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Gamal Zahalka : Le gouvernement israélien a déclenché une guerre contre le peuple palestinien

Osman Fekri , Samedi, 04 février 2023

Gamal Zahalka, président du parti du Rassemblement national palestinien dans les territoires de 1948 et ancien membre de la Knesset, revient sur la récente escalade dans les territoires occupés. Entretien.

Gamal Zahalka

De notre correspondant 

Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que la récente escalade dans les territoires occupés et les mesures d’oppression contre les Palestiniens entraînent la chute de l’Autorité palestinienne ?

Gamal Zahalka : L’effondrement de l’Autorité palestinienne est l’un des dossiers prioritaires sur la table des discussions du gouvernement israélien extrémiste présidé par Netanyahu. Et ce, après les récentes évolutions politiques qui ont remis sur le devant de la scène ce dossier épineux que beaucoup craignent d’approcher. Depuis quelques semaines, des voix s’élèvent en Israël appelant ouvertement à mettre un terme au rôle de l’Autorité palestinienne, sécuritaire, politique et économique. Alors que d’autres préfèrent ne pas aborder ce dossier, qui pourrait véhiculer de grands dangers pour Israël.

— Quelles sont les personnalités extrémistes du gouvernement israélien qui appellent à mettre un terme au rôle de l’Autorité palestinienne ?

— Le ministre israélien de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, était l’une des voix ayant appelé à dissoudre l’Autorité palestinienne et à mettre un terme à son rôle. Même Netanyahu, qui a commis les pires crimes contre les Palestiniens, n’est pas en harmonie avec ces voix. Mais, de temps en temps, il fait des déclarations selon lesquelles l’Autorité palestinienne, qui a vu le jour en vertu des accords d’Oslo il y a environ 30 ans, est sur le point de s’effondrer et qu’il faut préparer la phase de l’après-Autorité.

— Tel-Aviv assumerait-il le fardeau financier, politique et économique des Palestiniens si l’Autorité palestinienne venait à s’effondrer ? Quel sera le destin de Mahmoud Abbas et des leaders de l’Autorité palestinienne ? Sommesnous au seuil d’une nouvelle Intifada en Cisjordanie ?

— A plusieurs reprises, nous avons mis en garde à l’intérieur de la Knesset contre les politiques israéliennes qui pourraient mener à l’effondrement de l’Autorité palestinienne. Ce scénario constitue une menace stratégique pour Israël. Les personnes raisonnables au sein de l’Autorité palestinienne savent parfaitement que la survie de cette dernière est dans l’intérêt d’Israël. Il est dans l’intérêt d’Israël de donner plus de liberté aux organes sécuritaires de l’Autorité palestinienne afin qu’ils assument pleinement leur mission. Parce que la dissolution de l’Autorité palestinienne signifie qu’Israël endosse la responsabilité sécuritaire et la gestion des affaires civiles dans les territoires arabes. Malheureusement, les dernières élections israéliennes ont renforcé la conviction des Palestiniens qu’ils ne sont pas reconnus en tant que peuple qui a le droit à l’autodétermination. L’actuel gouvernement en Israël est donc responsable de la détérioration de la situation en Palestine.

— Quelles seraient les conséquences d’un effondrement de l’Autorité palestinienne dans les territoires arabes occupés ?

— Les organismes sécuritaires en Israël savent parfaitement que l’effondrement de l’Autorité palestinienne mènerait à une détérioration dangereuse de la situation sécuritaire. Ce qui voudrait dire qu’Israël sera obligé d’engager un plus grand nombre de soldats dans les territoires palestiniens. Le sort de Mahmoud Abbas serait incertain. Les mesures punitives du gouvernement israélien risquent d’accélérer l’effondrement de l’Autorité palestinienne. Ce scénario semble imminent après les récentes sanctions imposées par le gouvernement israélien à l’Autorité. La dernière en date était la déduction de 139 millions de shekels, l’équivalent de 40 millions de dollars, des recettes provenant des impôts palestiniens. 139 millions de shekels additionnels seront retranchés des salaires versés par l’Autorité aux prisonniers et aux martyrs. Le gouvernement israélien a déclenché une guerre contre le peuple palestinien désarmé et l’Autorité palestinienne.

— Quelle sera la réaction des Etats-Unis vis-à-vis de la situation dans les territoires palestiniens ? La visite du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, au Caire et en Israël peut-elle changer le cours des événements ?

— Il ne fait aucun doute que Le Caire est la partie la plus apte à mobiliser les efforts et le soutien international en vue d’une accalmie et pour mettre fin à la tension entre Israël et le peuple palestinien. Pour sa part, Washington a récemment adressé une mise en garde à Israël contre un éventuel désastre si l’Autorité palestinienne venait à s’effondrer. Les Etats- Unis craignent que l’Autorité palestinienne ne perde le contrôle sur ses régions. Le président Biden et la Maison Blanche penchent pour un retour à la solution des deux Etats.

— Pensez-vous qu’une accalmie soit possible dans les territoires palestiniens ?

— Comme je l’avais précédemment mentionné, le gouvernement israélien actuel est le plus extrémiste de l’histoire d’Israël. Bien que la réaction israélienne ait été en deçà des prévisions à cause de la visite du secrétaire d’Etat américain, Antony Blinken, dans la région et la volonté de Netanhayu de ne pas embarrasser le président Biden, Israël continue à commettre des crimes contre le peuple palestinien désarmé. Des sanctions collectives sont imposées aux prisonniers palestiniens, les maisons des martyrs sont démolies et les jeunes sont expulsés et privés de leur droit de travailler. Malgré tout cela, les chances d’une accalmie sont toujours là. L’Egypte est le pays le plus apte à alléger la souffrance des Palestiniens. C’est ce à quoi nous nous attendons de la part de l’Egypte et du président Abdel-Fattah Al-Sissi.

Quant au gouvernement de Netanyahu, il est le gouvernement le plus extrémiste de l’histoire d’Israël. Ben-Gvir, qui est ministre de la Sécurité nationale, représente l’extrême droite et appelle à expulser les citoyens arabes d’Israël. Smotrich, qui représente les colons extrémistes, est devenu ministre des Finances et dispose de grands pouvoirs sécuritaires. Nous sommes désormais confrontés à une nouvelle phase au cours de laquelle le gouvernement israélien sera plus extrémiste que les précédents. Le gouvernement actuel va mettre fin à tout espoir de parvenir à un règlement pacifique de la cause palestinienne après la rupture des négociations de paix en avril 2014 en raison du refus de Tel- Aviv d’arrêter la colonisation et de libérer les anciens détenus. Tout ceci augure d’une intifada dans tous les territoires occupés.

— Comment voyez-vous le fait que des personnalités aussi extrémistes que Ben- Gvir et Smotrich assument les ministères de la Sécurité et des Finances ?

— Netanyahu est occupé par le dossier de la corruption. Il est prêt à donner aux extrémistes tout ce qu’ils veulent pour qu’ils le soutiennent afin qu’il ne soit pas emprisonné. Ils profitent donc de l’occasion et essayent sans cesse de changer les règles du jeu. Les lois sont modifiées de manière dramatique. Le commandant de la région centrale de l’armée israélienne est le principal responsable en Cisjordanie. Les colonies ne sont pas sous la responsabilité de l’armée israélienne, mais sous la responsabilité d’un ministre extrémiste. Il y a une volonté d’accorder une certaine légitimité aux colonies illégales. Aujourd’hui, les lois israéliennes sont modifiées dans tous les domaines dans l’objectif de donner à la droite libre cours pour faire ce qu’elle veut en Cisjordanie, pour réprimer les Palestiniens et étendre les colonies.

— Qu’est-ce que l’Onu et la communauté internationale doivent faire pour rendre au peuple palestinien son droit à l’autodétermination ?

— L’Onu et la communauté internationale doivent faire pression sur Israël pour qu’il cesse son occupation de la Cisjordanie et arrête de considérer les Palestiniens comme des terroristes. Israël doit accepter la solution des deux Etats et l’instauration d’un Etat palestinien indépendant aux frontières de 1967 avec pour capitale Jérusalem-Est.

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