rencontrons dans toutes les réserves maritimes, poursuit-il.

Le plus grave pour lui, c’est l’eau au large où règne la race coloniale des coraux, qui a la forme de branches d’arbres, les huîtres et l’holothurie. « Dans cet endroit, les plongeurs sont les bienvenus à condition qu’ils respectent les normes des réserves », signale Hassan.

Mais comment peut-on demander aux visiteurs de respecter les règles si aucun indice ne montre que ce site fait partie d’une réserve ? Il n’y a aucune présence de ranger dans la région malgré son importance. Juste un panneau avec le nom du site et un petit logo du secteur de la protection de la nature.

En fait, selon Hassan, son service est en train de mettre un plan pour améliorer l’état du lieu afin de le mettre sur la carte de visite des réserves naturelles. « On est en train de négocier avec des hommes d’affaires pour les convaincre de financer le développement propre du site », assure M. Hassan.

Doaa Elhami
 

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