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Mon ami l 'ambassadeur... un homme de dialogue
Par Mohamed Salmawy
J’ai reçu une lettre de reproche de la part de mon ami Antonio Badini, ambassadeur d’Italie au Caire, pour avoir exprimé mon étonnement dans mon article de la semaine dernière sur le peu d’intérêt accordé par la presse égyptienne à l’allocution du chancelier allemand Gerhard Schröder à la Foire du livre de Francfort. J’avais souligné que Schröder avait rendu justice à la culture arabe et à la civilisation islamique après la déformation dont elle a été la cible au lendemain du 11 septembre. J’avais ajouté que si Schröder avait critiqué la civilisation islamique, comme l’avait fait le premier ministre italien, Silvio Berlusconi, au lendemain du 11 septembre, la presse égyptienne lui aurait consacré de nombreux articles, à l’instar de ce qui s’était produit pour Berlusconi.

Dans sa lettre, l’ambassadeur italien, avec gentillesse, souligne : « Je ne voulais pas en croire mes yeux, à la lecture de votre article Les cinq critères de réussite à Francfort paru dans l’Hebdo du 20-26 octobre.

Les hommes de culture et ceux qui ont des responsabilités dans le très délicat secteur de l’information, comme vous, ne s’arrêtent pas devant le doute (je dirais le faux historique) ? Est-il vraiment nécessaire — pour étayer une juste réflexion, qui est la vôtre — de recourir à une accusation accablante envers le chef du gouvernement d’un pays, l’Italie, qui avec les faits a montré une clairvoyante approche de la coopération avec l’Egypte et la région arabo-musulmane ?

L’estime et l’amitié que je vous porte m’obligent toutefois à m’abstenir d’exprimer ma tristesse.

Avec la patience de l’homme de dialogue, que je considère être, en toute humilité, je réitère encore une fois que jamais le premier ministre Berlusconi n’a attaqué la civilisation islamique et ce, y compris au lendemain du 11 septembre.

Peut-être que dans l’article, vous auriez voulu vous référer au regrettable malentendu survenu quelque temps auparavant, au mois de juin 2001, au moment précisément des accidents du G7 de Gènes. Mais les émeutes éclatées ces jours-là étaient de matrice purement occidentale, et c’est contre toute cette violence aveugle que M. Berlusconi avait adressé ces remarques ».

Je voue une grande estime à l’attitude de l’ami Antonio Badini, ambassadeur d’Italie au Caire, et je respecte son désir d’engager le dialogue. En sa qualité de diplomate respectueux, Badini estime qu’il a le devoir de défendre son gouvernement et de confirmer la nécessité d’améliorer les relations entre son pays et le monde arabo-musulman. C’est une tâche à laquelle il s’est adonné effectivement depuis qu’il est en poste au Caire. Dr Mamdouh Al-Beltagui m’a en effet déclaré, quand il était ministre du Tourisme, qu’Antonio Badini déployait un énorme effort pour accroître les chiffres du tourisme en provenance de son pays, comme s’il était ministre égyptien du Tourisme.

Quant à moi, je ne parle pas en tant que diplomate, mais comme un journaliste qui a pleinement le droit d’afficher son différend avec les gouvernements, y compris son propre gouvernement. Je ne me trouve pas, il est vrai, dans la même situation de défense, mais je suis d’accord avec les centaines de milliers d’Italiens qui ont manifesté leur colère à l’égard de la politique de Berlusconi en Iraq et de son alignement aveugle sur la politique de Bush.

J’ai sans doute dénoncé, dans mon article de la semaine dernière, les déclarations de Berlusconi contre l’islam pour les mêmes raisons que Badini. Comme lui, je tiens aux relations d’amitié historiques qui lient nos deux peuples.

Je ne faisais pas allusion, dans mon article, aux manifestations de Gênes, mais précisément à celles faites en Allemagne le 26 septembre 2001. Je rapporte les propos de Berlusconi cités par Reuters dans sa dépêche du 26 septembre 2001 : « Nous devons être conscients de la supériorité de notre civilisation occidentale qui repose sur des principes qui offrent les conditions de prospérité à nos peuples et qui garantissent le respect des droits de l’homme et de la religion. Un respect que l’on ne trouve certes pas dans les pays islamiques ».

Les déclarations de Berlusconi après sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine à Berlin ont soulevé un tollé dans le monde arabo-musulman. Les critiques ont rempli les pages des journaux. J’ai critiqué le premier ministre dans notre dernier numéro, mais les Italiens l’ont fait, et avec force, bien avant moi. Mon ami Antonio Badini se souvient sans doute du fameux leader de gauche Giovanni Berlinguer qui a accusé Berlusconi d’avoir « fait des déclarations dangereuses attisant le conflit entre les civilisations et recourant à des termes qui ne sont pas dignes d’un homme d’Etat, surtout en ces jours ». Tels étaient les propos rapportés par la presse italienne le matin du 27 septembre 2001. Aflonso Scanio, quant à lui, leader du parti des Verts et ex-ministre de l’Agriculture, a demandé à Berlusconi de revenir sur ses déclarations. Selon lui, Berlusconi ne devait pas alimenter les conflits existants. Par ailleurs, il a qualifié de surprenants et d’absurdes ces propos sur la civilisation occidentale plus raffinée que celle du monde islamique.

La Ligue arabe a qualifié les déclarations de Berlusconi de racistes et Amr Moussa a demandé à Berlusconi de présenter ses excuses aux pays arabo-musulmans ou de revenir sur ses dires. L’Egypte a demandé des éclaircissements officiels sur ces déclarations, en contradiction avec celles du président de la république italien, Carlo Ciampi, lors de sa rencontre avec le président Hosni Moubarak, à Rome.

La crise a atteint son point culminant à une vitesse vertigineuse. Berlusconi fut contraint quelques jours plus tard de faire ses excuses dans une allocution d’une quinzaine de minutes devant le Parlement italien. Il a affirmé que ses dires avait été mal interprétés. Il a émis des regrets parce que ses paroles ont blessé les sentiments de ses frères arabes et musulmans.

Par ailleurs, Ibrahim Nafie a rédigé un article intitulé « Berlusconi ... des excuses inacceptables ». La presse mondiale a écrit de nombreux articles dans le même sens.

J’évoque ces événements à l’heure actuelle, alors que beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, pour souligner une fois de plus combien les propos de Berlusconi ont suscité de controverses et de réactions. Pourtant, ils étaient désobligeants vis-à-vis des Arabes et de l’islam, alors que ceux de Schröder, très respectueux pour notre civilisation, n’ont pas fait de bruit.

Je voudrais d’ailleurs attirer l’attention de mon ami Badini sur le fait que j’ai rappelé les propos de Berlusconi parce que je me rangeais avec force du côté du peuple italien, et non pas de son premier ministre. Ce dernier a encore déclaré lors d’une visite dans une ville du sud de l’Italie, près de Naples, qu’il soutenait Bush pour les prochaines présidentielles, contrairement à ses concitoyens.

Mon cher ami Badini, je redis non à Berlusconi parce que, comme vous, je crois fortement aux relations historiques entre l’Egypte et l’Italie. Je ne défendrai donc pas Berlusconi, mais je serai ravi de vous défendre, bien que vous n’en ayez point besoin. Et peut-être qu’un ambassadeur bien intentionné sait mieux écouter les amis de son pays qui ont prouvé depuis la nuit des temps leur désir de coexister, sans qu’une civilisation ne soit supérieure à l’autre .

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