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Sac du Ramadan : les Egyptiens maintiennent la tradition malgré la hausse des prix

Hanaa Al-Mekkawi , Mardi, 20 février 2024

Le Ramadan, qui débutera cette année le 11 mars, est généralement témoin d’une augmentation de la consommation des produits alimentaires.

Sac du Ramadan

La fièvre des prix ne se calme pas et la vie des habitants est de plus en plus difficile, mais les Egyptiens ne sont pas près d'arrêter une de leurs plus importantes habitudes, devenue presque une coutume du mois sacré : le sac du Ramadan.

C'est une boîte de biens alimentaires que les personnes qui en ont les moyens offrent aux plus démunis pour s'approvisionner lors du mois du Ramadan.

Ces sacs comprennent des éléments de base comme le thé, le sucre, le riz, les légumes, etc. On peut y mettre tout ce qu’on veut sans limites : de la sauce, des pâtes, des noix et noisettes et de la viande.

Cette habitude, qui s'étale sur plusieurs décennies, est devenue un aspect essentiel du carême et semble se poursuivre cette année aussi, malgré les prix élevés des denrées alimentaires sur les marchés égyptiens en raison des crises économiques et financières du pays.

Le Ramadan, qui débutera cette année le 11 mars, est généralement témoin d’une augmentation de la consommation des produits alimentaires.

Or, les prix des produits de base ont augmenté de 50 % depuis le début de 2024, avec des augmentations hebdomadaires et parfois quotidiennes.

« On prépare les sacs du Ramadan pour la 12ème année de suite. Et bien que tout le monde souffre des conditions économiques difficiles et des hausses des prix, la somme totale des donations qu’on a reçues cette année pour préparer les sacs de Ramadan dépasse celle des années passées. Les gens sont conscients que c’est aux moments de difficulté qu’il faut présenter plus d’aides », dit Mohamed Al-Réfaï, président exécutif de la fondation de charité Misr El-Kheir.

Ahmad Youssef, responsable de l’assistance directe à la fondation, explique que cette année, ils ont divers types de sacs, à commencer par 6 kg pour 225 livres égyptiennes, en passant par 12 kg pour 450 livres et un sac plus grand de 65 kg pour 2 750 livres. Ce dernier renferme de la viande et du poulet.

« Dans ces circonstances difficiles, il faut insister à continuer à offrir ces sacs aux personnes démunies, car elles en ont besoin en tout temps », dit Heba, employée, en collectant de l’argent auprès de ses collègues et de ses proches pour acheter des sacs du ramadan pour les nettoyeurs et les plantons au travail.

Mais pour faire face à la hausse des prix et au coût des sacs qui se sont multipliés depuis le Ramadan dernier, certains y mettent seulement les aliments de base comme le sucre et le riz avec de petites quantités.

« Dans le but d’économiser, on remplace quelques éléments par d’autres moins chers, comme les dattes et les cacahuètes au lieu des noix et les poulets congelés importés à la place des poulets frais. En plus, on change l’emballage comme, par exemple, les flacons en verre de la sauce tomate qui sont remplacés par des petites boîtes en carton ou en plastique », explique Mohamed Ali, responsable des médias à Misr El-Kheir.

Le début de l’histoire

Les Egyptiens ont connu l’idée de charité à travers le partage des denrées alimentaires depuis le temps des Anciens Egyptiens. Le sac était fabriqué de paille. On y posait quelques denrées alimentaires de base, à partir de produits agricoles, et il était mis devant les maisons des pauvres, notamment dans les occasions pharaoniques et les vacances.

Tout au long de son histoire, l’Egypte a connu beaucoup d’idées reflétant les valeurs consistant à soutenir les démunis. A l’époque ottomane, il y avait le “Tekiah", un endroit qui offrait de la nourriture aux pauvres et aux voyageurs tout au long de l’année et non seulement à Ramadan.

Ces sacs ont également été utilisés comme un moyen de garder les liens sociaux. Par exemple, les églises tenaient à en distribuer dans le but de garder l’union sociale.

Dans de nombreuses périodes, les sacs du Ramadan ont été utilisés comme un outil politique et ont été distribués par certaines associations et personnes appartenant à une faction du gouvernement ou de l’opposition pour gagner en popularité, en particulier pendant les périodes électorales. Il a également été utilisé comme un outil de médias sociaux, avec des églises distribuant des sacs du Ramadan pour soutenir l’unité nationale.

« Quelle que soit l’origine de cette coutume, il est important qu’elle continue. Car avec d’autres habitudes comme les tables de charité (Mawaëd Al Rahman) qui présentent les repas d’iftar pour les gens dans la rue, c’est un signe de solidarité qui représente un mur de protection contre les crimes de vol et de meurtre qui pourraient se propager surtout dans ces conditions. Or, ce genre d’entraide rend la situation plus contrôlable », achève le sociologue Taha Abou-Hussein.

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