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Présidentielles américaines . Les questions internationales sont pour la première fois depuis 25 ans l’enjeu du scrutin du 2 novembre. La position des candidats sur l’Iraq, l’Afghanistan et le terrorisme pourrait être décisive dans le choix du locataire de la Maison Blanche.
Duel de politique étrangère

Saint-Paul, Minnesota,
De notre correspondant
Une évidente expression de bonheur se lisait sur le visage de Carol Byrne, directrice du Minnesota International Center de l’université du Minnesota. Byrne, qui s’occupe de la section des relations internationales, affirme : « Nous avons de la chance avec les élections de cette année. Les deux candidats nous considèrent comme un Etat hésitant. Nous avons beaucoup d’électeurs hésitants ». Cette mention d’hésitation à l’heure d’élections aussi chaudes que celles-ci est lourde de conséquences pour les Etats concernés. Première conséquence : des visites répétées des deux candidats. Le président sortant George W. Bush et son rival démocrate John Kerry ont visité les Etats de Floride, de l’Ohio et de Pennsylvanie plus de 20 fois cette année, après que les experts des campagnes des deux candidats eurent estimé qu’ils faisaient partie d’une dizaine d’Etats-clés ou ce qu’on surnomme les « Swing States ». Ces visites s’accompagnent d’une couverture médiatique sans précédent. Des dizaines de télévisions, de journalistes et correspondants ne font que suivre les candidats. Mais plus important encore, comme le dit Byrne, sont ces « engagements électoraux » d’assurer le financement de projets importants dans ces Etats comme la construction de routes ou d’usines ou encore l’éradication du chômage. Ceci est le cas quand il s’agit d’un Etat « indécis », mais lorsqu’il est question d’un autre Etat traditionnellement acquis pour l’un ou l’autre parti, démocrate ou républicain, cet Etat se voit privé de toutes sortes de privilèges et refoulé au fond de la campagne loin des projecteurs. Ainsi, si l’un ou l’autre candidat remporte ces trois Etats, Floride, Ohio et Pennsylvanie, qui représentent 68 voix des grands électeurs, il remportera le siège de la Maison Blanche. C’est pourquoi dans ces Etats les télévisions ne cessent de diffuser la propagande pour Bush ou Kerry, que celle-ci soit financée par leurs partis ou par les groupes ou organisations non gouvernementales qui ont vu une expansion sans précédent de leurs activités.


L’Iraq pour rameuter les électeurs

Ces organisations insistent dans leur campagne sur un seul et unique sujet pour convaincre les électeurs hésitants : l’Iraq. Ainsi, des publicités contre la guerre montrent des invalides américains touchés en Iraq ou une mère en sanglots critiquant Bush pour avoir entraîné son fils dans une guerre injustifiée. Il s’agit certes des publicités financées par les Démocrates. Les Républicains, eux, optent pour une autre technique qui met l’accent sur ce qu’ils appellent « les valeurs américaines », en d’autres termes la « liberté et la démocratie en Iraq et en Afghanistan ».

La politique étrangère américaine est ainsi passée au centre de la campagne électorale, peut-être pour la première fois depuis la guerre du Vietnam. Le premier débat télévisé n’a-t-il pas uniquement porté sur la guerre en Iraq ? Et cette dernière a continué à influencer les deux autres, même s’ils étaient au départ consacrés aux questions économiques et sociales. Pendant toute la campagne, les Républicains ont mis en avant cet aspect pour souligner le danger qu’il y aurait pour la sécurité des Etats-Unis à élire John Kerry. Ainsi, le Républicain George Bush s’est déclaré être le candidat le plus apte à défendre les Etats-Unis contre de nouveaux attentats en attaquant son adversaire démocrate Kerry pour son attitude face à la guerre en Iraq. Lors d’un discours devant la convention de son parti à New York, Bush s’en est pris à Kerry, notamment pour son refus de voter des crédits militaires de 87 milliards de dollars. Bush Junior n’a pas manqué de justifier sa décision d’entrer en guerre en mars 2003 et rappelé que Kerry l’avait soutenue. « Nous avons considéré Saddam Hussein comme une menace. Les membres des deux partis politiques, y compris mon opposant et son colistier l’ont aussi considéré comme une menace, et ont voté pour autoriser l’usage de la force », a-t-il dit.

Le sénateur du Massachusetts a lui aussi usé de cette question de politique étrangère pour faire campagne. Kerry a ainsi accusé le président sortant d’avoir laissé Ossama bin Laden s’échapper des montagnes de Tora Bora, en Afghanistan, et « sortir par la porte de derrière » et d’exploiter la peur pour dissuader les électeurs de voter pour lui. « Le président sillonne le pays en essayant de faire peur aux gens. Il ne parle que d’une chose, le terrorisme, la guerre contre le terrorisme », a déploré Kerry. En effet, les attentats du 11 septembre ont fait de la sécurité internationale des Etats-Unis un enjeu de politique intérieure.

selon un sondage Ipsos-Public Affairs pour l’Associated Press, les questions de sécurité nationale, guerre en Iraq et terrorisme occupent le premier rang des préoccupations des électeurs américains, dans les dernières semaines avant le scrutin. Ces questions sont citées par 55 % des personnes interrogées, comme les problèmes les plus importants du pays, selon ce sondage effectué en octobre. En avril, ce chiffre n’était que de 43 %. Lorsqu’on leur pose une question ouverte, 27 % des personnes interrogées mentionnent la guerre comme problème principal (contre 17 % en avril). Un chiffre qui a triplé depuis l’été 2003, après l’invasion de l’Iraq. Elles sont 18 % en outre à citer le terrorisme. Pour dire qu’au cœur de la bataille entre les deux candidats, seules les questions de la guerre contre l’Iraq et de la lutte contre le terrorisme ont été réellement abordées. Quant à la question fondamentale des relations entre les Etats-Unis et le reste du monde, peu de choses finalement ont été dites, qu’il s’agisse des liens avec la vieille Europe ou encore avec le monde arabe.

Tous les aspects de la guerre contre le terrorisme et celle contre l’Iraq ont été débattus, en dehors du scandale de la prison iraqienne d’Abou-Gharib ou de la détention sans inculpation de prisonniers sur la base de Guantanamo. Le sujet n’a pas été évoqué lors des trois débats télévisés. Les candidats évitent de parler de ce genre de sujets, d’autant plus que les Américains votent pour la plupart sur la base de leurs intérêts. Le sort des détenus de Guantanamo suscite une relative indifférence des Américains, mis à part des associations de défense des droits de l’homme.


Le dossier absent

Mais qu’en est-il du dossier palestinien ? Il a été complètement absent de la campagne électorale des deux candidats. Alors que la Feuille de route, le plan de paix soutenu par Washington, semble ne mener nulle part, MM. Bush et Kerry se sont jusqu’à présent essentiellement contentés de platitudes sur ce dossier. Les Palestiniens n’ont pas eu le moindre encouragement de Bush ou de Kerry, qui en revanche n’ont pas tari d’éloges sur le premier ministre israélien Ariel Sharon. Bush n’a pas lésiné sur son droit de veto au Conseil de sécurité de l’Onu pour épargner à Israël des résolutions hostiles. Il s’est érigé en défenseur du caractère juif de l’Etat d’Israël en affirmant que les réfugiés palestiniens ne pourraient y revenir. Il a aussi indiqué que le règlement permanent du conflit avec les Palestiniens devra tenir compte des « réalités démographiques » dans les territoires occupés.

Le président américain a ainsi légitimé le maintien des blocs d’implantations, dont il a implicitement reconnu le droit à « la croissance naturelle », alors que la colonisation était jusqu’alors présentée comme un « obstacle à la paix » par les précédentes administrations, surtout celle de son père.

John Kerry s’est aligné sur ces positions, stigmatisant le président Arafat et assurant vouloir combattre « les terroristes du Hamas, du Hezbollah, des Brigades d’Al-Aqsa ou autres ». Il a écarté tout règlement imposé à Israël et n’a pas dénoncé la ligne de séparation que ce dernier érige en Cisjordanie. Le candidat démocrate, même s’il reste inconnu pour les Israéliens, a deascendants paternels juifs et son frère, Cameron, s’est converti au judaïsme, fait-on valoir.

Cela dit, Kerry pourrait ne pas être bénéficiaire sur ce point, puisqu’Israël a déjà fait son choix en faveur de Bush, ce qui ne manquera pas de se répercuter sur le choix de l’électorat juif. Pas moins de 55 % des Israéliens donnent leurs suffrages au président sortant, contre 45 % à son challenger, selon un sondage de l’Université Bar-Ilan de Tel-Aviv récemment publié en Israël.

Paradoxalement, il y a quatre ans, George W. Bush avait pourtant suscité la méfiance en Israël, à cause de ses relations privilégiées avec le lobby pétrolier et parce que son père était perçu comme pro-arabe. Il avait obtenu 20 % des voix des électeurs juifs aux Etats-Unis, contre 80 % à son rival Al Gore. Mais depuis, la roue a tourné et Bush espère aujourd’hui recueillir 35 % de leurs suffrages, score atteint une seule fois par les Républicains avec Ronald Reagan, en 1980. L’éditorialiste d’US Today l’affirme d’ailleurs, tout le monde a compris qu’en approuvant à la lettre la « solution » de Sharon au détriment des Palestiniens, « Bush venait d’acheter les faveurs de cette grosse machine qui fait et défait les locataires de la Maison Blanche : l’opinion électorale des juifs américains et leur puissant lobby ».


Un oubli en forme de bénédiction

Selon certains commentateurs, que les deux candidats n’aient pas trop parlé de la question palestinienne est plutôt un signe positif. C’est même une « bénédiction », estime Ziad Assali, un activiste arabe éminent et directeur d’un think tank (Centre de recherche influent), The American Task Force for Palestine (La force de frappe américaine pour la Palestine). Il relève à cet égard que les deux candidats, en guise de surenchère, n’auraient pu qu’apporter un soutien plus fort à Israël pour gagner les voix juives et éviter, à cette étape importante de la course, de provoquer les influentes organisations juives. Assali dit simplement qu’il vaut mieux, dans ce contexte, que les candidats n’aient pas encore fait plus de promesses à Israël. Il relève cependant une mince promesse de Kerry de relancer le processus de paix palestino-israélien « dans la tradition de l’ex-président Bill Clinton ».

Les 100 millions d’électeurs américains traditionnellement peu préoccupés du monde extérieur se sont trouvés face à une sorte d’invasion de leur champ par des questions de politique étrangère. Et ceci parce que la guerre en Iraq et la menace terroriste ont eu un impact direct sur eux. Même les électeurs musulmans et arabes estiment que les questions intérieures peuvent être d’une importance égale aux questions extérieures. Depuis le 11 septembre, ils ont souffert des lois antiterroristes soutenues par Bush et l’un de ses plus proches assistants, le secrétaire à la justice John Aschkroft. Bien qu’historiquement proches des Républicains, notamment pour leurs attitudes conservatrices concernant les questions d’ordre moral, comme l’avortement et le mariage homosexuelL’Iraq pour rameuter istan et dirigeants de la communauté ont annoncé la semaine dernière qu'ils ont décidé de soutenir cette fois-ci Kerry. « Un changement significatif selon Sobhi Ghandour, activiste et directeur du Arab Dialogue Center ». Bush avait obtenu 80 % des voix musulmanes en 2000 et un changement de leur position pourrait faire la différence dans un certain nombre d'Etat indécis. Cependant, un sondage organisé par le centre Zogby International précise que ce vote pour Kerry n'est pas une caution à sa politique annoncée. Pour eux, il s'agit de sanctionner Bush pour sa politique envers la Palestine, l'Iraq et les violations de leurs droits civiques.

A mesure qu'approche le jour J, les yeux de l'ensemble des électeurs se tournent vers le processus électoral lui-même. C'est-à-dire le bulletin de vote, les ordinateurs, les décomptes manuels ou automatiques. A l'heure actuelle, le doute et la crainte sont les maîtres du jeu. Tous craignent aujourd'hui de voir se répéter la crise des élections de 2000, lorsqu'il a fallu procéder à un décompte manuel en Floride alors qu’Al Gore et Bush avaient obtenu le même nombre de voix des Grands électeurs. Un retour sur soi, mais un œil vigilant regarde l'étranger, mais avec quel prisme ?

Khaled Daoud

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Trois questions à Guillaume Parmentier, directeur du Centre français sur les Etats-Unis.
Al-Ahram Hebdo : Qu’est-ce qui fait la spécificité des élections américaines de 2004 ?

Guillaume Parmentier : Les enjeux sont importants parce qu’on a un candidat qui est convaincu que les Etats-Unis n’agissent que pour le bien du monde et un autre candidat qui a beaucoup plus d’hésitation sur ce point. D’une certaine façon, nous avons deux analyses de la politique étrangère américaine, après la guerre du Vietnam, qui s’affrontent.

— La guerre en Iraq a occupé la plus grande partie des débats des deux candidats, pensez-vous que la politique étrangère est l’enjeu principal de ce scrutin ?

— L’intervention en Iraq a joué un rôle important dans la campagne électorale, mais dire qu’elle en a occupé la plus grande partie, je pense que c’est excessif. Les questions économiques et sociales ont joué un rôle aussi important, sans parler des conséquences du 11 septembre. Au-delà de l’Iraq, la question est de savoir si les Américains veulent mener une politique qui joue toujours juste, c’est-à-dire cette position nationaliste selon laquelle « mon pays a toujours raison », ou bien si les Américains peuvent admettre que leur pays peut se tromper et commettre des erreurs. Je crois que c’est la question.

— Pensez-vous que les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde pourraient changer après le 2 novembre ?

— Je pense que le ton de politique étrangère changerait si le président Bush était battu. Sur le fond, les Etats-Unis continueront à défendre leurs intérêts, mais si l’Administration changeait, ils le feront plutôt avec beaucoup plus d’ouverture. Le ton serait différent et la tension avec le reste du monde serait moins forte.

Propos recueillis par
Samar Al-Gamal
 

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